Au Québec, même si la situation s'améliore, le taux de décrochage demeure inquiétant. La pièce L'éducation de Rita parle de la quête de savoir d'une jeune femme et peut servir de base à une réflexion sur notre rapport à l'éducation, voire ramener des décrocheurs sur les bancs d'école.

CHRISTIAN GEISER LA PRESSE

Il faut parler du décrochage, affirme sans hésitation Marie-Thérèse Fortin. Celle qui a mis en scène la pièce L'éducation de Rita, présentée au Théâtre du Rideau Vert, espère que cette oeuvre, qui traite de la soif d'éducation d'une jeune femme, favorisera la réflexion sur l'importance accordée à l'éducation dans notre société.

Évidemment, la connaissance n'est pas la panacée à tous les maux. « Ça ne vient pas tout régler, mais ça donne la possibilité de faire des choix et c'est un pas vers la liberté », croit Marie-Thérèse Fortin.

Les personnes qui n'auront pas eu accès à l'éducation ou qui auront abandonné en cours de route risquent aussi d'être déclassées. «L'économie fait peu de cas de ces gens-là», remarque Marie-Thérèse Fortin, qui déplore par ailleurs que le gouvernement ne semble pas s'alarmer de cette situation. «Ce sont des problématiques sur lesquelles on devrait se pencher de façon beaucoup plus sérieuse», croit-elle.

«Pourtant, dans les dernières années, on n'a pas hésité à installer des élèves dans des conditions de salubrité douteuses. Quel message on envoie à cette génération-là comme société?», s'inquiète-t-elle.

Raccrocher par le théâtre?

On pourrait croire que le théâtre, en raison de l'aspect plus intellectuel qu'on lui donne, à tort ou à raison, n'est pas le meilleur média pour interpeller des décrocheurs.

Or, il peut être l'étincelle qui poussera à persévérer, croit Milva Ménard, médiatrice culturelle pour le Rideau Vert. C'est le théâtre qui lui a permis de continuer, après un parcours chaotique depuis la maternelle. «J'ai découvert l'art dramatique en secondaire 4 et j'ai continué en secondaire 5. J'ai eu un professeur magnifique, qui m'a dit que ça pouvait être un métier. Ça a tout changé.»

«Le Théâtre du Rideau Vert a un public à part. C'est un théâtre plus populaire. S'il y a un relais qui peut se faire avec ces jeunes, c'est à travers ce théâtre. Il y a une tradition d'offrir des oeuvres qui parlent au monde d'aujourd'hui», explique Marie-Thérèse Fortin, metteure en scène.

Les élèves qui verront la pièce seront en outre outillés pour réfléchir aux questions qu'elle aborde. «C'est ça qui est intéressant avec la médiation culturelle, poursuit Milva Ménard. On veut s'assurer que les jeunes soient préparés à assister à la pièce. Et, qu'ils l'aiment ou pas, qu'ils ont les outils pour en parler et qu'ils se sentent impliqués.»

La comédienne croit d'ailleurs que c'est une clé importante dans la lutte contre le décrochage. «Un élève qui se sent impliqué, qui sent qu'il prend part à son parcours, ne décrochera pas. » Ainsi, tous les axes connexes à l'éducation sont importants, selon elle. «Le sport, le théâtre, la musique: c'est ça qui va les aider à ne pas décrocher», ajoute Milva Ménard.

Elle rencontre ainsi les groupes, qui profitent de billets offerts par le cercle des philanthropes, avant qu'ils aillent au Théâtre du Rideau Vert et après qu'ils y sont allés. «Ils arrivent préparés puisqu'on a des discussions philosophiques sur les sujets abordés dans la pièce. Ils sont en mesure de faire des liens.»

Marie-Thérèse Fortin espère, en somme, que la pièce inspirera des «petites Rita à continuer à apprendre».

L'éducation de Rita. De Willy Russell. Avec Émilie Bibeau et Benoît Gouin. Mise en scène de Marie-Thérèse Fortin. Au Théâtre du Rideau Vert jusqu'au 20 avril.