Quelles sont les options pour faire garder ses enfants cet été ? Qu’est-ce qui est permis ? Qu’est-ce qui est sécuritaire, surtout ? Et les grands-parents, eux ? Alors que la saison chaude est à nos portes, les parents se posent bien des questions. Voici quelques pistes pour y voir un peu plus clair.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Les grands-parents

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on maintient la même ligne de conduite par rapport aux grands-parents : on fait appel à eux en dernier recours. « Des grands-parents de moins de 70 ans pourront garder leurs petits-enfants si ces derniers n’ont pas accès à un milieu de garde » et si « les parents sont des travailleurs essentiels », nous écrit l’équipe des relations avec les médias du MSSS. Bref, si le parent a la possibilité d’envoyer ses enfants dans un camp de jour ou de les garder avec lui à la maison, il devrait privilégier cette avenue.

Selon l’épidémiologiste Nimâ Machouf, c’est avant tout une question d’évaluation du degré de risque. « C’est vraiment du cas par cas, dit-elle. Je pense que c’est pour ça que le gouvernement ne peut dire : OK, les grands-parents, go. Non, pas du tout dans toutes les circonstances. » Selon elle, ce qu’il faut éviter, c’est de mettre les grands-parents en contact avec des enfants qui sont à risque de contracter le virus — et donc de le leur transmettre.

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L’épidémiologiste Nimâ Machouf

Comment savoir si l’on n’est pas à risque de contracter le virus ? « Si les parents ne travaillent pas dans un secteur à risque [leur lieu de travail est aéré, ils ne sont pas collés aux collègues, etc.], s’ils ne se mettent pas à risque pour aller travailler [ils portent le masque dans l’autobus et la majorité des usagers le font aussi], à ce moment-là, logiquement, il n’y a pas de danger si les grands-parents gardent les enfants », même s’ils ont plus de 70 ans, estime Nimâ Machouf. Les parents devraient aussi porter un masque quand ils vont faire l’épicerie pour ne pas se mettre à risque.

Si les enfants jouent à l’extérieur avec deux, trois amis, est-ce que ça les rend à risque ? Encore là, ça dépend si les amis sont eux-mêmes à risque d’être porteurs du virus. « Si on repère une ou deux familles, qu’on sait qu’eux non plus ne sont pas très à risque, que les parents font du télétravail, par exemple, il n’y a pas de risque », estime Nimâ Machouf.

Par ailleurs, un enfant qui fréquente l’école ou un camp de jour ne devrait pas se faire garder par ses grands-parents, à moins d’attendre deux semaines après la fin des activités pour les voir.

Un gardien à domicile

Cet été, Catherine Desforges n’enverra pas ses enfants au camp de jour — de toute façon, celui qu’elle avait réservé a annulé ses activités. Elle a engagé comme gardienne une adolescente de 16 ans qui habite le même quartier, à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud.

Selon le MSSS, l’option de faire garder ses enfants par un adolescent devrait être privilégiée à celle des grands-parents, « qui font partie des groupes plus à risque de complications que les adolescents ».

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Cet été, Pénélope Paré et Mathilde St-Pierre garderont les enfants de Catherine Desforges ainsi que ceux d’un couple d’amis, afin que les enfants puissent socialiser.

Pour que ses enfants de 3, 5 et 7 ans socialisent, la famille de Catherine Desforges s’est jumelée à un couple d’amis (en télétravail aussi) qui ont des enfants du même âge. Cette famille a aussi embauché une gardienne… qui est amie avec l’autre gardienne. « Ça rend ça plaisant pour tout le monde, résume Catherine Desforges. Les cinq enfants vont pouvoir jouer ensemble au parc et quelquefois passer leurs journées ensemble », résume-t-elle.

On peut s’attendre à voir apparaître plusieurs « mini-camps de jour autogérés » cet été, selon Nimâ Machouf, qui voit là une « très bonne idée ». Encore là, indique l’épidémiologiste, la règle de l’évaluation des risques s’applique : il faut s’assurer que la famille avec qui on se jumelle et les gardiennes ne sont pas à risque d’attraper le virus et de le transmettre. Catherine Desforges et l’autre famille ne prennent aucun risque. « On ne voit pas d’autres enfants ou familles, dit-elle. On est super consciencieux. »

L’adolescent engagé peut-il entrer dans la maison avec les enfants ? Oui, indique l’équipe des relations médias du MSSS, qui rappelle les consignes de base, dont de fréquents lavages des mains. Et la distanciation de deux mètres, doit-on l’imposer ? Tant avec une gardienne qu’avec les grands-parents qu’avec d’autres enfants, cette consigne s’applique, répond l’équipe du MSSS, néanmoins consciente que « ce n’est pas chose facile » avec des enfants. « Comme il peut s’avérer difficile de le faire en tout temps, augmenter la fréquence du lavage des mains et porter un couvre-visage permettront de diminuer les risques de transmission », nous écrit-on.

