Le Temple de la renommée olympique du Canada a procédé à l’intronisation d’une nouvelle cuvée lors d’une cérémonie à Toronto, hier. Parmi les nouveaux élus, plusieurs athlètes québécois qui ont marqué leur époque.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Alexandre Despatie, 34 ans, plongeur

4 JO 
argent au 3 m à Athènes en 2004, argent au 3 m à Pékin en 2008
Retraite en juin 2013

Que représente cet honneur ?

 « J’ai eu la chance et le privilège d’avoir beaucoup de succès. Souvent, les gens demandent : est-ce que ça devient ordinaire d’être encore admis dans un temple ? Jamais. Un temple de la renommée, ça regroupe des athlètes ou des gens qui ont vraiment excellé dans leur milieu. Cette fois-ci, c’est venu un peu comme une surprise parce que ce temple a été inactif pendant un certain temps et je ne le connais pas beaucoup. C’est toujours très gratifiant parce que ça souligne l’ensemble d’une carrière, et pas qu’une médaille ou un championnat. »

Quand vous pensez aux Jeux, que vous vient-il à l’esprit ?

« Je suis choyé parce que j’ai fait quatre Jeux olympiques qui ont été extrêmement différents. La première fois [Sydney 2000], c’était pour y goûter et prendre de l’expérience. J’ai fini quatrième au 10 m, une surprise absolument incroyable. En 2004, j’ai gagné une première médaille, mais j’ai aussi vécu une déception au 10 m. Les troisièmes [Pékin 2008], je me suis cassé un pied quatre mois avant et j’ai fini par gagner une médaille quand même. C’était l’euphorie totale. En 2012, la blessure [grave coupure à la tête deux mois plus tôt] a rendu ça difficile. J’ai vécu toutes sortes d’émotions différentes, des plus belles aux plus dures. »

Quel conseil donneriez-vous à un jeune Alexandre à la veille de disputer ses premiers Jeux?

« Je ne ferais rien différemment. Le conseil, ce serait peut-être de continuer à être moi-même, continuer à être l’athlète que j’ai été. Ça a bien fonctionné pour moi ! »

Où conservez-vous vos médailles ?

« Chez mes parents, dans un petit coin de ma chambre d’enfant. Pour moi, les titres ont toujours été plus importants que les médailles. Je n’ai pas besoin de les exposer ou de les voir tant que ça. »

Aujourd’hui : Oeuvre dans les médias, en radio et à la télévision. Après une période plus tranquille, il travaille sur un projet télé dont il ne peut pas parler. Il se prépare en vue des Jeux de Tokyo de 2020, où il travaillera pour CBC.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Christine Girard

Christine Girard, 34 ans, haltérophile

2 JO
bronze chez les 63 kg à Pékin en 2008, or chez les 63 kg à Londres en 2012
(remises en décembre 2018 après le déclassement de rivales dopées)
Retraite en 2015

Que représente cet honneur ?

« Quand je regarde les autres personnes introduites aujourd’hui, c’est vraiment incroyable. Elles ont marqué le sport canadien. De voir que je suis considérée avec elles dans la cuvée de 2019, c’est très émouvant. »

Quand vous pensez aux Jeux, que vous vient-il à l’esprit ?

« On vit tellement d’émotions aux Jeux olympiques, mais je dirais l’intensité des émotions. La compétition comme telle, arriver troisième ou quatrième, les deux moments sont extrêmement intenses. Les hauts et les bas, donc, mais toujours avec intensité. »

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Christine à la veille de disputer ses premiers Jeux ?

« D’oser. Quand on arrive aux Jeux olympiques, c’est sûr qu’on est préparée, qu’on est concentrée. Mais on a souvent peur. Peur de croire, peur d’oser. Cette peur d’échouer nous fait souvent aller plus loin. C’est donc de ne pas en avoir peur, de l’accueillir et de l’utiliser. »

Où conservez-vous vos médailles ?

