Il se passe quelque chose de particulier dans le déploiement des défenseurs du Canadien depuis quelques matchs. La tâche de travail de Shea Weber, considéré par plusieurs comme le défenseur numéro 1 de l’équipe, a considérablement diminué, et ce, même si le Tricolore est au cœur de la lutte pour une place en séries.

Guillaume Lefrançois La Presse

Mardi, dans la courte victoire de 3-1 contre les Flyers à Philadelphie, Weber n’a passé que 20 min 41 s sur la patinoire. Pour un joueur à qui on donnait 25 minutes par match lors de ses deux premières saisons à Montréal, son temps d’utilisation mardi était largement sous sa moyenne. Ce soir-là, Jeff Petry et Brett Kulak ont été plus utilisés que lui.

Le même phénomène avait été observé jeudi dernier, contre les Islanders. Le capitaine du CH avait alors passé 20 min 58 s sur la patinoire, encore là moins que Petry et Kulak. Les Montréalais s’étaient inclinés 2-1 au terme d’une rencontre serrée à souhait, qui s’est jouée sur un but inscrit à trois minutes de la fin.

En fait, dans les huit derniers matchs, Weber a été le défenseur le plus utilisé de son équipe à seulement trois reprises. Trois autres fois, il venait même au troisième rang pour l’utilisation.

Pour Claude Julien, ce temps d’utilisation est le fruit du bon jeu d’ensemble de ses six défenseurs en uniforme, soit les duos Mete-Weber, Kulak-Petry et Benn-Folin.

«Ça dépend des matchs. Si tout le monde joue du hockey solide, c’est plus facile de répartir le temps de glace, a rappelé l’entraîneur-chef, après l’entraînement facultatif d’hier à Brossard. On avait l’avance, donc on ne jouait pas du hockey de rattrapage. Regarde aussi les attaquants, le temps a été assez bien réparti.»

«Quand ils font du bon travail, tu peux leur en donner un peu plus. Et ça permet de ne pas surutiliser les autres défenseurs», a-t-il ajouté au sujet de Folin, Benn et Kulak.

Une blessure?

Une écrasante majorité d’observateurs se questionnent à savoir si Weber joue en dépit d’une blessure. Il paraît généralement moins dominant depuis quelques semaines. La question est loin d’être farfelue, même si samedi, Weber a nié être blessé.

Le colosse a disputé 26 matchs la saison dernière malgré une blessure à un pied subie dès le premier duel de la saison. Il l’avait fait en demeurant productif (6 buts, 10 passes) et en passant ses habituelles 25 minutes sur la surface. Son rendement défensif était certes décevant (- 8), mais l’équipe en entier était en pleine déroute.

Curieusement, c’est depuis qu’il a été atteint au visage, le 7 janvier contre le Wild, que son temps d’utilisation a été réduit. Avant cette rencontre, Weber avait livré cinq performances de suite de plus de 25 minutes, et une de 24 min 52 s. Il ne montrait alors aucun signe de ralentissement.

Depuis, en 30 matchs, il a excédé les 25 minutes à seulement quatre reprises.

Il serait très étonnant, si blessure il y a, que ce soit lié à cette blessure au visage. Cela dit, son temps d’utilisation moyen a chuté de plus de 80 secondes depuis.

Jusqu’en 2026

Si l’état de Weber suscite tant de questionnements, c’est que les enjeux sont lourds, tant à court qu’à long terme.

À court terme, il en va de la survie du Canadien dans la course aux séries. Avec neuf matchs à jouer, l’équipe accuse un retard d’un point sur les Blue Jackets, qui occupent la dernière place donnant accès aux séries dans l’Est. Or, si une place en éliminatoires est aujourd’hui possible, c’est notamment parce que le CH a survécu à l’absence de Weber en début de saison. Cette notion de tenir le coup en attendant le retour du capitaine était au cœur du discours en début de campagne.

À long terme, il y a bien sûr le lourd contrat de Weber, qui compte pour 7,85 millions par année jusqu’en 2026 sous le plafond salarial. Limiter ses responsabilités serait de bien mauvais augure pour les sept années à écouler à l’entente.

Blessure ou pas, n’oublions pas que Weber a raté une année complète de hockey (de la mi-décembre 2017 au 27 novembre 2018) et qu’il est normal qu’un joueur mette du temps à retrouver son niveau habituel à long terme. Particulièrement à 33 ans.

Pour prendre un exemple bien connu par ici, Andrei Markov avait lui aussi 33 ans quand il est revenu au jeu après ses problèmes de genou. À sa première saison complète après ses opérations, il avait manqué d’essence par moments et avait conclu la campagne écourtée de 2013 avec un différentiel de -9. Lors des deux saisons suivantes, le Russe allait récolter 43 et 50 points, et présenter des différentiels de +12 et +22.

Mais tout ça, c’est du long terme. Dans l’immédiat, le Tricolore a deux points à arracher aux Islanders de New York ce soir au Centre Bell. Contre le rapide Mathew Barzal, capable de voler sur la patinoire, et l’immense Anders Lee dans les zones dangereuses, les Montréalais auront besoin de six défenseurs en forme, et idéalement d’un Weber capable d’absorber les minutes.