(Montréal) Le sommeil des bébés varie d’un enfant à l’autre et même d’une nuit à l’autre, ont constaté des chercheurs de l’Université McGill.

Jean-Benoit Legault
La Presse Canadienne

Il n’y a donc rien d’anormal à ce que votre poupon de six mois se réveille encore après quelques heures alors que celui de votre cousine dort comme une bûche, ou encore que ses pleurs retentissent dans la maison à 2 h alors qu’il avait « fait sa nuit » la veille, assure la psychologue Marie-Hélène Pennestri.

« Il ne faut pas s’inquiéter, il faut se faire confiance, il ne faut pas trop comparer les bébés entre eux et il faut prendre ça comme ça vient, a dit Mme Pennestri, qui est professeure adjointe au département de psychopédagogie et de psychologie du counseling à McGill. Il ne faut pas avoir des attentes trop élevées. Il faut se faire confiance en tant que parents et il faut aussi faire confiance au bébé. »

Les chercheurs ont demandé aux mamans de 44 bébés âgés de six mois de tenir pendant deux semaines un journal de bord concernant le sommeil de leur enfant la nuit précédente. Il s’agissait aussi bien de premiers-nés que d’un deuxième ou d’un troisième bébé.

Une constatation s’impose rapidement : les bébés qui dorment toute la nuit sont bien davantage l’exception que la règle.

« Pendant ces deux semaines-là, si on considère que faire ses nuits c’est dormir six heures de suite, il y a seulement 7 % des enfants qui ont fait leur nuit tous les jours, a dit Mme Pennestri. Il y en a 20 % qui n’ont jamais fait leur nuit pendant ces deux semaines-là et la plus grande partie des bébés, à peu près les trois quarts, avaient des patrons de sommeil vraiment très variables d’une nuit à l’autre. Des fois ils faisaient leur nuit, mais d’autres fois ils ne la faisaient pas.

« Ça nous dit qu’il y a non seulement des différences entre les bébés, mais aussi des grandes différences chez un même bébé d’une nuit à l’autre. »

Les parents entendent tellement parler du sommeil de leur bébé, ils sont tellement bombardés de trucs et de conseils, qu’ils finissent par croire que tout ira bien « si on fait tout bien ce qui nous est recommandé », a-t-elle ajouté.

On pourra donc très rapidement en conclure, erronément, qu’un bébé qui ne dort pas est malade ou anormal, ou encore que je suis vraiment un très mauvais parent.

Il n’y a pourtant rien d’anormal à ce qu’un bébé fasse une belle nuit et que le lendemain il se réveille trois fois, a prévenu Mme Pennestri.

« Je vois souvent des parents qui sont déçus, voire inquiets, voire fâchés, de voir que leur bébé ne dort pas. Il y a un gros travail à faire, a-t-elle dit. Les attentes des parents sont très élevées et très variables. Il faut travailler à rassurer les parents pour leur dire, écoutez, ça va être différent d’une nuit à l’autre, ça va être différent d’un bébé à l’autre, et ce n’est pas nécessairement anormal, il ne faut pas nécessairement s’en inquiéter. »

D’autant plus que six mois est la période où la relation entre le bébé et ses parents est en train de se créer. Il s’agit d’une période très sensible pour le développement, a indiqué la chercheuse.

« C’est une belle période, mais c’est aussi stressant, a conclu Mme Pennestri. Donc mon message est qu’on n’a pas besoin de se rajouter ce stress-là par-dessus, ce n’est pas utile. »

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Sleep Medicine.