Une rotation entre familles

Comme plusieurs parents, Jennifer a trouvé difficile, ce printemps, de travailler de la maison tout en s’occupant de sa fille de 5 ans, dont elle a la garde complète. Elle s’est donc alliée avec une maman du même immeuble, dans le quartier Villeray, à Montréal. Pendant que l’une travaillait, cuisinait ou faisait des courses, l’autre s’occupait des enfants à l’extérieur.

« Puis, nous avons appris que certains de nos voisins menaçaient de nous dénoncer à la police, raconte Jennifer, qui préfère taire son nom de famille. Nous avons fini par franchir la porte de nos logements pour nous cacher des autres. »

Cet été, Jennifer songe à aller rejoindre une amie — elle aussi maman seule — en campagne. Pour souffler un peu et réussir à travailler, chacune leur tour.

Cet été, pourra-t-on faire une telle rotation à deux, voire trois familles ? « C’est une option possible », répond l’équipe médias du Ministère, mais à « certaines conditions » : tout le monde doit être en santé, personne ne doit avoir de symptômes ou avoir reçu une consigne d’isolement et personne ne doit être à risque de complications (70 ans et plus ou maladie chronique).

Les enfants des autres pourront rentrer à l’intérieur de la maison, mais il est conseillé de s’en tenir à une seule maison, dit l’équipe du MSSS, qui invite les enfants à se laver les mains dès qu’ils reviennent chez eux. « Dans la mesure du possible, restons à l’extérieur, encourage l’épidémiologiste Nimâ Machouf. Le virus, il est sournois ; il y a plein de choses qu’on ne sait pas encore. »

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Josée Filion, coach familiale membre du réseau Nanny Secours

Josée Filion, coach familiale membre du réseau Nanny Secours, souligne l’importance de s’entraider entre voisins en ce moment « Si un parent n’aime pas animer, il peut par exemple aller faire un tour de vélo avec les enfants, suggère-t-elle. Si ça peut permettre à un autre parent d’assister à une réunion importante ou de se concentrer sur son travail pendant deux heures, pourquoi pas ? »

Camps de jour

Les parents peuvent aussi opter pour les camps de jour, qui ont reçu l’aval pour ouvrir dès le 22 juin partout au Québec. Il reste à savoir si chaque famille qui en fait la demande aura droit à une place.

La semaine dernière, la Direction générale de santé publique (DGSP) a revu à la hausse les ratios moniteur-enfants qu’elle avait imposés à la mi-mai aux camps de jour. Les moniteurs pourront donc s’occuper de plus d’enfants. « Ça va avoir un effet assez positif sur la capacité d’accueillir des camps », estime Miguel Ouimet, PDG de L’air en fête, une entreprise qui exploite six camps certifiés et qui gère aussi les camps de 22 municipalités dans le Grand Montréal. Certains camps qui avaient décidé de fermer envisagent de rouvrir, dit-il.

N’empêche, des camps de jour resteront fermés, souvent parce qu’ils n’ont pas les infrastructures nécessaires pour se conformer aux exigences de la DGSP. Cette dernière demande que les camps disposent d’un local par groupe et d’un local d’isolement, entre autres. « Dans certaines petites municipalités, c’était un défi auquel on ne pouvait pas répondre », constate Miguel Ouimet.

À la maison, avec certaines libertés

Nombre de parents continueront à faire ce qu’ils font depuis le début de la pandémie : ils garderont les enfants eux-mêmes, à la maison. « Il y a plusieurs options à regarder en fonction, bien sûr, de ce qui est possible : travailler sur des horaires fractionnés, faire des rotations avec l’autre parent, diminuer ses heures », énumère la coach familiale Josée Filion. « Des parents m’ont dit qu’ils prendraient leurs vacances en alternance pour rester avec les enfants », dit-elle.

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La coach familiale Josée Filion restera à la maison cet été avec ses enfants Juliette, 10 ans, Matteo, 9 ans, et Eva, 6 ans.

Josée Filion restera elle-même à la maison avec ses enfants de 6, 9 et 10 ans. C’est une belle occasion, dit-elle, de travailler l’apprentissage de l’autonomie avec eux. Ses enfants vont parfois se balader ensemble dans un quadrilatère préétabli, tout en contactant régulièrement leur mère, qui travaille de la maison.

Les enfants peuvent-ils jouer librement dehors avec leurs copains du quartier ? « Ça dépend du jeu », répond Nimâ Machouf, qui souligne qu’une partie de soccer, par exemple, n’est pas la meilleure des idées. « Il faut juste dire aux enfants : évitez de trop vous rapprocher », résume l’épidémiologiste.

Du répit dans les organismes communautaires

Besoin de quelques heures de répit ? Des organismes communautaires Famille partout au Québec offrent différents services de répit. Avec le « répit-nature », par exemple, des éducatrices amènent les enfants pendant deux heures et demie à l’extérieur. Plusieurs organismes offrent aussi des camps de jour. Informez-vous sur ce qui est offert dans votre coin.

Consultez le site de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille