(Paris) Une date inédite, une menace permanente, une course sans repères : reporté de deux mois en raison de la pandémie, le Tour de France cumule les interrogations avant son Grand départ samedi à Nice avec un trio de favoris, Bernal, Roglic et Pinot.

Jean MONTOIS
Agence France-Presse

Les masques sont de rigueur sur la plus grande course du monde. Au sens propre dans le public, invité à garder cette protection adaptée à la période, et au sens figuré dans le peloton, tant les incertitudes sont nombreuses.

« C’est un Tour différent, dans une situation tout à fait particulière », convient son directeur Christian Prudhomme qui, depuis avril et la décision de report, a multiplié les réunions « avec les instances sportives et les autorités du pays ».  

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AFP

Le Slovène Primoz Roglic.

Le Tour, élément du patrimoine national, a reçu le feu vert pour être organisé à la fin de l’été, pour la première fois aussi tardivement dans son histoire centenaire. Sous réserve de conditions strictes de sécurité sanitaire face à la menace du coronavirus.

Une « bulle course », réunissant l’ensemble des 22 formations et quelques officiels, doit être mise en place. Et le risque afférent d’une exclusion de l’équipe si deux cas de positifs de COVID-19 étaient repérés dans le même groupe en sept jours.

Le parcours le plus montagneux

Le Tour, évènement majeur de l’année dont dépend tout l’équilibre économique du cyclisme, joue gros. Il multiplie les tests (deux pour chaque coureur à l’approche du départ), les campagnes de communication pour les gestes sanitaires, éloigne au maximum les tiers, spectateurs ou médias.

« Le public aura accès au Tour de France mais il y aura des zones avec des filtrages au départ et à l’arrivée des étapes », annonce Christian Prudhomme qui souligne la baisse conséquente du nombre de personnes présentes sur la course et autour d’elle.

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Le Français Thibeaut Pinot

« On était quasiment 5000, on sera un peu plus de 3000 accrédités », précise le directeur du Tour, satisfait que la diffusion de la course reste à hauteur conséquente (« 190 pays reprennent les images du Tour, 100 pays diffusent en direct »), bien que plusieurs télévisions nationales, dont la France, aient choisi de ne pas envoyer leurs commentateurs sur le terrain.

Le terrain ? Séduisant, de l’avis général. L’itinéraire, de la première étape promise aux sprinteurs sur la Promenade des Anglais jusqu’à l’arrivée de la 21e prévue le 20 septembre sur les Champs-Élysées parisiens, a tout pour plaire.

Le parcours, tracé à l’est d’une ligne reliant les Vosges au Pays basque, adopte un rythme ultradynamique et promet d’être le plus montagneux de l’histoire contemporaine.  

Avec des visites dans les cinq massifs montagneux de l’Hexagone et une arrivée inédite, atypique, cruciale, au col de la Loze, au-dessus de Méribel (Savoie), dans la dernière semaine, avant l’unique contre-la-montre à la Planche des Belles Filles à la veille de la conclusion.

Un vainqueur « pas comme les autres » ?

Le menu ne peut que séduire les grimpeurs, au premier rang le Colombien Egan Bernal, vainqueur sortant sous les couleurs de la puissante équipe Ineos.  

Mais, s’il est débarrassé de la concurrence interne représentée par deux autres anciens lauréats (Froome, Thomas), Bernal doit tenir compte de la montée en puissance de l’impressionnante Jumbo avec, en serre-file, le Slovène Primoz Roglic.  

Un duel ? Pas tout à fait au vu du nombre de candidats potentiels d’autant que ni Bernal, prétextant des douleurs dorsales, ni Roglic, victime d’une chute, n’ont terminé le récent Dauphiné.

Thibaut Pinot, deuxième de cette répétition alpestre, porte les espoirs français de gagner le Tour 35 ans après Bernard Hinault. D’autres, à commencer par le Néerlandais Tom Dumoulin et l’Equatorien Richard Carapaz — anciens vainqueurs du Giro — sont en mesure de chambouler la hiérarchie.

Dans ce Tour « pas comme les autres » d’une année « pas comme les autres », un vainqueur « pas comme les autres » serait-il vraiment une surprise ?

