Mickaël Ringeval a porté des montres connectées Fitbit et Garmin pour se préparer à faire le demi-marathon de Montréal, en 2019. « J’ai vu les bénéfices de leur utilisation, dit l’étudiant au doctorat à l’ESG-UQAM. Après, une question s’est posée : est-ce efficace pour les autres personnes ? »

Publié le 9 févr. 2021
Marie Allard
Marie Allard La Presse

Alors que les gyms sont fermés pour contrer le coronavirus, il est intéressant de savoir si l’achat — et, surtout, l’utilisation ! — d’un de ces bracelets avec accéléromètre et altimètre fait bouger davantage. La réponse est oui, selon l’étude publiée par Mickaël Ringeval dans le Journal of Medical Internet Research.

Avec des coauteurs, Mickaël Ringeval a mené une méta-analyse de 37 essais cliniques réalisés avec des bracelets Fitbit, auxquels ont participé 3800 personnes, dont la plupart avaient des maladies chroniques ou étaient à risque de développer des maladies cardiovasculaires. Pourquoi choisir les Fitbit ? En raison de leur popularité : plus de 63 millions de ces montres connectées ont été vendues depuis 10 ans. « C’est la marque la plus utilisée dans les essais cliniques, et de loin », précise le chercheur.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

« Les montres connectées, en particulier les appareils Fitbit, peuvent fournir une alternative peu coûteuse qui peut efficacement aider un grand nombre de personnes à devenir plus en forme physiquement et ainsi à maintenir un bon état de santé », lit-on dans le Journal of Medical Internet Research.

Se fixer des objectifs

Les résultats sont clairs : en moyenne, les porteurs de Fitbit ont haussé leur nombre de pas quotidiens de 950, ce qui est significatif. « Ça correspond à une augmentation de 10 % par rapport à l’objectif de 10 000 pas par jour », observe Mickaël Ringeval.

Ils ont fait près de sept minutes supplémentaires par jour d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse, ce qui est aussi statistiquement significatif.

« En général, on conseille d’en faire une vingtaine de minutes par jour », précise le chercheur. Conséquence possible, les participants ont perdu en moyenne 1,48 kg.

Porter une montre connectée n’est pas toujours suffisant pour être motivé à bouger. Selon la méta-analyse, la formule la plus efficace consiste à utiliser un bracelet de type Fitbit tout en se fixant des objectifs clairs, dans le cadre d’une intervention basée sur la théorie — du moins, pour les personnes ayant une maladie chronique. Envoyer des textos de rappel ou d’information ne semble pas avoir de bénéfices. « Il y a potentiellement un effet de surinformation », avance Mickaël Ringeval, dont le doctorat porte sur l’utilisation des technologies dans le domaine de la santé.

Effet sur la santé mentale ?

« Un point que je trouve un peu dommage, c’est que dans la recherche — et je m’inclus là-dedans —, on met trop l’accent sur les comportements tangibles, indique Mickaël Ringeval. La question qui se pose dans le climat actuel de la COVID-19, c’est : est-ce que les montres connectées ont un impact sur la santé mentale ? »

Aux adeptes de répondre…

> Consultez l’étude (en anglais)

Les avis d’experts

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Marie-Ève Mathieu, professeure agrégée à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal

Cette méta-analyse a été faite de façon rigoureuse, selon Marie-Ève Mathieu, professeure agrégée à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal. Mais attention : elle mesure l’utilisation de la Fitbit dans le cadre d’études cliniques. « C’est un raccourci de penser que c’est l’effet de la Fitbit seule, observe Marie-Ève Mathieu. C’est accompagné d’une multitude d’interventions par des professionnels, comme des sessions de coaching. »

Les montres connectées sont des outils attrayants, attractifs et simples, convient Marie-Ève Mathieu. Pour se motiver à les utiliser régulièrement, on peut les combiner à d’autres trucs gagnants : aller marcher avec un ami (c’est permis !), en profiter pour aller observer les oiseaux au parc si ça nous plaît, etc.

Données récoltées

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-PIERRE DESPRÉS

Jean-Pierre Després, directeur scientifique de VITAM – Centre de recherche en santé durable du CIUSSS de la Capitale-Nationale et professeur au département de kinésiologie de l’Université Laval

« Ces outils ont un potentiel spectaculaire, confirme Jean-Pierre Després, directeur scientifique de VITAM – Centre de recherche en santé durable du CIUSSS de la Capitale-Nationale et professeur au département de kinésiologie de l’Université Laval. On peut enfin mesurer de façon précise des comportements. Mais c’est complètement déconnecté de l’offre de services qu’on a en ce moment. »

Prévu pour gérer la maladie, souvent avec des médicaments, le système de santé du Québec ne s’intéresse pas assez à la santé globale pour bien utiliser les montres connectées, regrette Jean-Pierre Després. Autre hic : l’avalanche de données récoltées par ces dispositifs « devrait appartenir à la société québécoise, souligne-t-il, pas à Google et Apple ».