(Milton) Faire du sprint à vélo, c’est souffrant. Souffrir toute la journée pour terminer deuxième l’est encore davantage.

Mis à jour le 13 mai
Frédéric Daigle La Presse Canadienne

C’est ce qu’a vécu Kelsey Mitchell au sprint individuel de la Coupe des nations de Milton, vendredi, quand elle s’est inclinée en grande finale devant la double championne du monde en titre, l’Allemande Emma Hinze.

« C’est le sport. Je me suis qualifiée avec le temps le plus rapide, ce qui est toujours excitant, mais ça ne vous donne pas la médaille d’or à la fin, a résumé l’Albertaine et championne olympique en titre de la discipline. (Emma) est une grande cycliste ; ses tactiques sont très fortes et elle peut maintenir ses pointes de vitesse jusqu’au fil d’arrivée. Je ne suis qu’arrivée à court. Je vais apprendre de tout ça. »

Et quand Mitchell dit qu’elle est arrivée à court, elle ne saurait mieux dire. L’Allemande a remporté la finale en deux manches, ne devançant pas la Canadienne de plus d’une demi-roue au total.

« Je veux que ce soit souffrant pour mes adversaires ! Mais aujourd’hui, je n’avais pas les bons écarts avec elle », a analysé Mitchell, meneuse du classement de sprint de l’UCI cette saison.

Émotive Genest

Dans la petite finale, la Québécoise Lauriane Genest a dû se contenter de la deuxième place, étant battue en deux manches par la Colombienne Martha Bayona Pineda, pour terminer au pied du podium.

Genest avait terminé sixième à Glasgow, quatrième lors des derniers Mondiaux et huitième à Tokyo. Il s’agit d’une première ronde de médaille pour elle sur le circuit de la Coupe des nations, mais la déception était grande chez la cycliste de Lévis.

« En général, la journée s’est bien déroulée, mais c’est décevant de finir quatrième. C’étaient de beaux efforts, bien exécutés, a-t-elle dit la voix chevrotante et les larmes aux yeux. C’est une longue journée, je pense qu’il y a de la fatigue accumulée. De voir Kelsey sur le podium m’a aussi rendue émotive. »

Genest semblait en contrôle dans la première course, mais la Colombienne l’a doublée dans les derniers 50 mètres pour franchir le fil une demi-roue devant elle.

Bayona Pineda n’a pas attendu que Genest dicte le rythme dans la manche suivante. Elle a lancé l’attaque au début du troisième et dernier tour. Genest a tout donné, mais a été incapable de rattraper son adversaire, qui a terminé un demi-vélo devant la Québécoise.

« Je n’avais juste pas les jambes aujourd’hui, a admis Genest, qui disputera le keirin dimanche, comme Mitchell. Tactiquement, je n’ai pas commis d’erreur. Si j’avais eu les jambes, ç’aurait passé à la ligne. Dans le dernier effort, j’ai senti que je ne l’avais pas en moi aujourd’hui. […] Présentement ça fait mal, mais je pense que ça m’aider à long terme. »

Guillemette au pied du podium

Après une 17e place à Glasgow, on n’attendait pas nécessairement Mathias Guillemette à la course par élimination. Mais le jeune Trifluvien de 20 ans a adopté une nouvelle attitude et une nouvelle tactique qui l’ont mené jusqu’au pied du podium.

« À Glasgow, ça n’avait pas bien été, j’avais fait des erreurs. Hier, j’ai passé trois heures à regarder des courses par élimination pour apprendre les tactiques et ne pas faire d’erreur aujourd’hui. Ç’a porté fruit, je pense.

« Je pars derrière du peloton, car je n’ai pas beaucoup de points. Alors je voulais m’insérer dans le haut du peloton rapidement et rouler à fond de train tout le temps pour ne jamais être en danger. Je voulais donner mon 100 % toute la course, ne pas conserver d’énergie. »

Ça peut sembler contre-productif comme angle d’attaque : cette énergie manquante lui a fait rater le podium.

« Quand je conservais mon énergie, c’est à ce moment-là que je me faisais éliminer, a-t-il expliqué. Tu n’apprends pas quand tu te fais éliminer. Il n’en manquait qu’un peu ; c’est le secret d’avoir cette petite once d’énergie restante. Ça va arriver. »

Chez les dames, Sarah van Dam a livré une chaude lutte aux meneuses, mais a dû se contenter de la sixième place.

Bonhomme et Desgagnés prennent de l’expérience

À la poursuite individuelle, le parcours des Canadiennes Ariane Bonhomme et Adèle Desgagnés a pris fin en qualifications.

Bonhomme et Desgagnés ont terminé respectivement en sixième et septième places. Seules les quatre premières cyclistes obtenaient leur laissez-passer.

L’équipe canadienne n’avait pas de visée pour cette discipline, qui ne figure pas au programme olympique, mais qui est disputée en Coupe du monde.

« C’était surtout pour leur permettre de prendre de l’expérience à ce niveau de compétition et de se situer sur la scène internationale, a expliqué le directeur de la haute performance à Cyclisme Canada, Kris Westwood. Elles pourront continuer de progresser dans cette discipline et éventuellement participer aux Championnats du monde. Ce n’est jamais une mauvaise chose d’avoir plus d’expérience sur la scène internationale. »

La finale, disputée en soirée, a été remportée par l’Australienne Maeve Plouffe, devant les Italiennes Vittoria Bussi et Silvia Zanardi.

Au scratch, l’Albertaine Ngaire Barraclough a terminé 16e. La jeune cycliste de 19 ans a brièvement mené la course en deuxième moitié de compétition, mais elle a rapidement été reléguée à l’arrière du peloton quand les gros canons se sont mis à tonner.

C’est d’ailleurs la championne du monde en titre, l’Italienne Martina Fidanza, qui a remporté l’épreuve, devant la Néerlandaise Lonneke Uneken et l’Américaine Lily Williams.

Chez les hommes, l’Albertain Jackson Kinniburgh a pris le 10e rang. Le Britannique Rhys Britton, médaillé de bronze des derniers Mondiaux, l’Espagnol Erik Martorell Hara et l’Italien Mattia Pinazzi sont montés sur le podium.