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Le rêve brisé de Philippe, retraité du hockey à 11 ans

Toujours sur la glace, mais comme officiel, Philippe... (Photo fournie par la famille)

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Toujours sur la glace, mais comme officiel, Philippe Bérubé croit qu'il a une perspective différente des autres arbitres sur la violence au hockey.

Photo fournie par la famille

L'histoire d'Alexandre Nasra publiée la semaine dernière dans La Presse a suscité bien des réactions. Voici celle de Philippe Bérubé, dont le parcours au hockey s'est terminé à 11 ans à cause d'une mise en échec.

La vie vous force parfois à remiser vos rêves. La plupart du temps, ces deuils se font avec l'âge. Pour Philippe Bérubé, c'est arrivé jeune. Il n'avait que 11 ans.

Son rêve, c'était d'avoir une carrière dans le hockey. Il voulait se rendre à Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Comme des milliers de jeunes Québécois, il espérait jouer avec les meilleurs. Ce n'était pas un rêve en l'air: au hockey, Philippe était bon, très bon même. Le genre à jouer AAA.

«J'ai commencé à jouer à 4 ans. Dès le début, j'étais quand même un bon joueur. J'aimais vraiment le hockey. La première fois que j'ai joué, j'ai compris que c'était le seul sport que je voulais faire.»

Sauf qu'un jour, un médecin a dit à Philippe que c'était impossible, qu'il ne pourrait plus jamais jouer au hockey de sa vie. Le choc a été dur à accepter.

La première fois que le jeune homme s'est fait mal à la tête, il avait 8 ans. C'était un contact accidentel sur la glace. On lui a dit qu'il avait fait une commotion cérébrale. Mais une toute petite, de grade 1. La deuxième est venue deux ans plus tard.

Philippe ne s'est pas trop inquiété: les symptômes ne duraient que quelques jours, puis il pouvait retourner sur la glace. Tant qu'il pouvait jouer au hockey, il était prêt à endurer une petite commotion ou deux.

À 11 ans, il est parti dans un tournoi aux îles de la Madeleine. Après un face-à-face accidentel, il a été évacué en ambulance. Aux urgences, on lui a diagnostiqué une entorse cervicale. «Ils m'ont dit que ce n'était pas une commotion.» Sauf que Philippe apprendra plus tard que c'en était probablement une.

Le coup

Un mois plus tard, il participait à un tournoi pee-wee AAA. Il n'existe pas de niveau plus élevé au Québec. Philippe Bérubé se trouvait à jouer avec les meilleurs jeunes joueurs de la province.

Mais ce n'était pas la seule nouveauté. Pour la première fois de sa vie, il jouait aussi avec des mises en échec. C'était en 2010. À l'époque, la mise en échec était permise chez les pee-wee dans certaines ligues de hockey d'été. «Depuis cette année, le hockey d'été est fédéré et doit suivre nos règles, explique le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde. Il n'y a plus de mises en échec chez les pee-wee, même dans le AAA.»

Sauf qu'il y a quatre ans, il y en avait toujours. Celle que Philippe a reçue allait changer sa vie.

«Si on gagnait ce match-là, on terminait premiers du tournoi et on s'assurait une place en demi-finale. L'équipe qu'on affrontait, elle, était sûre d'être éliminée. On menait 4-1 et il restait 10 minutes au match. Ça a commencé à brasser un peu plus et c'est là que c'est arrivé.»

Comme souvent, le coup dangereux est venu à la fin du match. Philippe ne se souvient pas de ce qui est arrivé. Mais il s'est fait raconter la scène.

«Je me suis fait plaquer par-derrière. Je suis tombé tête première dans la baie vitrée, puis dans la bande. J'ai perdu connaissance.»

Dans l'ambulance qui le transportait à l'hôpital Pierre-Le Gardeur, au nord de Montréal, Philippe était perdu. Il ne cessait de demander à sa mère où se trouvait son beau-père. «Elle me répondait, et moi, je ne m'en rappelais plus deux secondes plus tard. J'étais assez magané. Ça faisait peur.»

«Je savais que ça allait être difficile»

De retour chez lui dans le Bas-Saint-Laurent, Philippe a vu son médecin. Il pensait n'avoir affaire qu'à une commotion de plus. Il avait 11 ans et c'était sa quatrième au hockey. Il jouait toujours. Pourquoi paniquer?

