(Montréal) Déçus mais compréhensifs devant la mesure gouvernementale interdisant l’accès aux terrains pendant la pandémie de la COVID-19, deux gestionnaires de clubs de golf au Québec tiennent à se comporter en bons citoyens corporatifs. Et ils se creusent les méninges pour trouver des solutions pour relancer leur industrie aussitôt que possible et de façon aussi sécuritaire que possible.

Michel Lamarche
La Presse canadienne

Martin Ducharme, au Club de golf du Château Bromont, et Sylvain Patry, au Club International 2000 de Saint-Bernard-de-Lacolle, gardaient espoir, vendredi, que la saison de golf — déjà très tributaire au Québec des humeurs de Dame nature — puisse s’amorcer vers le milieu de mai.

Pour Patry, un tel scénario représenterait un retard d’environ six semaines par rapport au scénario le plus positif, puisque les premiers coups de départ et les premiers coups roulés auraient pu s’effectuer… dès ce week-end.

« Nous sommes prêts depuis mardi à ouvrir. On attendait un peu le feu vert, on attendait de voir ce qui se passait. En bons citoyens, en bons pères de familles, on ne voulait pas compromettre la santé de personne en ouvrant le golf », a affirmé Patry, directeur général du Club International 2000, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

« C’est bien triste parce que ça fait quand même trois semaines qu’on travaillait fort à préparer le terrain. Chez nous, on passe les souffleuses, on engage des gens pour dégager le terrain le plus vite possible étant donné qu’on est au sud (du Québec). On essaie de dégager le terrain pour que les adeptes puissent en profiter le plus rapidement possible en début de saison. Pour nous, ce sont des dépenses qui ont été assez considérables. Ceci étant dit, on se plie au règlement et on fait comme tout le monde », a-t-il ajouté.

Série d’initiatives

Cette longue inactivité pourrait lui coûter cher puisque bon an mal an, le Club International 2000 est toujours parmi les premiers à ouvrir ses installations aux golfeurs les plus anxieux. Des golfeurs qui peuvent venir de certaines régions aussi éloignées que le Lac Saint-Jean, Québec et Ottawa, note Patry.

« Une bonne journée pour nous, de 300 personnes, ça peut facilement être autour de 10 000 $. Avec la restauration, le casse-croûte, les ventes au pro-shop, les gens qui viennent s’équiper pour la saison, ça peut aller jusque-là. Ce sont des pertes que nous n’irons jamais rechercher. C’est perdu, complètement. »

Dans l’espoir de lancer la saison comme prévu, Patry et les propriétaires du club avaient élaboré au cours des dernières semaines une série d’initiatives qui, à ses yeux, auraient pu permettre de favoriser la distanciation sociale et réduire les risques dans une activité sportive qui, croit-il, est déjà moins à risque de transmission du virus que d’autres.

« Le golf, à mon avis, est probablement l’un des sports les moins à risque de transmission. Personne ne touche à notre balle, personne ne touche à nos bâtons, on est souvent à beaucoup plus qu’un mètre des autres golfeurs. On aurait interdit les voiturettes, évidemment, parce qu’on n’aurait pas voulu que les gens conduisent. »

« On aurait surélevé les coupes pour que la balle ne tombe pas dans le trou et que tout le monde risque une contagion. Comme ça, aussitôt que la balle touche la coupe surélevée, c’est considéré comme si elle était tombée dans la coupe. »

« Aussi, les gens auraient pu sortir et prendre l’air. Surtout en temps de crise comme ça, où les gens sont confinés à l’intérieur, ils ont besoin de prendre l’air frais. Avec les propriétaires, nous avions établi un plan d’action qui était très sécuritaire. »

Scénario idéal

Au Club du Château Bromont où, dans un scénario idéal, on aurait pu lancer la saison dans deux semaines, Martin Ducharme voit les choses un peu de la même façon. Des discussions doivent avoir lieu prochainement entre les intervenants du golf au Québec et les autorités gouvernementales, a-t-il confié.

« On va émettre un paquet d’idées qui sont réalisables, qui sont correctes pour tout le monde, pour l’industrie du golf au grand complet, qui vont être déposées au bureau de la ministre la semaine prochaine, a confié Ducharme, qui occupe aussi le poste de président de l’Association des clubs de golf du Québec. »

« Soyons assurés d’une chose : le gouvernement ne nous donnera pas le go pour la semaine prochaine. On suit la tendance au Québec. Si je veux, l’été prochain, avoir des golfeurs en santé, respectons donc le mot d’ordre. Je ne demande que ça. »

Tout en prenant bien la peine de préciser qu’il parle en son nom, et non en celui de son association, Ducharme a bon espoir de voir les activités reprendre quelque part en mai. Du coup, fait-il remarquer, ce sera alors l’occasion de lancer la saison de golf partout au Québec, en même temps.

« Si la population québécoise écoute le mot d’ordre pour aplatir la courbe, d’ici les six prochaines semaines, ça va être levé. La bonne nouvelle, c’est qu’au Québec, on ouvrirait tous en même temps. Quand on va dans le Bas-Saint-Laurent, quand on va au Manoir Richelieu, quand on va dans les Laurentides, ça ouvre toujours trois semaines, quatre semaines après tout le monde. Pour la première fois dans l’histoire du golf (au Québec), on va probablement ouvrir tous les terrains de golf la même journée. »

« On aimerait ça que ça ne soit pas trop long. J’ose penser qu’à la mi-mai on devrait être en mesure de reprendre les opérations, peut-être avant si c’est possible évidemment », mentionne Patry, de son côté.

« Comme tout bon citoyen canadien, il faut qu’on fasse notre part. C’est bien plate, c’est bien triste, on aimerait tellement pouvoir offrir ça à nos clients, mais malheureusement on a tous un effort à faire en ce temps de crise. »