Au golf, trop réfléchir peut nuire. C'est la conclusion d'une étude conjointe de l'Université du Michigan et de l'Université de St. Andrews, publiée dans le Psychonomic Bulletin & Review.

Paul Journet LA PRESSE

L'étude a révélé que la performance de golfeurs intermédiaires diminuait significativement après qu'ils aient discuté de leur technique. Aucun effet significatif ne s'observait chez les débutants.

Les chercheurs Kristin Flegal et Michael Anderson ont réalisé leur étude auprès de 80 golfeurs. Leur calibre variait de débutant à intermédiaire. Le meilleur joueur avait une moyenne de 80 et le pire, une moyenne de 120. Les calibres étaient également distribués dans les deux groupes.

Tous devaient essayer un exercice de coups roulés. Après en avoir calé trois, on demandait aux membres du premier groupe de discuter de leur élan. Chaque détail devait être abordé. Dans le second groupe, le groupe contrôle, les sujets devaient parler d'un sujet sans lien avec le golf.

Cinq minutes plus tard, tous devaient refaire l'exercice. Après avoir parlé de leur élan, les golfeurs intermédiaires avaient besoin de deux fois plus d'essais pour caler trois roulés. Les chercheurs ont été surpris par ces résultats. Car c'est une chose de démontrer que réfléchir à la technique pendant l'activité puisse nuire à la performance. Mais c'en est une autre de démontrer que le simple fait de parler de la technique puisse nuire, au terme de la performance.

Autre constat surprenant, l'effet ne s'observait pas chez les golfeurs débutants. Il n'y avait pas de différences significatives entre leurs performances avant et après avoir discuté de la technique.

L'ombre des mots

Comment l'expliquer? Les chercheurs accusent l'interférence des mots (verbal overshadowing). Pour simplifier grossièrement, ce phénomène survient quand deux types de mémoire entrent en compétition. Une basée sur les mots, et une autre basée sur le mouvement (procédurale).

Au golf comme dans d'autres activités, la mémoire procédurale est plus riche. C'est-à-dire que plusieurs informations se traduisent mal en mots. Quand on parle de l'activité, plusieurs aspects sont donc perdus. Plus on en parle, plus cette information appauvrie s'encode dans notre mémoire. Au détriment de l'autre information plus riche, celle basée sur la sensation du mouvement. C'est ce qu'on nomme l'interférence des mots.

Selon les chercheurs, le phénomène s'observerait aussi pour la dégustation de vin et la mémorisation de cartes routières.

L'hypothèse de l'interférence permet d'expliquer pourquoi les résultats des débutants qui parlaient de technique ne diffèrent pas des résultats du groupe contrôle. C'est parce que les débutants ne possèdent pas encore vraiment de mémoire de l'élan de golf. Cette mémoire est tellement faible qu'elle ne contraste pas avec leur compte rendu oral de l'élan.

Les conséquences sont importantes pour l'enseignement. Car l'étude n'indique pas seulement que penser à la technique durant la ronde nuit au résultat. Elle soutient que parler de la technique nuit à l'apprentissage. S'il faut en tirer une conclusion, ce serait l'importance d'insister sur les sensations ressenties durant une leçon.

Reste maintenant à refaire l'étude avec un échantillon plus large. Et avec des professionnels.