En attendant la reprise des compétitions, le coureur Charles Philibert-Thiboutot poursuit sa remise en forme… malgré les embûches.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Charles Philibert-Thiboutot avait les épaules courbaturées lundi matin. Pour un coureur de demi-fond, ce n’est pas habituel.

Deux jours plus tôt, avec une vingtaine de collègues réunis par une page Facebook créée la veille, il s’était attaqué à la pelle à l’épaisse couche de neige et de glace qui couvrait la piste d’athlétisme du centre sportif de l’Université Laval.

Ils avaient déblayé quelque 150 mètres du couloir intérieur quand un agent est venu les aviser que le terrain privé était fermé depuis samedi, comme le reste de l’établissement. Le petit groupe de valeureux ne s’est résigné qu’à l’arrivée des policiers.

L’histoire, photo à l’appui, a rapidement fait le tour dans les médias sociaux.

« C’est plus drôle qu’autre chose, réagissait Philibert-Thiboutot au téléphone lundi. Chez mes rivaux kényans, américains ou européens, personne n’a à composer avec quatre pieds de neige sur une piste ! Peut-être sont-ils en quarantaine, mais ils peuvent continuer à aller courir sans problème tout en suivant les recommandations de la santé publique. C’est juste que nous, on est pognés avec la neige. Ça rend la situation cocasse, mais ce n’est vraiment pas la fin du monde. »

Avec la fermeture de la piste intérieure du PEPS en cette crise de la COVID-19, Philibert-Thiboutot et ses coéquipiers n’ont d’autre choix que de se tourner vers les rues. Les conditions météo des derniers jours ont laissé des plaques de glace un peu partout, sans compter la neige tombée mardi.

Pour un jogging, ça va, mais impossible de faire des séances spécifiques sans risquer de se rompre les os. Lundi, l’entraîneur Félix-Antoine Lapointe a sorti la pelle pour dégager des bouts de rues. Mardi, une quinzaine de centimètres de neige sont tombés sur Québec…

Philibert-Thiboutot a reçu plusieurs offres de particuliers l’invitant à utiliser leur tapis roulant. Encore faut-il que les appareils soient assez performants pour tourner à 2 min 40 au kilomètre ou plus vite.

« Je ne pense pas que ce soit si répandu. Si on est vraiment dans le trouble, je connais des gens dont le tapis va assez vite. Ce serait correct. Mais il y a Jean-Simon [Desgagnés], Thomas [Fafard] et d’autres athlètes d’élite. On ne peut pas tous débarquer chez quelqu’un et squatter son tapis. C’est un peu ça, l’enjeu. »

Nouvelle embûche

Pour le spécialiste du 1500 m, la pandémie de COVID-19 est une nouvelle embûche dans sa tentative de se qualifier pour ses deuxièmes Jeux olympiques. Le demi-finaliste à Rio sort d’une saison blanche à la suite d’une fracture à un pied. Après un retour très prometteur en salle – il a réalisé un record québécois sur 5000 m –, sa progression a été freinée par une déchirure à un mollet au début de janvier.

Consultez l'article de La Presse à ce sujet

Un séjour d’un mois auprès d’une physiothérapeute à Vancouver lui avait permis de guérir et de recouvrer ses jambes.

« Les deux premières semaines, c’était vraiment l’enfer. Je me sentais comme une patate. J’avais beau être dans une forme exceptionnelle en décembre, ça avait complètement disparu. Mais j’ai fait des gains exponentiels chaque fois que je mettais le pied sur la piste. Je courais à peu près 3 min 10 au kilomètre et une semaine plus tard, j’étais rendu à 2 min 50. C’était pénible, mais je suis revenu dans une très grande forme en date d’aujourd’hui. »

Maintenant, il ne veut pas la perdre, sans savoir quand il pourra reprendre la compétition, au mieux à la mi-mai, et encore.

Avant la crise du coronavirus, Philibert-Thiboutot était déjà dans une position précaire dans le processus de qualification pour Tokyo. Sans résultats l’an dernier, il avait besoin de cinq bonnes courses avant l’échéance du 29 juin pour remonter dans un classement dans lequel il ne figure nulle part pour l’instant.

Une occasion

Si le CIO a ouvert la porte mardi à une allocation des quotas restants selon les résultats passés, le coureur de 29 ans souhaite que l’incertitude actuelle l’avantage.

« Le scénario cauchemardesque pour moi serait que toutes les compétitions soient annulées et que les Jeux aient lieu comme prévu, dit-il. Personnellement, je pense qu’il n’y a aucune chance qu’ils se déroulent aux dates prévues. »

Il faudra se rendre à l’évidence. S’ils sont annulés ou reportés, ça jouera en ma faveur. Je peux juste me concentrer sur l’entraînement et espérer que c’est une malchance que je peux tourner en ma faveur.

Charles Philibert-Thiboutot, au sujet des Jeux olympiques

Au lieu d’un stage annulé en Arizona, Philibert-Thiboutot pensait se tourner vers la Colombie-Britannique. Avec Desgagnés et Fafard, il comptait s’y rendre la semaine prochaine pour y rejoindre trois autres coureurs de l’endroit. Ils seraient installés dans le chalet de l’un d’entre eux à Big White pour profiter de l’altitude et d’une piste extérieure à proximité à Kelowna.

Finalement, ce plan aussi tombe à l’eau. « La situation là-bas n’est pas extra et voyager en avion présente le plus grand risque de contagion pour nous, nous a-t-il écrit jeudi matin. On va rester à Québec et modifier nos plans d’entraînements en conséquence. »

D’importantes quantités de pluie étaient prévues jeudi et vendredi. Au moins, la neige devrait fondre.