Aucun bagarreur n'avait encore jamais osé soumettre son cerveau à des examens poussés et soumettre les résultats au public. Ceux qui connaissent la personnalité et l'audace de Georges Laraque ne seront pas surpris de constater qu'il a accepté d'agir comme cobaye à la demande de La Presse.

Mis à jour le 26 déc. 2013
Mathias Brunet LA PRESSE

Il dit avoir pris la décision de tenter l'expérience en visionnant le documentaire Bagarreur Inc. dans lequel l'ancien hockeyeur André Roy refuse de le faire. «J'ai voulu prouver que je pouvais être l'exception qui confirme la règle et qu'un bagarreur qui n'a pas reçu beaucoup de coups et qui mène une vie saine à l'extérieur de la glace peut s'en sortir.»

La Presse a donc donné rendez-vous à l'ancien dur à cuire du Canadien à l'hôpital du Sacré-Coeur avec le neuropsychologue Louis De Beaumont, spécialiste mondial des effets à long terme des commotions cérébrales. «Si j'avais subi des séquelles de mes combats, j'aurais été nerveux, mais je suis convaincu d'obtenir de bons résultats et d'avoir un cerveau en bon état car je n'ai jamais subi de commotions cérébrales en 120 combats. Je n'ai jamais reçu de coups qui m'ont fait tomber ou perdre la mémoire», soutient-il.

Le hockeyeur de 6 pieds 4 pouces et 260 livres a disputé 12 saisons dans la LNH. Avec sa gauche dévastatrice, il a été le bagarreur le plus craint de son époque. «En voyant mes pairs souffrir après leur carrière, je m'estime choyé», dit-il.

Le déni des bagarreurs

Le colosse de 37 ans souhaite que son expérience pousse d'autres joueurs à l'imiter. «Je ne parle pas uniquement de hockeyeurs, mais de combattants ultimes, de boxeurs, de footballeurs. Il ne faut pas craindre de faire ces tests et vivre dans le déni. Moi aussi, je peux avoir des surprises. Mais la médecine peut désormais aider les athlètes», fait-il valoir.

Louis De Beaumont, lui-même ancien hockeyeur d'élite et victime d'une sérieuse commotion cérébrale à l'époque, accueille Georges Laraque à son laboratoire. Il est convaincu que Laraque ira jusqu'au bout.

Le neuropsycologue estime que les athlètes les plus à risque sont les adversaires de Georges Laraque. «Je ne l'ai jamais vu perdre un combat et je me demande même s'il a subi une commotion cérébrale. Je comprends donc qu'il soit confiant en prévision des tests, mais on va lui faire passer les tests les plus sensibles qu'on a pu développer au cours de la dernière décennie», ajoute-t-il.

Le médecin explique ensuite au hockeyeur qu'il est libre de communiquer les résultats. Laraque sourit et répète que, peu importent les résultats, le public sera informé.

«On va avoir un bon portrait du fonctionnement du cerveau de Georges avec des tests de mémoire, d'attention, sa capacité à gérer de l'information pour produire une réponse, dit le neuropsychologue. On va aussi tester ses sens olfactifs, parce que le bulbe olfactif se trouve dans la partie avant et qu'il peut être abîmé par une enflure dans la boîte crânienne à la suite de coups de poing répétés.»

«Pas de test par imagerie?», demande le bagarreur.

«Ce n'est pas nécessaire, répond Louis De Beaumont. Nos tests cognitifs sont plus efficaces pour déceler l'apparition de problèmes du comportement qui mènent à des problèmes dégénératifs très graves. Le test par imagerie permet de voir s'il y a des plaques séniles dans le cerveau, mais s'il y a des plaques sans être accompagnées de problèmes comportementaux, ça ne veut rien dire; il faut une association des deux», explique-t-il

Les résultats

Environ 90 minutes plus tard, Louis De Beaumont revient et analyse les résultats avec son personnel. L'ancien dur à cuire est souriant à sa sortie de bureau du médecin. «Comme je le prévoyais, c'est positif. J'ai appris que je faisais les choses trop vite, mais c'est mon cas depuis l'enfance...»

Louis De Beaumont confirme: «À ce jour, le cerveau de Georges est en très bon état, il fonctionne bien. C'est une très bonne performance. Les bagarreurs qui perdent des combats conservent des séquelles importantes et perdent beaucoup de vitesse dans le traitement de l'information. Ce n'est pas son cas. Ça montre l'équilibre dans sa vie.»

Georges Laraque a gagné la première partie de son pari, il n'a pas de séquelles. Remportera-t-il la seconde qui est d'inciter ses confrères à l'imiter? Louis De Beaumont en doute.

«Tout le monde sait que Georges n'a pas perdu de combat, mais les autres, c'est clair que ça va leur faire peur. C'est pourtant la chose à faire, la médecine peut les aider.»

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Le documentaire Bagarreur Inc., réalisé par Sophie Lambert et scénarisé par Mathias Brunet, et auquel participent Georges Laraque et le docteur Louis De Beaumont, sera rediffusé le dimanche 22 décembre 19 h sur Canal D.