Peter Sagan ? Tour de France. Greg Van Avermaet ? Tour de France. Julian Alaphilippe ? Tour de France. Michael Matthews ? Allez savoir.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Il ne faut pas se faire d’illusions : bon nombre des vedettes et de prétendants habituels ne participeront pas cette année aux Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal (GPCQM). Si, au premier chef, les conditions sanitaires autorisent leur présentation les 11 et 13 septembre.

Comme prévu par leur organisateur, les courses canadiennes du WorldTour ont conservé leurs dates au calendrier révisé dévoilé mardi par l’Union cycliste internationale (UCI).

Elles se dérouleront donc en même temps que le Tour de France, le géant dont le déplacement du 29 août au 20 septembre, il y a trois semaines, a permis à tous les autres acteurs de penser à leur repositionnement.

De prime abord, Serge Arsenault, grand manitou des GPCQM, avait affiché sa réticence à tenir ses deux épreuves dans l’ombre du Tour, ce qui ne l’empêchait pas d’applaudir son retour.

Il craignait de réunir un peloton moins représentatif, ce qui nuirait à l’image de marque qu’il s’acharne à polir depuis 2010. Et il savait que le rayonnement international des courses québécoises s’en trouverait fortement diminué.

Arsenault avait adouci sa position et retrouvé « un peu de sérénité » à la suite d’un entretien avec le président de l’UCI, le Français David Lappartient, avec qui il a rapidement tissé des liens après son entrée en fonction, en 2017.

« Une excellente nouvelle »

Si ce dernier veut que son WorldTour ait un minimum de sens, même en situation de pandémie, la tenue d’épreuves à l’extérieur de l’Europe allait de soi. Avec les Grands Prix canadiens, le Tour de Guangxi, en Chine, est la seule des 23 courses du nouveau calendrier qui remplit ce critère.

Disant bénéficier de l’appui de ses partenaires publics et privés, Arsenault accueille donc comme une « excellente nouvelle » le maintien des GPCQM aux dates prévues.

« Ce n’est pas difficile de voir les efforts que toutes les organisations ont dû faire. Il faut voir que pendant le Tour d’Italie [du 3 au 25 octobre], il y aura en même temps Liège-Bastogne-Liège, l’Amstel Gold Race, Gand-Wevelgem, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Tous les monuments vont être là. »

Un moment donné, il y a trois courses en même temps durant un week-end. Nous, c’est le Tour de France. Mais il n’y a que huit coureurs par équipe au Tour. On devra donc jouer avec le Tour.

Serge Arsenault, président des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal

En temps normal, les classiques canadiennes sont l’occasion d’accueillir des coureurs qui se sont illustrés durant la Grande Boucle en juillet. L’an dernier, c’était Alaphilippe, le Français qui avait exceptionnellement rayonné 14 jours en jaune.

Christopher Froome, Geraint Thomas ou Alberto Contador (aujourd’hui retraité) ont également déjà posé leurs pneus dans le Vieux-Québec et sur le mont Royal. Si ces spécialistes de grand tour n’ont jamais été des acteurs dans la course, ils donnaient un vernis de prestige à l’évènement.

Arsenault relève « la spécificité des coureurs du Tour de France ». « Il y a un maximum de peut-être deux leaders et ensuite, des équipiers, mais qui sont faits pour les tours. Il y a toute une série de coureurs pour les classiques. Ça nous donne donc une chance. »

Un profil différent

N’empêche, les prétendants de premier plan, comme Sagan, Van Avermaet et Matthews, qui se sont imposés un total de huit fois au Québec, viseront fort probablement de briller encore sur le Tour en août et septembre. Alaphilippe entre aussi dans cette catégorie.

Arsenault compte sur la concentration de points à l’enjeu au Canada (1000 au total) et le prestige d’accrocher une de ces classiques à son palmarès pour convaincre des cyclistes de renom de traverser l’océan.

L’ajout de Tirreno-Adriatico, course par étapes printanière replacée du 7 au 14 septembre, dérange moins l’organisateur. L’épreuve italienne servira avant tout de préparation au Giro, prévu du 3 au 25 octobre, avec la Vuelta, troisième grand tour, en chevauchement (du 20 octobre au 8 novembre).

Encore là, des habitués de Québec et de Montréal pourraient être tentés. À titre d’exemple : l’Italien Diego Ulissi, deuxième l’an dernier et vainqueur sur le mont Royal en 2017.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Diego Ulissi

En somme, les 19 formations étiquetées WorldTeams (dont la présence est obligatoire sur le WorldTour, important de le rappeler) devront se diviser sur trois fronts en septembre : le Tour (8 partants), Tirreno (7) et Québec-Montréal (6 ou 7). Les groupes sportifs comptent entre 27 et 31 coureurs, ce qui ne sera pas de trop pour ce calendrier ultra-concentré.

Les GPCQM ne peuvent assurément pas s’attendre à recevoir l’effectif A des différentes équipes. Ni les grimpeurs qui viseront une préparation pour les Mondiaux du 27 septembre en Suisse. En revanche, ils auront droit à un peloton de qualité, probablement équivalent à celui de Tirreno, mais avec des cyclistes au profil différent.

Est-ce catastrophique ? Absolument pas. Les épreuves ne seront pas moins rapides et leur déroulement peut-être plus excitant, sans meneurs clairs pour en dicter le scénario.

Avant toute chose, la tenue des Grands Prix repose évidemment sur une amélioration espérée des conditions sanitaires, tant en Amérique qu’en Europe. Les organisateurs devront tous se soumettre à un « guide contraignant » de l’UCI.

M. Arsenault est le premier à le rappeler : si les courses ont lieu, à commencer par le Tour de France, ce sera « par une chance énorme ». « Il faut vraiment que les risques de contamination soient complètement à zéro, tant pour le public que pour les coureurs », a-t-il insisté.

On est loin, très loin de la flamme rouge.