« J’ai gracieusement reçu un très beau cadre. Elles sont donc accrochées chez moi [à Gatineau]. Elles sont bien mises en valeur. »

Aujourd’hui : Mère de trois enfants âgés de moins de 5 ans. Elle vient de commencer une maîtrise en ergothérapie à l’Université d’Ottawa. Elle travaille également avec le Centre canadien pour l’éthique dans le sport pour utiliser son histoire dans le but de faire avancer « un peu » la lutte antidopage.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Émilie Heymans

Émilie Heymans, 37 ans, plongeuse

4 JO
argent au 10 m synchro à Sydney en 2000, bronze au 10 m synchro à Athènes en 2004, argent au 10 m à Pékin en 2008, bronze au 3 m synchro à Londres en 2012
Première athlète du Canada médaillée à quatre JO d’été consécutifs
Retraite en 2012

Que représente cet honneur ?

« Ça fait plaisir et c’est flatteur de pouvoir se retrouver comme ça avec les autres intronisés et les anciens. Je suis vraiment contente que ça arrive sept ans après ma retraite. Je suis plus en mesure d’apprécier maintenant tous les efforts que j’ai réalisés, et ceux de tous les gens autour de moi, pour que je puisse gagner mes quatre médailles. »

Quand vous pensez aux Jeux, que vous vient-il à l’esprit ?

« L’événement, le Village, le sentiment d’accomplissement d’être là. Et d’être un peu spéciale aussi parce qu’on est choyés de pouvoir participer aux Jeux. C’est juste l’ambiance en général, qui est un peu difficile à décrire. Les Jeux de Sydney ont été mes préférés. C’étaient mes premiers, je n’avais pas de pression, mon rêve devenait réalité pour la première fois. La chaleur et l’énergie des Australiens aussi, assez semblables à celles des Québécois. L’ambiance était vraiment extraordinaire par rapport à la Chine, où ça semblait moins amical quand tu sortais du Village. »

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Émilie à la veille de disputer ses premiers Jeux ?

« Le travail est fait. Donner son meilleur tous les jours, c’est un peu ça que j’ai fait durant ma carrière. Essayer de se préparer le mieux possible pour chaque compétition. Ce que j’aimais beaucoup de l’entraînement, c’était de travailler fort sur un plongeon et d’être capable de le réussir pour la première fois. Quand tu frappes l’eau et que tu l’as réussi, le sentiment d’accomplissement est tellement fort. C’est ce qui m’a motivée durant toute ma carrière. »

Où conservez-vous vos médailles ?

« Normalement, elles sont dans un tiroir, chez nous ! Je les amène parfois pour des conférences et j’oublie de les ranger. Ça m’arrive d’attraper une sacoche, de me dire qu’elle est donc bien lourde, et de réaliser que les médailles sont dedans… »

Aujourd’hui : Mère de deux enfants et propriétaire de son entreprise de maillots de bain et de gymnastique personnalisés pour des clubs et des équipes de sport (Émilie Heymans Design).

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Caroline Ouellette

Caroline Ouellette, 40 ans, joueuse de hockey

À titre de membre de l’équipe canadienne de hockey médaillée d’or aux Jeux de Vancouver en 2010
4 JO
or à Salt Lake City en 2002, or à Turin en 2006 (équipe déjà au Temple), or à Vancouver en 2010, or à Sotchi en 2014
Retraite en septembre 2018

Que représente cet honneur ?

« L’équipe de Vancouver était très spéciale. Pendant sept ans, on a su qu’on serait le pays hôte. Dès 2003, on voulait jouer en finale contre les Américaines pour avoir l’opportunité de démontrer qu’on avait la meilleure équipe au monde. Notre équipe était tellement bien préparée, on avait joué 60 matchs de la mi-septembre aux Jeux. On avait vu chacune des situations de jeu tellement de fois. On avait battu les Américaines six fois en six. On était confiantes et on ne s’est pas laissées affecter par la pression de jouer au Canada. Marie-Philip Poulin, notre plus jeune joueuse, qui marque nos deux buts, notre gardienne Shannon Szabados, pour qui c’était une première grande finale, qui jouait avec tellement de confiance. On avait écoulé deux trois-contre-cinq de presque deux minutes. Ça a sorti le meilleur d’entre nous, chacune était prête à bloquer un lancer. On a exécuté le plan de match à la perfection et quand la sirène a sonné, on avait le sentiment d’avoir mérité l’or du début à la fin. »

Quand vous pensez aux Jeux, que vous vient-il à l’esprit ?