Sauf que le diagnostic l'a sonné. «Mon médecin m'a dit que c'était plus grave. J'avais une commotion de grade 3. Je devais être en arrêt un petit bout. Je savais que ça allait être difficile.»

Sa commotion a probablement été aggravée parce qu'il n'avait pas soigné celle subie un mois plus tôt dans un autre tournoi. Celle qu'un urgentologue ne lui aurait pas diagnostiquée. Celle que son entraîneur n'avait pas détectée.

La commotion était si sévère qu'il n'a pas mis les pieds à l'école de la semaine. En fait, entre l'incident survenu le 6 mai et la fin des cours en juin, Philippe n'a réussi à assister qu'à une journée complète d'école. Son cerveau était malade.

«Je me rappelle que j'avais un petit devoir à faire à la maison. C'étaient des multiplications. Moi, j'avais toujours été pas pire en maths. Mais là, je n'étais pas capable de faire 7 multiplié par 7. J'étais en 6e année, j'aurais été censé le savoir. Normalement, je maîtrisais ça sur le bout des doigts.»

Philippe passait le plus clair de son temps à la maison. Il dormait 15 ou 16 heures par jour, abruti par les médicaments. Dans les quelques heures où il était éveillé, il aimait regarder des films. «Des fois, le soir, je n'étais même pas capable de dire quel film j'avais écouté plus tôt dans la journée. Je ne m'en souvenais plus.»

Dans tous ces moments, Philippe se raccrochait à une seule chose: le hockey. Il rêvait du jour où il pourrait reprendre son sport.

La fin du hockey

Au début, les médecins lui parlaient d'un retour progressif au jeu. L'incident est arrivé en mai; on lui faisait miroiter un retour en septembre. Puis on s'est mis à parler de janvier.

Philippe s'est donc engagé avec une équipe pee-wee AA de sa région pour le mois de janvier. Il a tranquillement recommencé à s'entraîner. En novembre, il a reçu la permission de patiner. Il a recommencé à coups de 15 minutes. Puis tranquillement, il pouvait s'entraîner comme avant, de «vrais» entraînements d'une heure et demie.

En décembre, il est allé voir son neuropsychologue. Il espérait avoir le feu vert pour reprendre le sport. Philippe n'a pas eu la nouvelle qu'il espérait.

«Il m'a dit que je ne serais pas apte au retour au jeu. Il m'a dit que c'était trop dangereux que je retourne au hockey mineur.

«Au début, j'étais fâché. J'étais un peu en colère contre les médecins, pour être franc. Puis j'étais triste aussi. Au début de ma convalescence, je me raccrochais à l'idée que j'allais rejouer bientôt. Oui, je manquais du hockey, mais ça allait revenir. Là, j'apprenais que le hockey était fini pour l'année. Que le hockey était fini pour toujours.

«Ce que j'espérais le plus, c'était de jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Là, mon rêve venait de m'éclater en pleine face du jour au lendemain.»

Une deuxième vie

Sa sentence aurait pu signifier la fin du hockey pour lui. Mais Philippe ne l'a pas acceptée. Après sa commotion, il a commencé à arbitrer. «Au début, j'avais peur. Je ne voulais pas prendre de coups. Aujourd'hui, je ne m'en fais pas trop avec ça. Je sais comment me protéger la tête.»

Il monte tranquillement les échelons de l'arbitrage. Cette saison, à 15 ans, il officie des matchs de haut calibre dans le midget AAA. C'est un échelon en bas de son rêve, la LHJMQ.

«Je commence à espérer que ça pourrait être une carrière. Je me dis que j'aurais une carrière dans le hockey, comme j'ai toujours rêvé. Mais à la place d'être un joueur, je serais un arbitre.»

Bien sûr, le hockey n'est plus le même. L'arbitre peut avoir un impact important dans un match en décernant des punitions ou en rendant une décision. «C'est une facette du hockey que j'aime autant que jouer. Bon, c'est sûr que la sensation de faire un beau jeu, de compter un but important pour mon équipe, ce n'est plus là.»

