Le 30 mars 2014, Jonathan Racine a reçu l’appel qu’il avait attendu toute sa vie. Il était rappelé par les Panthers de la Floride.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Sa mère venait d’arriver à San Antonio, là où se trouvait le club-école des Panthers dans la Ligue américaine. Elle avait été à ses côtés à chaque étape du trajet, c’était presque logique qu’elle soit là pour le grand jour.

« Je suis très proche de ma mère et de mon frère. C’est elle qui a pris soin de nous quand on était jeunes », raconte Racine, refusant toutefois d’entrer dans les détails.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @JRACS

Le joueur du Rocket de Laval Jonathan Racine (à droite) en compagnie de son frère et de sa mère

Mère et fils ont tout de suite pris l’avion pour se rendre à Long Island. D’autres membres de la famille sont allés les rejoindre. Tout le monde a soupé ensemble. Le 1er avril, Racine jouait son premier match dans la LNH.

Racine a passé 15 minutes et 35 secondes sur la glace dans une défaite de 4-2 face aux Islanders. Il a été pénalisé pour obstruction à sa première présence, après une sévère mise en échec sur Cal Clutterbuck. Il a aussi bloqué quatre tirs, plus que quiconque chez les siens.

Racine ne savait pas, à ce moment, que ce serait ses seules minutes dans la LNH. Il a été rappelé une autre fois, sans jouer toutefois. Une vie d’efforts pour ces 15 minutes de gloire. Littéralement.

« C’était un rêve depuis que j’étais jeune, a dit Racine. Je rêvais de jouer dans la LNH et j’ai eu la chance de le faire au moins une fois. Ce que j’en garde comme souvenir, c’est surtout à la fin de la partie. Quand j’ai regardé autour et que j’ai réalisé que j’avais fait ce que je voulais faire depuis que j’étais petit. J’ai travaillé fort et j’étais vraiment content. »

Depuis, il roule sa bosse dans les circuits inférieurs. Après cet unique match dans la grande ligue, Racine a joué encore pour le Rampage de San Antonio, puis les Pirates de Portland, les IceCaps de St. John’s, le Crunch de Syracuse, les Monarchs de Manchester, le Reign d’Ontario, le Beat de Brampton et les Senators de Belleville. Souvent dans la Ligue américaine, mais aussi dans l’ECHL ces dernières années. La saison dernière, il a joué neuf matchs à Belleville (Ligue américaine) et 44 à Brampton (ECHL).

Vous avez sans doute noté les IceCaps dans la liste, ancien club-école du Canadien de Montréal. Il a en effet appartenu un moment à l’équipe, qui l’a obtenu en retour de Tim Bozon le 8 octobre 2016. C’était la première transaction de Marc Bergevin après le cataclysme Weber-Subban. Le 26 janvier 2017, Racine partait à Tampa Bay avec un choix de 6e tour contre l’« oubliable » Nikita Nesterov.

Une vie pour un match

Racine a accepté de replonger dans ses souvenirs après un premier entraînement avec le Rocket de Laval, lundi. Il a été invité par l’équipe pour un essai, puisqu’il est sans contrat pour la prochaine saison. Cela dit, il ne se fait pas vraiment d’illusions.

Ils m’ont appelé vendredi. J’habite à côté, ils avaient besoin d’extras à la défense. Je vais travailler fort et on verra où ça va m’amener. On y va un jour à la fois.

Jonathan Racine

Joël Bouchard a dû se retourner rapidement quand il s’est retrouvé avec moins de joueurs que prévu au début du camp. Il a appelé Racine, un « bon Québécois » qu’il connaissait et dont il respectait le professionnalisme.

« Qui sait ce qui peut arriver ? Joe Cox, on ne le connaissait pas du tout, on avait besoin de joueurs et il a très bien fait, a dit Bouchard. On l’a même signé pour revenir avec l’organisation. On continue à les évaluer. Ils savent que quand tu arrives dans la fin de l’entonnoir, on peut seulement y aller une journée à la fois. »

Racine a connu la victoire. Il a gagné la Coupe Memorial avec les Cataractes de Shawinigan en 2012, devant ses partisans. Il a aussi atteint la finale de la Coupe Calder avec le Crunch, en 2017. Il a vécu d’heureux moments dans l’équipe de Benoît Groulx, au sein de laquelle « tout le monde s’aimait ».

Reste que Racine a voué sa vie au hockey, pour un seul match dans la LNH. C’est ingrat, mais il pourra un jour raconter à ses petits-enfants « qu’il l’a fait ». Qu’il a réalisé son rêve d’enfant. Personne ne pourra le lui enlever. Et on ne doit surtout pas négliger les décennies d’efforts derrière l’éphémère exploit.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Jonathan Racine roule sa bosse dans les ligues mineures depuis plusieurs années.

« C’est beaucoup de sacrifices. C’est beaucoup aussi pour les parents. Ma mère qui venait me chercher à l’école à 16 h pour une pratique à 18 h. Ce n’était pas facile, mais elle l’a fait pour moi. Elle a un joué un grand rôle dans ma carrière. Pour se rendre dans la LNH, ça prend des parents qui t’aident et te poussent. Tu as des hauts et des bas, des fois tu perds ta confiance, et ils sont là pour te la redonner. »

Et « le » match compte aussi pour beaucoup aux yeux de Joël Bouchard.

« Il y a tellement de choses méconnues : les efforts, la compétition, le timing, les embûches, les blessures, l’adversité, l’ajustement. Jo Racine, c’est un travaillant. C’était un guerrier dans le junior, il a tout donné physiquement pour avoir la chance de jouer du hockey professionnel. J’ai un énorme respect. Même pour les joueurs qui n’y arrivent pas, mais qui atteignent leur plein potentiel dans les ligues inférieures.

« Je sais l’investissement de ces gars-là. Souvent, ils ne sont pas connus, ils ne font pas de tapage sur les réseaux sociaux, mais ils aident les autres à devenir meilleurs. Des gars comme lui n’ont pas volé leur place dans la LNH. C’est un travaillant, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il est ici. »