Nous nous sommes toutes et tous déjà demandé, à un moment de notre vie, ce que nous ferions si nous gagnions à la loterie.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le Québécois Chris Boucher a désormais le luxe de se poser la question le plus sérieusement du monde. Au cours du week-end dernier, il a accepté un nouveau contrat d’une durée de deux ans avec les Raptors de Toronto. L’équipe n’a pas encore officialisé les détails financiers de l’entente, mais on parlerait d’une rondelette somme de 13,5 millions de dollars.

Bien que la démesure fasse depuis longtemps partie intégrante du sport professionnel, le chiffre marque particulièrement l’imaginaire dans le cas de Boucher, qui a grandi dans la pauvreté dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

À 16 ans, il abandonnait l’école pour travailler comme plongeur dans une rôtisserie St-Hubert. À 27 ans, voilà qu’il pourrait lui-même s’acheter un restaurant, a franchement souligné un journaliste, mercredi matin, pendant un point de presse virtuel organisé par les Raptors.

Flegmatique comme à son habitude, Boucher n’a pas fait grand cas de son nouveau statut, insistant sur le fait que « l’argent ne [le] changerait pas ».

Il a seulement fait une promesse : « Je veux que ma mère puisse arrêter de travailler. »

« Elle a fait beaucoup pour moi au cours des dernières années, a-t-il ajouté. C’est à mon tour de prendre soin d’elle. »

Je veux me concentrer sur la prochaine saison. Avec ma mère, c’est ma seule priorité. Je déciderai du reste en temps et lieu.

Chris Boucher

Sans se perdre dans la nostalgie, il ne peut s’empêcher d’apprécier le chemin qu’il a parcouru au cours des années. Bien sûr, il avait toujours rêvé de s’établir dans la NBA et de décrocher un gros contrat, mais « si on me l’avait demandé il y a huit ans, je ne pense pas que je t’aurais dit que c’était possible », avoue-t-il.

« Quand je parle à ma mère, à Ibrahim [Appiah, son ancien entraîneur et proche conseiller], à ma sœur, à mon frère, on réalise qu’on vient de loin. Aujourd’hui, je me sens bien et je regarde vers le futur. »

Changements

Il n’y a certainement pas que sur le plan financier que la vie de Chris Boucher est appelée à changer.

Les mouvements de personnel ont été nombreux chez les Raptors au cours des derniers jours. Les joueurs autonomes Serge Ibaka et Marc Gasol ont tous les deux déménagé à Los Angeles, l’un avec les Clippers, l’autre avec les Lakers. Employé comme ailier ou comme centre, Boucher est susceptible d’être appelé à combler le vide laissé par ses deux coéquipiers des dernières saisons, quoique la compétition au centre sera féroce avec les nouveaux venus Alex Len et Aron Baynes.

N’empêche, il grimpe instantanément les échelons parmi les vétérans de l’équipe.

Surtout, dit-il, son rôle sera « mieux défini » que par le passé. « Je sais à quoi m’attendre, précise-t-il. Mon rôle va augmenter, mais les attentes aussi. »

Même si la saison 2019-2020 a été celle de l’éclosion pour Boucher, il ne s’est pas encore imposé comme un joueur dominant pour autant. Avec une moyenne de 6,6 points par match en un peu plus de 13 minutes passées sur le terrain, il est certes devenu un contributeur régulier aux succès de son équipe. Sa production et son utilisation ont toutefois chuté en séries éliminatoires : à peine 1,1 point et quelque 6 minutes.

À 27 ans, il arrive à ce qui pourrait être ses années les plus prolifiques. Il n’est plus vu comme un « jeune » à proprement parler, mais a encore de l’espace pour s’améliorer, constate-t-il lui-même. Il n’y a même pas deux ans, il était nommé joueur par excellence de la G-League, circuit de développement affilié à la NBA.

« Je me considère dans une bonne position, dit-il. Je deviens le plus [ancien] centre dans l’équipe, ça va me donner confiance pour apprendre les drills, les jeux. »

Je vais avoir beaucoup de responsabilités, et ça ne me fait pas peur. J’ai toujours joué pour gagner, pour être l’un des meilleurs joueurs sur le terrain, sinon le meilleur.

Chris Boucher

Pour y arriver, il est conscient qu’il lui reste « beaucoup à faire ». Déjà, l’été dernier, il débarquait dans la « bulle » d’Orlando avec 15 livres en plus. Plus imposant physiquement, il se voit continuer de gagner en force au cours des prochains mois.

Il avait par ailleurs profité de la longue pause forcée par le confinement pour mieux se « structurer » et pour faire le point avec le personnel d’entraîneurs sur les éléments à améliorer dans son jeu.

« On a regardé des vidéos tout l’été, explique-t-il. Je peux mieux utiliser ma force, ma vitesse et mes mains. Ce sont des choses que je ne voyais pas auparavant. Dans la bulle, je me sentais déjà plus à l’aise. Là, je veux faire la même chose pendant la saison. Et comme je vais jouer plus, je vais devoir prendre soin de mon corps. »

D’un point de vue tactique, il souhaite mieux décoder les défenses adverses qu’auparavant et « limiter [ses] erreurs ».

Lorsque la NBA lancera sa saison 2020-2021, un peu avant Noël, les Raptors présenteront un visage quelque peu différent par rapport à l’an dernier vu les départs et les arrivées des derniers jours, mais ils compteront néanmoins sur leurs valeurs sûres des dernières saisons en Kyle Lowry, Pascal Siakam, OG Anunoby et Fred VanVleet, qui vient de signer un contrat monstre de quatre ans et 85 millions.

« On a un bon système, résume Chris Boucher. Peu importe les joueurs qui sont là, ce sont des gars qui portent en eux l’identité de l’équipe. Il faudra s’ajuster, mais ce sera très possible de le faire. Tous les morceaux sont en place. »