« La foule, l’ambiance dans la ville. On a remporté 14 médailles d’or, un record des Jeux d’hiver. Partout où on se promenait, les gens étaient habillés en rouge et blanc de la tête aux pieds, comme nous. On pouvait donc passer incognito. C’était une grande fête, très spéciale. Je m’étais dit que rien ne battrait cette émotion, mais Sotchi aussi s’est terminé de façon spectaculaire. »

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Caroline à la veille de disputer ses premiers Jeux ?

« Juste de prendre le moment de l’apprécier, de vivre ces beaux moments avec toutes tes coéquipières et ta famille. Ça passe tellement vite. Quand tu es plus jeune, tu as l’impression d’avoir toutes les années devant toi. Finalement, ça passe extrêmement vite. Je n’aurais rien pu imaginer de mieux que de jouer 16 ans avec l’équipe canadienne. Je me sens très choyée. Je lui aurais donc dit de continuer de travailler avec acharnement pour garder ce privilège le plus longtemps possible. »

Où conservez-vous vos médailles ?

« Celles de Vancouver et Sotchi, chez moi à la maison. Je donne beaucoup de conférences dans les compagnies et les écoles. C’est un bel honneur de pouvoir partager mes médailles olympiques avec les Canadiennes et les Canadiens. Je suis toujours émerveillée de voir la réaction des gens quand ils en tiennent une dans leurs mains. Je suis très choyée de pouvoir partager mon histoire. »

Aujourd’hui : Mère d’une petite fille. Entraîneuse pour l’Association des joueuses de hockey professionnel, où elle dirige Mélodie Daoust, Lauriane Rougeau, Marie-Philip Poulin et Hilary Knight. Entraîneuse adjointe pour les Stingers de Concordia.

PHOTO JONATHAN HEYWARD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Rhian Wilkinson

Rhian Wilkinson, 37 ans, joueuse de soccer

À titre de membre de l’équipe canadienne de soccer médaillée de bronze aux Jeux de Londres en 2012
3 JO (2008, 2012, 2016)
bronze à Londres en 2012
Retraite en janvier 2017

Que représente cet honneur ?

« Cette expérience en 2012 était si spéciale. Que des gens de l’extérieur le reconnaissent est incroyable et inattendu. On ne savait pas que ça avait touché et inspiré les Canadiens à la maison. En particulier la demi-finale [contre les États-Unis] et ce match difficile contre la France [pour le bronze]. Je pense que nous sommes reconnues pour ça : le feu qu’on a allumé au pays avec cette performance. »

Quand vous pensez aux Jeux, que vous vient-il à l’esprit ?

« À Pékin, c’était nos premiers Jeux olympiques. On était tellement fières de devenir des olympiennes. On s’est presque laissées emporter par cette occasion. On voulait voir toutes les autres épreuves. On est allées à Londres avec un véritable objectif. On s’était dit avant qu’on devait tout donner, rester concentrées et aborder ça comme n’importe quel autre tournoi. C’était l’une des raisons de nos succès, à quel point cette équipe était soudée. On a tout donné, on n’avait pas d’excuses, et chaque personne a fait cet engagement envers elle-même. Je n’oublierai jamais cette équipe. »

Quel conseil donneriez-vous à une jeune Rhian à la veille de disputer ses premiers Jeux ?

« Plusieurs choses se passent aux Jeux olympiques. C’est fantastique, mais ça peut te distraire. Tu veux en profiter, mais tu dois te dire que c’est comme n’importe quel autre tournoi. Le même format, les mêmes adversaires. Il s’agit de gérer l’équilibre entre en profiter, mais ne pas en faire un plat pour être en mesure de performer. Sois dans le moment présent. »

Où conservez-vous votre médaille ?

« Dans une paire de bas de laine dans mon placard. »

Aujourd’hui : Entraîneuse-chef des équipes canadiennes U17 et U20 et assistante pour l’équipe senior.

Quatre autres élus au Temple de la renommée olympique du Canada : le triathlonien Simon Whitfield (or à Sydney en 2000, argent à Pékin en 2008), l’entraîneur de judo Hiroshi Nakamura (il a mené Nicolas Gill à deux médailles olympiques), le journaliste Randy Starkman (bâtisseur, à titre posthume) et le dirigeant de la Société de candidature Vancouver 2010 Jack Pool (bâtisseur, à titre posthume).