Des partisans massés en bordure de parcours. Des routes impeccables. Des montagnes à perte de vue. Un pays avide de vélo.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

James Piccoli n’a peut-être pas gagné le Tour du Rwanda, mais il en est revenu enchanté. Même après avoir passé presque 24 heures dans des avions – Kigali-Ouganda-Amsterdam-Barcelone – et dans son auto, son enthousiasme s’entendait.

« Honnêtement, c’était super », a lancé le cycliste montréalais, mardi, à son retour à sa résidence en Andorre. « Des gars avaient fait la course et ne m’en avaient dit que du bien. J’ai été surpris par le pays, mais aussi par la course. Les deux, c’était magnifique. »

Sur le plan sportif, Piccoli a fini deuxième du Tour, qui s’est terminé dimanche. Le coureur d’Israel Start-Up Nation (ISUN) a simplement été battu par plus fort que lui, l’Espagnol Cristián Rodríguez (Total Direct Énergie), qui l’a devancé de 17 secondes à l’issue des huit étapes, toutes disputées autour de Kigali, la capitale.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ISRAEL START-UP NATION

Le Tour du Rwanda compte huit étapes.

À l’origine, Piccoli devait prendre part au Tour de Romandie, une épreuve nettement plus relevée où son coéquipier canadien Michael Woods menait jusqu’au dernier jour (il a fini au cinquième échelon). Mais un cas de COVID-19 chez ISUN a forcé ce changement de plan.

« Avec le recul, je suis super content d’avoir pu aller au Rwanda, a souligné Piccoli. Pas juste sur le plan sportif, mais aussi pour l’expérience de vie. C’était une première pour moi en Afrique. Ç’a vraiment été fantastique. »

L’hospitalité du peuple rwandais, sa politesse, la propreté des villes et la qualité du revêtement l’ont séduit.

Les routes sont quasiment parfaites. C’est dix mille fois mieux qu’au Québec !

James Piccoli

Renouer avec le public, pratiquement absent depuis la reprise des compétitions l’été dernier, a presque été une révélation. Selon les données de la Johns Hopkins University, la COVID-19 est relativement bien maîtrisée au Rwanda, où le gouvernement a imposé des mesures sanitaires très strictes. Le pays a rapporté moins de 26 000 cas et 340 décès depuis le début de la pandémie.

« À Kigali, il y avait des milliers de personnes. Des fois, on passait dans des villes où il y avait deux, trois ou quatre rangées de profondeur sur un kilomètre. C’était fou ! En même temps, les gens étaient super respectueux. Tout le monde portait son masque, personne ne courait dans la rue. Ils sont vraiment très fans de vélo, là-bas.

« Je ne veux pas dire qu’on avait oublié comment c’était, mais c’est très différent quand des personnes assistent à la course. Parfois, on oublie pourquoi on fait ce qu’on fait. Voir les gens qui viennent encourager tout le monde, surtout les coureurs africains, c’était incroyable. »

« Beaucoup de potentiel »

Quelques jours avant le départ, Piccoli et ses coéquipiers ont visité des écoles, rencontré une formation féminine locale, donné des vêtements et de l’équipement. Ils ont également eu droit à une visite guidée du Mémorial du génocide, qui a fait des centaines de milliers de victimes, pour l’essentiel tutsies, en 1994.

« C’était vraiment puissant comme expérience. Je connaissais un peu l’histoire, ce qui est arrivé là-bas, mais c’était intense d’être sur place. Vingt-sept ans plus tard, c’est surprenant de voir comment le peuple est passé par-dessus, à quel point le pays a grandi. »

La place du vélo au Rwanda est frappante. « Pas juste pour le sport. Je n’ai jamais vu autant de gens sur leur vélo. Ça leur sert pour le transport, le travail. C’est un peuple qui peut comprendre le vélo. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @TEAMISRAELSUN

Le vélo occupe une grande place au Rwanda.

L’Union cycliste internationale projette de tenir de premiers Championnats du monde en Afrique en 2025. Le Rwanda, qui organise son tour depuis 1988, est favori pour en obtenir la présentation.

« Il y a beaucoup de potentiel pour le vélo en Afrique, note Piccoli. C’est un peuple qui aime le sport. Avec plus de courses, d’occasions de courir, c’est sûr qu’on va avoir plus d’Africains dans le WorldTour. Avec l’équipe [sud-africaine] Qhubeka, ça commence un peu. Le sport devient de plus en plus populaire là-bas. C’est un sport d’aérobie, comme la course à pied. Et on sait que les meilleurs coureurs au monde viennent d’Afrique. C’est sûr que bientôt, du moins je l’espère, plus de coureurs de là-bas vont faire le saut. »

Chose certaine, le Rwanda s’est trouvé un nouvel ambassadeur, qui compte bien y retourner pour faire du tourisme.

En meneur

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @TEAMISRAELSUN

James Piccoli dans une montée au Tour du Rwanda

Au Rwanda, Piccoli a trouvé un terrain idéal pour exprimer ses qualités de grimpeur. « Ça ne s’appelle pas le pays des mille collines pour rien, a noté le deuxième du Tour de l’Utah en 2019. Il y a des montées partout. Kigali est à 1400 mètres d’altitude, mais la course est passée jusqu’à 2400 mètres. D’habitude, je fais bien dans ces conditions-là. » Quelques cyclistes connus étaient au départ : Pierre Rolland a remporté une étape, comme le Colombien Jhonatan Restrepo, Alexis Vuillermoz, Quentin Pacher. Le vainqueur, Cristián Rodríguez, a déjà fini 25e de la Vuelta. Piccoli a décrit une course à « deux pelotons », avec des formations locales sans grande expérience. Pour la première fois avec Israel Start-Up Nation, seule formation du WorldTour au départ, l’athlète de 29 ans s’est vu confier le rôle de meneur. « L’équipe voulait me donner une occasion, dans une course peut-être un peu plus petite, de montrer mes capacités de leader, de faire la transition. Le calibre était plus fort au Tour de l’Utah, mais une deuxième place est une deuxième place. C’est un processus pour avoir la confiance de l’équipe et de mes coéquipiers. Ça montre aussi que la forme s’en vient, que le niveau est là et que les victoires ne sont pas loin. » Le vainqueur du Tour de Beauce en 2018 s’alignera la semaine prochaine au Tour d’Andalousie et ensuite au Tour de Suisse (du 6 au 13 juin), où il espère être au mieux sur un parcours qui devrait lui convenir.