Philippe Bérubé n'est pas un arbitre comme les autres. Il a un parcours singulier, il le sait. «Je suis peut-être un petit peu plus conscientisé à la violence, aux mauvaises mises en échec que ceux qui ne l'ont pas vécu, dit-il. Je ne dis pas que les autres arbitres ne le sont pas. Mais disons que pour moi, c'est différent.»

Parfois, lorsqu'il glisse d'un bord à l'autre de la patinoire, il voit des gestes dangereux qui le ramènent à son histoire. «Je me dis: lui, sa carrière est peut-être finie à cause d'un geste niaiseux de même.»

Alors, vous lui pardonnerez de décerner une punition. Philippe Bérubé n'a que 15 ans, mais il sait de quoi il parle.

L'iceberg des commotions cérébrales

Le cas de Philippe Bérubé soulève plusieurs questions. Par exemple, comment un jeune peut-il jouer au hockey contact alors qu'il a déjà subi trois commotions cérébrales?

Il illustre aussi à quel point les commotions sont sous-détectées. Si la commotion subie un mois avant celle qui a mis fin à sa carrière avait été repérée, peut-être que son histoire aurait été différente.

Malheureusement, le cas de Philippe n'est pas isolé. Chaque année, des centaines de commotions cérébrales dans le hockey mineur ne sont pas décelées ou rapportées à la fédération. Les commotions cérébrales sont comme un iceberg: les autorités n'en perçoivent que la pointe.

La saison dernière, Hockey Québec a répertorié 52 commotions déclarées parmi ses quelque 100 000 membres, selon des chiffres fournis par le directeur général, Sylvain Lalonde.

La réalité dépasse de beaucoup ce chiffre et pourrait avoisiner les 2000 cas.

Les travaux d'un pédiatre du Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke (CHUS) donnent une idée de la réalité. Pendant un an en 2010-2011, Claude Cyr a répertorié dans les hôpitaux de Sherbrooke toutes les commotions cérébrales subies par des enfants.

«On s'attendait à trouver une vingtaine de commotions cérébrales dans l'année, explique le chercheur. Mais on a été estomaqués. On a répertorié 431 consultations d'enfants pour une commotion cette année-là.»

25 sur 1000

Plus d'une centaine de commotions avaient été subies lors de la pratique d'un sport. Le hockey était le sport le plus risqué. Cette année-là, 31 commotions avaient été subies sur une patinoire par des enfants de 10 à 17 ans dans la région de Sherbrooke seulement.

En tenant compte du nombre total de joueurs de hockey de cette tranche d'âge dans la région, le pédiatre a calculé que le risque de subir une commotion en jouant au hockey était de 25 sur 1000.

«Chaque année, 2,5% des enfants de notre région qui jouent au hockey vont faire une commotion. Ça, ça inclut les garçons et les filles, le hockey contact et sans contact, explique le pédiatre. C'est un taux important. On a un problème. Quel parent accepterait que son enfant encoure ce risque d'être blessé au cerveau?»

«On a été surpris de constater que le hockey était même plus risqué que le football, avec un taux d'incidence de 2%», ajoute-t-il.

Ce résultat a étonné le chercheur: il tranche avec la croyance populaire et d'autres études qui ont démontré que l'incidence au football était légèrement plus élevée qu'au hockey.

Alors que Hockey Québec compte 99 539 joueurs fédérés, le taux d'incidence de 2,5% suggère qu'il y aurait près de 2500 commotions chaque année dans le hockey amateur. La proportion pourrait même être plus importante dans le hockey mineur avec mises en échec, puisque les recherches démontrent que le plaquage multiplie le risque de blessures.

Hockey Québec dit avoir fait plusieurs efforts dans les dernières années pour mieux détecter les commotions. «Toutes les équipes doivent avoir un préposé à la santé et sécurité, explique Sylvain Lalonde. Cette personne reçoit une formation avec un volet sur les commotions. On enseigne comment détecter les commotions et aussi comment mettre en place un protocole de retour au jeu.»

«On est beaucoup plus sensibilisés qu'on l'était il y a encore quelques années», dit-il.

Mais force est de constater qu'avec seulement 52 cas répertoriés l'année dernière, le hockey mineur québécois a un problème majeur dans son angle mort.




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