Charles Hudon a répété chaque fois qu'on l'a croisé cet été qu'il devait se battre, encore et encore, pour garder sa place dans la formation. On se disait qu'il s'en faisait pour rien.

Jean-François Tremblay LA PRESSE

Il revenait d'une saison à titre de recrue de 10 buts et 30 points en 72 matchs, acquis dans un contexte morose. Il avait montré sa hargne, il se refusait aux demi-mesures. Bref, il en avait fait assez de l'avis général. 

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Pourtant, vendredi, il a eu une longue hésitation quand on lui a posé une question directe : « Penses-tu faire partie de la formation au premier match ? » 

« On verra ce qui arrivera. Je me répète, mais je veux juste faire partie de l'organisation. » 

C'était essentiellement une répétition de toutes ses réponses du jour. Toutes dans l'esprit de celle-ci : « Ça fait combien d'années que vous me connaissez ? Il n'y a rien de facile pour moi. Je dois toujours me battre pour ma place. »

« Même si j'ai connu une assez bonne saison l'an dernier, je savais que je devais recommencer à zéro. J'ai maintenant plus d'expérience, c'est tout. »

- Charles Hudon 

En fait, Charles Hudon n'a jamais abordé sa situation d'une autre manière. Ça ne changera pas à la fin d'un camp où il y a trop de joueurs pour le nombre de places à pourvoir. Il a répété toute la saison dernière que rien n'était acquis, et à chaque écueil, il n'a jamais cherché à rejeter la responsabilité sur qui que ce soit hormis lui-même. En mars dernier, malgré les blessures qui l'affligeaient, il s'était lancé dans une séance soutenue d'autocritique : « J'aime mieux voir le négatif parce que je sais que je ne suis pas parfait. Je suis dur envers moi et je vais l'être toute ma vie. » 

On a appris à connaître l'homme. Ses réponses de vendredi reflètent sa personnalité. Celle d'un gars qui a bûché trois ans dans la Ligue américaine, loin de chez lui à Hamilton et à St. John's, avant d'avoir enfin une vraie chance. Celle d'un gars qui reconnaît sa chance de jouer dans la LNH, devant parents et amis en plus, et qui va tout faire pour y rester. 

DÉPANNEUR DE LUXE

Vendredi, il a donné des réponses évasives, son assurance en veilleuse. On a eu droit à quelques clichés, les « un match à la fois », les « faire bonne impression », les « je contrôle ce que je peux contrôler ». 

Pourquoi donc au juste ? Parce qu'il a connu un camp un peu plus discret, parce qu'il n'a disputé que trois des six matchs, parce qu'il a été ballotté sur les ailes droite et gauche, toujours avec des partenaires de trio différents. Dans un camp où Claude Julien tente de créer des chimies et où tout est à refaire, Hudon s'est retrouvé pas mal avec le même rôle que l'an dernier : dépanneur de luxe. On l'a peut-être vu un peu moins sur l'échec avant, sur la recherche du revirement. Remarquez, l'observation n'a rien de scientifique. 

Pourtant, il est loin d'avoir démérité et il a marqué deux fois. La première fois en se retournant le long de la bande contre les Devils du New Jersey. La seconde contre les Maple Leafs de Toronto, quand il a bafoué Andreas Borgman avec un « spinorama » dans la plus pure tradition. Hudon retiendra surtout de ce but qu'il a été laissé de côté le match suivant. 

On vous le disait, Hudon n'est pas du genre à s'autocongratuler. Mais il n'a pas à être si dur envers lui-même, et il n'a plus à parler de « faire bonne impression ». Les partisans le connaissent, ses coéquipiers aussi, et évidemment, ses entraîneurs savent ce qu'il peut apporter. D'ailleurs, Claude Julien ne s'est pas fait prier pour le lui rappeler. 

« Il n'a pas de difficultés, au contraire. C'est un gars comme Lehkonen, capable de jouer à droite et à gauche. Charles est dans le même bateau, il peut jouer des deux côtés. Son camp a été bon, je n'ai pas de problèmes avec son camp depuis le début. C'est à lui de continuer à démontrer qu'il peut amener l'aspect de son jeu que l'on recherche. À ce jour, il fait quand même du bon travail. » 

Reste qu'il y a encore 16 attaquants au camp et que rien n'est coulé dans le béton. Sans oublier Andrew Shaw et Nicolas Deslauriers, qui reviendront bien un jour. La compétition est vive, et encore une fois, Hudon n'a pas le droit de baisser la garde. 

Mais ça, on sait très bien que ça n'arrivera jamais.