(Croton-on-Hudson) Croton-on-Hudson, bourgade tranquille à 60 kilomètres de New York, attire généralement plus de 100 000 touristes pour ses célébrations de l’Halloween. Mais cette année, la grande fête américaine des citrouilles et de l’épouvante se déroulera sous haute surveillance, avec des frissons inhabituels pour cause de pandémie et d’élection.

Laura BONILLA
Agence France-Presse

La « nuit des sorcières » est une véritable industrie dans cette région de la vallée de la rivière Hudson : les touristes débarquent à Croton et dans la ville voisine de Sleepy Hollow, attirés par La légende de Sleepy Hollow — l’histoire d’un instituteur persécuté par une cavalière sans tête, conçue par Washington Irving en 1820.

Cette année, la pandémie, qui a fait plus de 227 000 morts aux États-Unis et continue à se propager rapidement, a provoqué l’annulation d’activités emblématiques de l’Halloween — comme les maisons hantées pleines de clowns maniaques et de monstres à l’affût.

Croton a cependant maintenu son principal évènement : « le grand feu des Jack O’Lantern », spectacle son et lumière fait de plus de 7000 citrouilles sculptées et illuminées, devant la demeure historique de Van Cortlandt Manor.

« Je suis si heureuse qu’ils l’aient maintenu cette année. Il y a tant de choses que les enfants ne peuvent pas faire, c’est bien d’avoir une tradition d’Halloween à laquelle ils puissent participer », dit à l’AFP Sarah Nocerino, 36 ans, mère de deux filles, qui chaque année vient voir ce spectacle.

« Ici l’Halloween, c’est Noël »

PHOTO TIMOTHY A. CLARY, AGENCE FRANCE-PRESSE

La Statue de la Liberté

La capacité d’accueil a été limitée à 33 %, les ventes de nourriture et boissons annulées. Mais les visiteurs, souvent déguisés, restent émerveillés devant les sculptures tout en citrouilles de la Statue de la Liberté, d’un manège de squelettes à cheval, ou encore d’un mini-musée reproduisant Le Cri, de Munch, la Joconde, voire un Banksy.

« C’est une activité qu’on peut faire en toute sécurité, en famille, nous avons pris toutes les précautions, et c’est très bon pour le moral », dit Rob Schweitzer, un des responsables.

Les visiteurs sont presque tous des locaux : les touristes ont disparu, l’État de New York exigeant de ses visiteurs de se mettre en quarantaine en arrivant.

Mêmes efforts à Sleepy Hollow, pour maintenir un esprit festif malgré des célébrations réduites : le sacristain de l’église Old Dutch Church, cité dans le récit d’Irving, prépare une excursion au flambeau du cimetière pour un groupe d’adolescents.

« Ici, l’Halloween, c’est Noël, probablement la plus grande fête publique », explique John Paine, 54 ans, sur la tombe d’Irving, bordée de chênes et de cyprès : sa pierre tombale a dû être remplacée plusieurs fois, abimée par des « fans » qui en arrachent des morceaux à coups de marteau.

Après la fermeture d’une usine de General Motors qui employait plus de 4000 personnes, les habitants de North Tarrytown ont rebaptisé en 1996 leur ville Sleepy Hollow, la transformant en attraction touristique : la figure de la cavalière sans tête est visible partout, jusque sur les ambulances, et les véhicules de pompiers sont aux couleurs de l’Halloween, orange et noire.

Les bonbons dehors

PHOTO TIMOTHY A. CLARY, AGENCE FRANCE-PRESSE

À Croton-on-Hudson, les visiteurs sont presque tous des locaux : les touristes ont disparu, l’État de New York exigeant de ses visiteurs de se mettre en quarantaine en arrivant.

Partout aux États-Unis, l’Halloween s’annonce très surveillée cette année, l’approche d’une présidentielle particulièrement tendue s’ajoutant à la pandémie.

« Savez-vous ce qui est plus inquiétant que l’Halloween ? Que les gens n’aillent pas voter », tweetait récemment la procureure générale du Michigan, la démocrate Dana Nessel, déguisée en sorcière pour l’occasion.

Certains déguisements reflètent l’actualité, avec des tenues en forme de bulletin de vote, ou une perruque du vice-président Mike Pence ornée d’une fausse mouche, souvenir de son débat contre sa rivale démocrate Kamala Harris.

Même la ville de Salem, dans le Massachusetts — devenue une sorte de capitale des sorcières grâce à ses célèbres procès en sorcellerie des années 1690 — les autorités ont demandé aux visiteurs d’éviter de venir, par crainte des contaminations.

Du Massachusetts à la Californie, de nombreux États ont déconseillé aux enfants d’aller cette année frapper aux portes en quête de sucreries, comme le veut la tradition, sans pour autant vouloir l’interdire.

Les Centres de prévention des maladies (CDC) demandent d’éviter ce rituel, tout comme les fêtes costumées. Ils recommandent que bonbons et autres douceurs soient laissés dehors, dans des sachets individuels, à distance de l’entrée des maisons ou des appartements.

À New York même, le défilé très festif, qui rassemble chaque année quelque 60 000 personnes, a été remplacé par un spectacle virtuel.

Croton-on-Hudson aura malgré tout, samedi, son concours de l’épouvantail le plus effrayant, et son défilé de lutins pour enfants, avec toutes les précautions nécessaires, explique Brian Pugh, maire de cette ville de 8000 habitants.

« Après sept mois de pandémie, l’impact psychologique de la distanciation pèse sur le moral de beaucoup de gens », dit-il, bien décidé à profiter d’un « Halloween effrayant, en toute sécurité. »