Ça sent le lock-out dans la Ligue nationale.

Mis à jour le 14 sept. 2012
Marc Antoine Godin LA PRESSE

Propriétaires et joueurs ont poursuivi leur dialogue de sourds, jeudi à New York, alors que l'Association des joueurs a ajourné une longue séance d'informations quelques heures avant que le bureau des gouverneurs ne boucle sa réunion.

«Nous avons procédé à un vote à main levée et les gouverneurs ont appuyé de façon unanime la façon dont nous avons géré les négociations et les positions que nous défendons», a clamé le commissaire de la LNH Gary Bettman, réitérant qu'il a le feu vert pour déclencher un lock-out samedi à minuit.

«Nous croyons que de laisser aux joueurs 57% des revenus liés au hockey est exagéré, a-t-il insisté. Dans deux autres ligues, la NFL et la NBA, les joueurs ont reconnu qu'il n'était pas farfelu de reculer quelque peu à ce chapitre.

«Nous ne cherchons pas à sauver de l'argent, nous voulons faire fonctionner le système de la façon qu'il devrait fonctionner.»

Étonnamment, même si on s'approche de l'échéance de la convention collective, on ne sent pas de véritable sentiment d'urgence de part et d'autre. À en croire Bettman, les propriétaires brûlent de voir le présent contrat de travail se terminer. Quant aux joueurs, ils ne semblent pas ébranlés par l'imminence du conflit.

«Les gars qui ont vécu le lock-out précédent ont pavé la voie et nous montrent aujourd'hui à quel point c'est important de rester regroupés, confiants et optimistes», a expliqué Max Pacioretty, l'un des huit joueurs du Canadien à avoir participé à la réunion.

Aucune autre négociation prévue

C'est la semaine de la mode à New York, mais c'est en sandales et en t-shirts Ed Hardy que 283 joueurs ont défilé à l'hôtel Marriott Marquis, mercredi soir et jeudi matin, pour prendre part à une grande réunion d'informations.

«Je ressors d'ici avec l'impression qu'on pourrait en être quittes pour de longues négociations», soupçonne Lars Eller.

Sûrement parce que le directeur de l'Association des joueurs Donald Fehr n'a cessé de souligner les différences d'idéologies qui opposent son groupe à la ligue.

«Durant notre rencontre de deux jours, plusieurs joueurs ont demandé ce qu'il y avait pour eux dans l'entente proposée par la ligue», a expliqué Fehr, qui s'est présenté à la tribune flanqué de plusieurs vedettes du circuit.

«Au moins, en 2004-2005, les joueurs avaient fait des gains au plan contractuel, entre autres par l'autonomie et l'arbitrage. Mais cette fois-ci, il faudrait encore faire des concessions salariales et renoncer à ces gains relatifs aux contrats.

«Ça se résume à moins d'argent et moins de droits.»

On assiste à un dialogue de sourds dans lequel la ligue cherche à récupérer de l'argent immédiatement, tandis que les joueurs ne sont prêts à concéder que de l'argent à venir. Ils ne veulent pas que la ligue revienne sur des contrats dûment signés.

«Dans sa dernière offre, la ligue exige des baisses de salaires de "seulement" 17,5%. Comment réagiriez-vous si ça vous arrivait?» a demandé Fehr.

Corriger ce qui était «trop juste»

Les deux parties, campées sur leurs positions, attendent que l'autre daigne négocier selon ses paramètres. Tant que la situation perdurera, aucun déblocage n'est possible.

Chose certaine, Gary Bettman n'entend pas débattre de la proposition des joueurs.

Jeudi, il a déploré le fait que leur offre ne se traduit pas en dollars réels, mais en pourcentages de revenus qui s'appuient sur un taux de croissance beaucoup trop optimiste, selon lui.

«Leur taux de croissance de 7,1% est gonflé, a soutenu le commissaire. Il inclut la force du dollar canadien, le contrat de télé avec NBC, le déménagement des Thrashers d'Atlanta à Winnipeg et l'utilisation comme base de calcul d'une saison qui n'est pas représentative.»

Selon Bettman, réduire le salaire des joueurs par le truchement de la convention collective devrait permettre à la ligue de garantir sa stabilité.

«Nous n'avons pas fait de mauvais travail en générant des revenus. Après tout, le salaire moyen est passé de 1,45 millions à 2,55 millions en sept ans.

«Nous avons conclu, à l'époque, une entente que nous croyions juste et il s'est avéré qu'elle peut être plus juste encore qu'elle aurait dû l'être.»

Il semble de plus en plus évident qu'aucune entente ne sera conclue d'ici samedi minuit. Après quoi la LNH devrait annoncer un lock-out dans un communiqué, vraisemblablement dimanche matin.