Alors que l'argent de nos retraites s'évapore en Bourse, que des empires financiers s'écroulent et que l'économie mondiale titube vers l'abysse, il importe de mettre les choses en perspective. Posons-nous les vraies questions. En fait, la seule vraie question: le Canadien gagnera-t-il la Coupe Stanley cette saison?

Denis Arcand LA PRESSE

Si le directeur général Bob Gainey est aussi rigoureux qu'on le dit, il a sûrement passé les récents mois à scruter le graphique historique de l'indice Dow Jones (ci-contre). Et certains parieurs sportifs bien avisés ont sûrement scotché sur un mur la liste des récessions.

Si vous êtes un fan du Canadien, une analyse rigoureusement non scientifique des graphiques boursiers et économiques depuis 100 ans permet tous les espoirs, alors que viennent de commencer la récession mondiale 2008 et la saison 2008-2009 de la Ligue nationale. En effet, un coup d'oeil à l'indice Dow Jones depuis la première saison du Canadien, en 1909 montre que les dépressions et récessions mondiales sont un environnement propice aux défilés printaniers sur la Main.

En fait, il est arrivé huit fois, au XXe siècle, que le Canadien gagne la Coupe Stanley durant une récession mondiale.

Commençons par le commencement .

Selon le National Bureau of Economic Research américain, considéré comme l'arbitre en chef pour diagnostiquer l'économie américaine, il y a eu une récession de 14 mois en Amérique du Nord entre mai 1923 et juillet 1924. C'est l'année où une recrue nommée Howie Morenz a donné ses premiers coups de patins avec le Canadien, qui a gagné la Coupe, éliminant les Sénateurs d'Ottawa en finale.

La Grande Dépression de 1929

Mais c'est la Grande Dépression qui devrait avoir une place au chaud dans le coeur des partisans du Canadien d'aujourd'hui.

Comme en 2008, le Dow Jones et le reste des Bourses se sont écrasées à travers le monde au début de la saison de hockey 1929. Une crise du crédit et la fermeture de grandes banques américaines ont déclenché une dépression économique.

Le Dow Jones a perdu 86% de sa valeur en deux ans, après le krach de 1929, mais le Canadien a gagné la Coupe en 1929-1930, causant une grande surprise en battant en finale les Bruins de Boston (qui avaient connu une saison de 38-5-1). George Hainsworth a même gagné le Trophée Vézina!

Bref, quand la puck roule pas pour le DJ, elle roule pour le CH.

L'année suivante, la dépression a empiré et le taux de chômage a doublé à 8% (il allait dépasser les 20% plus tard). L'autre cataclysme de 1930-1931 a été la domination des méchants Bruins, qui ont encore terminé premier dans la LNH avec une fiche de 28-10-6. Mais le Canadien - mené par Howie Morenz, meilleur compteur de la saison et gagnant du trophée Hart - les a éliminés en demi-finale, puis a battu les Black Hawks de Chicago en finale.

La récession de 1953

Une période inflationniste avait suivi la guerre de Corée et les dépenses militaires accrues liées à l'escalade de la guerre froide. En 1952, la Réserve fédérale américaine a haussé les taux d'intérêts pour combattre l'inflation et une récession de 10 mois a frappé en 1953. Le Canadien a gagné la Coupe Stanley. Là encore, le Canadien était loin d'être favori, même si Maurice Richard avait marqué son 325e but, devenant le marqueur le plus prolifique de l'histoire de la LNH. Le Canadien a encore éliminé les Bruins en finale. Le Dow Jones a reculé de 15% par rapport à janvier à son creux de 1953.

Il y a aussi eu une récession de huit mois touchant 1957 et 1958 (deux Coupes Stanley avec le grand Maurice Richard, deux trophées Vézina pour Jacques Plante, et deux trophées James-Norris pour le défenseur Doug Harvey).

Une récession de 10 mois a commencé en avril 1960 (cinquième coupe Stanley consécutive, avec le dernier but en carrière de Maurice Richard durant la finale contre les Leafs).

Notons aussi une récession de 11 mois qui a pris fin en novembre 1970 (Coupe Stanley en 1970-1971).

Par contre, le charme semble s'être rompu par la suite. Le Canadien n'a pas gagné lors de la récession de la crise du pétrole, de novembre 1973 à mars 1975. Mais il faut dire que durant ces années-là, ils gagnaient presque toutes les années avant et après.

La récession de 1982 ne les a pas aidés non plus. Ni le crash du Dow Jones de 1987.

La récession de 1991 n'a rien fait, en apparence, pour le Canadien. Mais un débat entre économistes serait utile ici: les Glorieux ont quand même gagné quand ça comptait le plus, en 1993, quand les contrecoups de cette dure récession ont porté le taux de chômage canadien à son sommet pour la décennie, 11,4%.

Apprécions donc ce réconfort en ce moment où nos REER viennent de manger un double échec dans les dents. L'économie risque de donner du coude à nos vies, mais au moins, les astres sont bien alignés pour la saison 2008-2009.

Si seulement Kovalev et Plekanec finissent par trouver le fond du filet... DATES / DURÉE (MOIS)

Mai 1923-Juil. 1924 / 14 / Coupe Stanley

Août 1929-Mars 1933 / 43 / 2 Coupes Stanley

Juil. 1953-Mai 1954 / 10 / Coupe Stanley;

Août 1957-Avril 1958 / 8 / 2 Coupes Stanley

Avril 1960-Fév. 1961 / 10 / Coupe Stanley

Déc. 1969-Nov. 1970 / 11 / Coupe Stanley

Krach boursier mondial 1987 / Annoncé par Coupe Stanley en 1986

Juil. 1990-Mars 1991 / 8 / Coupe Stanley au sommet du chômage post-récession en 1993

Mars 2001-Nov. 2001 / 8 / -

Source: US National Bureau of Economic Research