Palmarès du Tour de France

1903 Maurice Garin (FRA)

1904 Henri Cornet (FRA) sur tapis vert

1905 Louis Trousselier (FRA)

1906 René Pottier (FRA)

1907 Lucien Petit-Breton (FRA)

1908 Lucien Petit-Breton (FRA)

1909 François Faber (LUX)

1910 Octave Lapize (FRA)

1911 Gustave Garrigou (FRA)

1912 Odile Defraye (BEL)

1913 Philippe Thys (BEL)

1914 Philippe Thys (BEL)

1919 Firmin Lambot (BEL)

1920 Philippe Thys (BEL)

1921 Léon Scieur (BEL)

1922 Firmin Lambot (BEL)

1923 Henri Pélissier (FRA)

1924 Ottavio Bottecchia (ITA)

1925 Ottavio Bottecchia (ITA)

1926 Lucien Buysse (BEL)

1927 Nicolas Frantz (LUX)

1928 Nicolas Frantz (LUX)

1929 Maurice De Waele (BEL)

1930 André Leducq (FRA)

1931 Antonin Magne (FRA)

1932 André Leducq (FRA)

1933 Georges Speicher (FRA)

1934 Antonin Magne (FRA)

1935 Romain Maes (BEL)

1936 Sylvère Maes (BEL)

1937 Roger Lapébie (FRA)

1938 Gino Bartali (ITA)

1939 Sylvère Maes (BEL)

1947 Jean Robic (FRA)

1948 Gino Bartali (ITA)

1949 Fausto Coppi (ITA)

1950 Ferdi Kubler (SUI)

1951 Hugo Koblet (SUI)

1952 Fausto Coppi (ITA)

1953 Louison Bobet (FRA)

1954 Louison Bobet (FRA)

1955 Louison Bobet (FRA)

1956 Roger Walkowiak (FRA)

1957 Jacques Anquetil (FRA)

1958 Charly Gaul (LUX)

1959 Federico Bahamontes (ESP)

1960 Gastone Nencini (ITA)

1961 Jacques Anquetil (FRA)

1962 Jacques Anquetil (FRA)

1963 Jacques Anquetil (FRA)

1964 Jacques Anquetil (FRA)

1965 Felice Gimondi (ITA)

1966 Lucien Aimar (FRA)

1967 Roger Pingeon (FRA)

1968 Jan Janssen (NED)

1969 Eddy Merckx (BEL)

1970 Eddy Merckx (BEL)

1971 Eddy Merckx (BEL)

1972 Eddy Merckx (BEL)

1973 Luis Ocana (ESP)

1974 Eddy Merckx (BEL)

1975 Bernard Thévenet (FRA)

1976 Lucien Van Impe (BEL)

1977 Bernard Thévenet (FRA)

1978 Bernard Hinault (FRA)

1979 Bernard Hinault (FRA)

1980 Joop Zoetemelk (NED)

1981 Bernard Hinault (FRA)

1982 Bernard Hinault (FRA)

1983 Laurent Fignon (FRA)

1984 Laurent Fignon (FRA)

1985 Bernard Hinault (FRA)

1986 Greg LeMond (USA)

1987 Stephen Roche (IRL)

1988 Pedro Delgado (ESP)

1989 Greg LeMond (USA)

1990 Greg LeMond (USA)

1991 Miguel Indurain (ESP)

1992 Miguel Indurain (ESP)

1993 Miguel Indurain (ESP)

1994 Miguel Indurain (ESP)

1995 Miguel Indurain (ESP)

1996 Bjarne Riis (DEN) (1)

1997 Jan Ullrich (GER)

1998 Marco Pantani (ITA)

1999 à 2005 : aucun vainqueur après l’annulation pour dopage des victoires de Lance Armstrong (USA)

2006 Oscar Pereiro (ESP) sur tapis vert (2)

2007 Alberto Contador (ESP)

2008 Carlos Sastre (ESP)

2009 Alberto Contador (ESP)

2010 Andy Schleck (LUX) (3)

2011 Cadel Evans (AUS)

2012 Bradley Wiggins (GBR)

2013 Chris Froome (GBR)

2014 Vincenzo Nibali (ITA)

2015 Chris Froome (GBR)

2016 Chris Froome (GBR)

2017 Chris Froome (GBR)

2018 Geraint Thomas (GBR)

2019 Egan Bernal (COL)

(1) : Riis a reconnu depuis s’être dopé mais, les faits étant prescrits, la victoire ne lui a pas été réglementairement retirée

(2) : après déclassement de l’Américain Floyd Landis pour contrôle antidopage positif

(3) : après déclassement de l’Espagnol Alberto Contador pour contrôle antidopage positif