Si le premier ministre attrape la COVID-19, qu’est-ce que vous allez faire ? Si ma maman ou mon papa est à l’hôpital à cause du virus, est-ce que je pourrai aller les voir ? Est-ce que mon chien peut attraper le coronavirus ? Ces questions, tout aussi pertinentes que touchantes, ont été posées par des enfants de 3 à 12 ans au ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, lors du « point de presse… interdit aux adultes », diffusé vendredi sur le Canal SQUAT de Télé-Québec.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

La genèse

Une initiative norvégienne a inspiré à Télé-Québec l’idée d’organiser cette conférence réservée aux enfants. « Les jeunes ont des questions comme tous les autres citoyens », rappelle Nicole Tardif, directrice des communications et image de marque à Télé-Québec. « Beaucoup de choses les préoccupent. Ils ont les mêmes questions que tout le monde, et d’autres très liées à leur situation à eux. »

Le retour à l’école, le contact avec les amis, le possible manque de nourriture, l’inquiétude pour les parents et les grands-parents : les enfants sont anxieux et ils veulent comprendre la situation, rapporte Mme Tardif.

L’appel aux questions a été lancé mardi et, en 24 heures, plus de 1200 messages ont été envoyés à Squat, la plateforme pour les jeunes de Télé-Québec, qui s’apparente à un réseau social. Quatorze questions ont été posées au ministre Lacombe, lui-même père de deux enfants en bas âge. Il a su employer les bons mots et le ton juste pour rassurer les jeunes. 

La famille

Plusieurs questions des enfants concernent les membres de leur famille. « Quand pourrai-je voir le reste de ma famille qui habite dans une autre communauté ? », a demandé Zachary, 12 ans, de Manawan, dans une vidéo.

Le ministre Lacombe, en s’adressant toujours directement aux enfants, a souvent répété en répondant aux questions qu’il comprenait que la situation était difficile. 

Tu pourrais utiliser la technologie pour être près des gens que tu aimes. Les appeler sur FaceTime, par exemple. Tu pourrais même souper avec tes grands-parents avec FaceTime.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

La réponse a été sensiblement similaire lorsque la rédactrice en chef du Soleil, Valérie Gaudreau, « porte-parole des enfants », a posé la question d’Ilyan, 8 ans : « Si ma maman ou mon papa est à l’hôpital à cause du virus, est-ce que je pourrai aller les voir ? »

« C’est une question difficile, a reconnu le ministre. Si tes parents sont à l’hôpital, tu devras passer quelques jours ou quelques semaines sans les voir. Mais la bonne nouvelle, c’est […] que tu pourras les appeler et les voir par Skype. »

Mamadou, lui, s’inquiète pour son chien. « Est-ce qu’il peut attraper le coronavirus ? Est-ce qu’il peut me le donner ? », se demande le garçon de 10 ans, de Sherbrooke. « On n’a pas de preuve [que les animaux] peuvent l’attraper, a répondu le ministre de la Famille. Mais leur pelage peut le transporter. » Il faut donc éviter de laisser des inconnus flatter son animal et s’assurer de lui faire prendre des bains, conseille-t-il. 

Le virus et la maladie

Télé-Québec et la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), coauteure de l’initiative, espèrent que les réponses du ministre pourront à la fois rassurer les enfants et outiller les parents. Le ministre a aussi pu souvent rappeler aux jeunes l’importance du lavage de mains et du confinement.

Les enfants s’inquiètent des risques de contamination. « Si nous avons une urgence médicale, devons-nous aller à l’hôpital sans avoir la crainte d’être contaminés ? », a demandé Anaïs, 11 ans. « Ta santé est la priorité, donc oui, tu dois consulter un médecin, a répondu le ministre. Mais tu pourrais demander à tes parents d’appeler à Info-santé. Une infirmière te donnera la meilleure stratégie. Je te rassure, si tu devais aller à l’hôpital, tu serais en sécurité, car les médecins et les infirmières sont habitués à travailler avec un virus. »

Alors qu’on entend parler chaque jour du nombre grandissant de victimes de la COVID-19, Noémie, 8 ans, se demande si « le virus fait plus de morts ou de vivants ». « Ça va te rassurer : il y a beaucoup plus de vivants que de morts, lui a expliqué le ministre. Parce que les gens écoutent les consignes et font leur part. Toi aussi, tu dois faire ta part, en lavant tes jouets et tes mains. Ça va nous aider. »

Les amis et les sorties

Il est évident que les interactions sociales manquent beaucoup aux enfants depuis la fermeture des écoles. Simone, 12 ans, dont l’anniversaire arrive à grands pas, se demande si elle a le droit d’inviter des amis chez elle. Encore une fois, le ministre propose FaceTime ou Skype comme solution de rechange dans l’immédiat.

Toutefois, il est important de rappeler aux enfants que cette crise va se terminer. « Quand tout sera fini, tu pourras te reprendre », a expliqué Mathieu Lacombe à la jeune fille.

« Est-ce que je peux aller jouer dans le parc ? », se demande Clémence, 3 ans, de Trois-Rivières. 

On t’encourage à jouer dehors avec tes frères et sœurs ou tes parents. Mais on ne t’encourage pas à aller au parc, pour ne pas toucher aux installations qui pourraient être contaminées. Mais tu pourrais te promener dans les rues de ton quartier et partir à la chasse aux arcs-en-ciel !

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

L’incertitude

« Si le premier ministre attrape la COVID-19, qu’est-ce que vous allez faire ? », s’inquiète Malak, 10 ans, de Montréal. « Il suit vraiment bien ses propres consignes, affirme le ministre. Il prend toutes les précautions pour ne pas tomber malade. […] Si ça arrive, il va recevoir des soins et s’isoler pendant 14 jours. La vice-première ministre Geneviève Guilbault va prendre la relève et on aura un bon capitaine pour nous mener à bon port. »

Les enfants, comme les adultes, sont habités par un sentiment d’insécurité face à une situation inédite aux conséquences difficiles à estimer. En fin de conférence, le ministre de la Famille se fait rassurant : « On fait une bonne équipe. J’ai vu tous les arcs-en-ciel pour dire que ça va bien aller et je suis d’accord. Si on travaille ensemble, on va y arriver. »

La conférence… interdit aux adultes se trouve sur la page Facebook de Télé-Québec et sur le site de SQUAT.