À pareille date l’an dernier, le Canadien concluait son camp préparatoire en s’inclinant 3-0 à Ottawa. Le match n’avait certes pas été excitant du point de vue montréalais, mais les feux d’artifice avaient eu lieu en matinée, quand l’équipe avait confirmé que Jesperi Kotkaniemi amorcerait la saison à Montréal.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Un an plus tard, c’est une fin de camp aux antipodes de celle de l’an dernier à laquelle on a eu droit. Hier matin, aucune annonce. S’il sautait aux yeux que Nick Suzuki et Cale Fleury frappent à la porte de la LNH, Claude Julien s’est gardé de faire quelque annonce que ce soit.

Le feu d’artifice a plutôt eu lieu sur la patinoire, quand Suzuki a bousculé Jean-Gabriel Pageau derrière le but, avant d’inscrire le but gagnant, en prolongation, pour confirmer une victoire de 4-3 du CH sur les Sénateurs.

En arrivant au camp des recrues, Suzuki était fier d’annoncer qu’il avait pris du coffre. Sa fiche de joueur confirmait ce que l’on pouvait constater à l’œil nu. Pesant 183 lb au dernier camp, il était passé à 201 lb. C’était une de ses façons de se donner toutes les chances de se faire une place dans la LNH dès cet automne.

Concrètement, ça s’est traduit par une fiche d’un but et trois passes en cinq matchs, et par un entraîneur qui lui fait confiance au point de l’employer en prolongation. Son but, il le doit en partie à la puissance qu’il a gagnée en prenant de la masse.

« Peut-être qu’il y a deux ans, [Pageau] m’aurait battu de force. Mais je suis vraiment à mon aise physiquement. Je suis capable de battre de force des gars plus forts. Plus je lutterai avec eux à l’entraînement, meilleur je serai », a dit le héros du jour.

Suzuki avait toutes les raisons d’y croire, car il voyait bien depuis quelques années que l’organisation ouvrait ses portes à des jeunes. Son camp de cette année n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Kotkaniemi l’an passé, à la différence que le Finlandais n’avait que 18 ans, ce qui rendait son tour de force encore plus improbable.

« J’ai parlé [à Kotkaniemi] tout au long de la saison pour voir comment ça se passait pour lui. Cette année, je savais qu’il y aurait des postes à pourvoir au camp. Par le passé, ils n’ont pas eu peur de faire de la place à des jeunes comme Vic [Mete] et Jesperi. »

Je voulais faire ma place et je crois avoir fait du bon travail.

Nick Suzuki

Fleury aussi pouvait se présenter avec une telle mentalité. Après avoir joué un cinquième match satisfaisant hier, il a tout fait pour mettre les chances de son côté. Il a été meilleur que Mike Reilly et Christian Folin, et avait même une chance de plus de le prouver hier, pendant que ses deux concurrents étaient sur la passerelle.

Ryan Poehling était en voie de forcer la main aux dirigeants quand il a subi une commotion la semaine dernière à Bathurst. Il est revenu hier au jeu, et sans être aussi dominant qu’avant sa blessure, il a eu droit aux bons mots de Julien après la rencontre. « Il continue à démontrer sa valeur », a déclaré l’entraîneur.

Les conséquences

L’an dernier, la situation était tout de même simple à analyser. Kotkaniemi était le seul jeune à avoir réellement frappé à la porte. Ses performances ont eu comme premier effet que Michael Chaput et Kenny Agostino ont été soumis au ballottage, où ils n’ont pas été réclamés. Tomas Plekanec a glissé au poste de 13e attaquant, tandis que Jacob De La Rose, une fois remis d’un problème cardiaque, avait lui aussi été placé au ballottage. Il avait été réclamé.

Cette fois, la situation n’est pas aussi simple. Le Tricolore compte deux patineurs de trop, et il doit présenter une formation conforme au plus tard mardi à 17 h.

Parmi les employés susceptibles de subir le couperet, trois doivent passer par le ballottage s’ils sont cédés à Laval : l’attaquant Charles Hudon et les défenseurs Folin et Reilly. Poehling et Fleury, eux, peuvent être renvoyés chez le Rocket sans passer par le ballottage. Techniquement, Suzuki et Kotkaniemi non plus, mais pour des raisons bien différentes, on les voit bien mal prendre la route de Laval.

Depuis quelques jours, on sent l’équipe préparer le terrain pour le renvoi d’un jeune qui a connu un bon camp.

De Marc Bergevin (« tu ne peux jamais laisser un joueur trop longtemps dans la Ligue américaine ») à Julien, hier matin : « Certains joueurs n’ont pas à passer par le ballottage. Si un joueur n’a pas à y passer et qu’on sent qu’il peut s’améliorer à Laval, c’est une option. »

N’excluons pas non plus une éventuelle transaction. Ce serait une solution logique pour une équipe qui a perdu trois joueurs au ballottage l’an dernier (Agostino, De La Rose, Nikita Scherbak) sans rien obtenir en retour. Ce genre de situation peut paraître banale au niveau de la LNH, mais elle a certainement eu ses contrecoups sur la profondeur du club-école.

Le Canadien a congé d’entraînement aujourd’hui et demain, mais les dirigeants, eux, ne manqueront pas de travail pour démêler cette situation.

Ils ont dit

Ce que je remarque chez Nick [Suzuki], c’est tout simplement qu’il sait comment marquer des buts ! On ne peut pas vraiment demander plus de la part d’un jeune joueur comme lui, et il a encore marqué un très beau but [en prolongation]. C’est bon d’avoir des jeunes comme lui qui poussent, c’est bon pour la compétition.

Brendan Gallagher

Je pense que je suis capable de tenir un rôle dans cette équipe. Je ne ressentais pas la pression d’offrir une bonne performance [hier soir], mais je dirais plutôt que j’étais très enthousiaste à l’idée de jouer ce match.

Ryan Poehling

J’étais trop haut sur le jeu. J’aurais peut-être pu pivoter plus tôt. Mais dans les circonstances, je crois avoir bien joué. Je ne pense pas l’avoir retenu, c’était plus un contact avec la hanche, mais le jeu se déroule rapidement et [les arbitres] ne peuvent pas tout voir.

Cale Fleury, au sujet de la pénalité qui lui a été imposée pour avoir retenu Brady Tkachuk

Je me sens très bien et je sens que je suis prêt pour le début de la saison, j’ai hâte. Je voulais conclure le camp d’entraînement du bon pied et je pense que c’est ce que j’ai fait.

Carey Price

On se trouve. C’est notre premier match ensemble cette année, mais ça se voit qu’on ne l’a pas perdu. On se soutient, on sait où se trouver, on est là quand il y a de petites ouvertures. Ça ne se perd pas.

Phillip Danault, employé avec Tomas Tatar et Gallagher

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Trio d'observations sur le match entre les Sénateurs et le Canadien

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Et puis, soudainement, du rififi…

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Bobby Ryan et Ben Chiarot 

Ça avait été assez tranquille chez le CH au chapitre du pugilat depuis le début des matchs préparatoires, mais le temps d’une période hier soir, la première, on s’est cru pratiquement de retour au hockey du bon vieux temps. Ça a commencé avec Ben Chiarot, qui n’a pas aimé que Bobby Ryan se montre trop insistant pour un retour au nez de Carey Price, et les deux joueurs ont lâché les gants, ce qui n’a pas eu de conséquence. Ensuite, ç’a été au tour de Max Domi, qui s’est lancé sur Scott Sabourin, mais ce dernier, qui avait prévu le coup, a été le seul à placer quelques crochets à la tête du joueur du CH, qui s’est tout de même rendu au banc des punitions en riant. Ces deux bagarres ont été les premières (et aussi les deux seules) à impliquer des joueurs du Canadien lors des matchs préparatoires de 2019. Comme quoi les temps changent.

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Anthony Duclair et Carey Price

Duclair en feu

Anthony Duclair est maintenant un membre des Sénateurs d’Ottawa, et pour lui, nul doute que 2019-2020 sera une saison décisive. C’est que Duclair, 24 ans, en est déjà à sa cinquième équipe depuis son arrivée dans la Ligue nationale, en 2014-2015. Celui dont l’entraîneur John Tortorella, à Columbus, avait dit « je ne crois pas qu’il sait jouer » avait en tout cas l’air d’un gars qui sait jouer, hier soir… en plus d’avoir l’air d’un gars en mission. L’attaquant québécois a d’ailleurs réussi un but de toute beauté lors de la deuxième période, en désavantage numérique, quand il a volé la rondelle à la ligne bleue à Max Domi, avant de déguerpir à toute vitesse jusqu’à l’autre bout pour aller battre Carey Price d’une feinte poétique. Pour son effort, Duclair a ensuite eu droit à un bon coup de bâton dans le bas du dos, gracieuseté de son ami d’antan Domi, avec qui il avait joué chez les Coyotes de l’Arizona.

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Carey Price

Price se sent bien

Ça peut sembler banal comme ça, mais après la rencontre, Carey Price a confié qu’il était au sommet de ses capacités, ce qui est sans doute une très bonne nouvelle pour les partisans. Le gardien du Canadien, on s’en souvient, avait connu un camp sans éclat il y a un an, ce qui avait ensuite mené à un début de saison tout aussi ordinaire. Hier soir, le gardien numéro un a affiché sa forme de Vézina avec 34 arrêts sur 37 tirs. Seul bémol dans son cas : une très mauvaise sortie et aussi une très mauvaise passe en direction de Victor Mete, lors de la troisième période, qui a été interceptée par Filip Chlapik, qui a ensuite lancé dans un filet désert alors que Price et Shea Weber plongeaient désespérément. « J’ai tout simplement raté ma passe, je n’ai pas mis assez de puissance dans cette passe-là », a expliqué Price en fin de soirée.

En hausse

Joel Armia

À l’image de Tomas Tatar et de Phillip Danault, lui aussi a beaucoup plus ressemblé au joueur efficace que l’on a connu l’an passé. Il a même sorti ses feintes du dimanche !

En baisse

Jesperi Kotkaniemi

Il a joué moins de neuf minutes et termine son camp avec une fiche de zéro point en cinq matchs. Il était certainement meilleur hier qu’en début de camp, mais est-ce suffisant pour piloter un troisième trio ?

Le chiffre du match

22 min 27 s

C’est le temps d’utilisation de Phillip Danault, un sommet chez les attaquants. On aurait aussi pu souligner sa fiche de + 3 ou son efficacité de 67 % aux mises au jeu.