«Tout va bien.» Sur ces mots tout simples, Noah Juulsen a conclu un point de presse fort attendu, mais qui n’aura duré au final que 2 minutes et 15 secondes.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Juulsen n’est pas du genre à s’épancher trop longtemps sur ses sentiments, mais rarement l’a-t-on vu si concis. Comme s’il cherchait au plus vite à tourner la page, enfin, sur une rude année. Sur une année perdue, et qui arrive à un moment de son développement où elles comptent beaucoup. Et c’est probablement ça le plus frustrant.

Il s’est toutefois voulu très rassurant : il sera en pleine forme au prochain camp du Canadien de Montréal. Même qu’il aurait pu revenir au jeu le week-end prochain si le Rocket de Laval avait participé aux séries.

Bref, comme il l’a dit au moins six fois d’une manière ou d’une autre, «il va bien».

Rappel des faits. Le 19 novembre dernier, Juulsen a reçu deux rondelles au visage, coup sur coup, face aux Capitals de Washington. La première a eu peu de conséquences, a-t-il expliqué, c’est plutôt la deuxième qui a eu raison de lui.

Il a raté les neuf matchs qui ont suivi en raison d’une fracture au visage. À son retour, il n’était plus l’ombre de lui-même.

Ses ennuis se sont poursuivis dans la Ligue américaine, jusqu’à ce qu’il soit forcé d’abdiquer le 27 décembre dernier, après un match horrible. Diagnostic : problème de vision périphérique. D’autres tests s’imposaient.

La première question, désormais, est de savoir s’il aurait dû se trouver sur une glace, considérant son état. Certaines images ont fait surface de ce fameux dernier match où on voit Juulsen se battre avec la rondelle. Peut-être était-ce simplement un hasard. Cela dit, le métier de joueur de hockey est déjà assez dangereux comme ça, même avec deux yeux pleinement fonctionnels. Alors, imaginez s’ils ne le sont pas.

«Je ne sais pas, a reconnu Juulsen. Peut-être que ça m’a fait prendre un pas de recul [de revenir au jeu si rapidement]. Peut-être qu’à l’inverse, j’ai pu mieux comprendre ce que j’avais. Je ne sais pas.»

Joël Bouchard a rappelé de son côté qu’il n’était pas impliqué dans le processus médical, et que certaines blessures sont plus difficiles à cerner que d’autres.

À travers tout ce long processus de remise en forme, les rumeurs ont commencé à circuler. Certains ont même avancé que sa carrière était compromise. 

Il faut dire que le Rocket et le Canadien restaient très vagues sur l’état de santé d’un de leurs plus beaux espoirs défensifs. 

Même quand il a recommencé à s’entraîner en solitaire, début mars, ou avec ses coéquipiers, à la fin du mois, peu de détails filtraient. Jamais, avant hier, il n’avait été possible de prendre directement de ses nouvelles.

«L’attente du diagnostic a été difficile parce que je ne savais pas à quoi m’attendre, a reconnu le défenseur. Quand j’ai reçu le diagnostic et un échéancier de retour, tout s’est bien déroulé, à part quelques petits trucs ici et là. Les rumeurs circulent, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais je vais bien et ça me convient.»

Une année perdue

On l’a dit plus tôt, le moment de cette blessure était horrible pour Juulsen, à 22 ans. Il avait l’occasion de disputer sa première saison complète avec le Canadien. Le moment était parfait aussi pour faire sa marque au sein d’une équipe qui cherchait à changer d’image. Par sa vision, sa vitesse et sa relance efficace, il cadrait avec le système que Claude Julien voulait instaurer. Juulsen avait d’ailleurs connu un excellent camp d’entraînement, et un début de saison prometteur.

Puis, la blessure. Tout était à recommencer.

«C’est difficile, mais je retourne chez moi en sachant que je suis en pleine santé. Je vais recommencer la saison prochaine, je dois tourner la page et passer à autre chose.» — Noah Juulsen 

De son côté, Joël Bouchard a souvent répété que l’une de ses grandes forces était d’avoir vécu à peu près tout ce qu’un joueur de hockey professionnel peut vivre. Il a été blessé à l’œil à sa première saison dans la LNH. Il a reçu une rondelle au visage qui lui a fracturé l’orbite.

Comme Juulsen, Bouchard a perdu un temps précieux au moment où il cherchait à bâtir sa carrière. L’entraîneur a donc pris soin, à chaque étape de la guérison, d’épauler psychologiquement le jeune homme.

«Je ne peux qu’imaginer le néant dans lequel l’athlète est plongé quand il n’est pas sûr de sa blessure ou de ce que seront faites les prochaines semaines. Noah est un compétiteur, il est très fier, il est dédié au hockey. Je le connais depuis qu’il est très jeune. C’était important de lui dire que je comprenais ce qu’il vivait. Il y a beaucoup de doutes qui accompagnent une blessure difficile à évaluer. Pour moi, c’était important qu’il ne se sente pas isolé à travers tout ça. C’est facile pour un athlète que sa tête tourne. C’était important pour moi de le réconforter, de lui dire que le temps règle les choses. Il est encore jeune. J’ai été là moi aussi comme joueur, à manquer des mois. Tu te sens comme sur une île déserte. Tu n’es pas capable de performer et tu sens que tu ne t’améliores pas. Mais il a toujours gardé une attitude positive.»

Comme le veut le cliché, tout est bien qui finit bien pour Juulsen. C’est une saison perdue, c’est vrai. Mais c’est à lui maintenant de faire en sorte que toute cette épreuve n’ait été rien d’autre qu’un petit retard sur l’échéancier.