Qu'est-ce que la parentalité positive? Comment aider nos enfants à s'épanouir? Le livre Découvrir la parentalité positive nous fait comprendre cette approche qui prône un équilibre entre autorité et permissivité. Entrevue avec l'auteure Mitsiko Miller.

Publié le 4 avr. 2019
OLIVIA LÉVY LA PRESSE

Qu'est-ce que la parentalité positive pour vous?

Pour moi, la parentalité positive, c'est de donner la possibilité à nos enfants d'être maîtres à bord face à tous les défis. C'est d'être capable de leur donner des outils pour qu'ils soient débrouillards, responsables et empathiques. C'est une approche qui permet à l'enfant de se réaliser, coeur, corps et âme, et qui s'inscrit dans une philosophie de non-violence. C'est aussi le fait de créer une relation de confiance avec ses enfants, une relation où on parle, on échange, où le conflit existe et permet d'évoluer. Il est également important de pratiquer l'empathie avec soi, d'avoir un regard de compassion envers soi-même quand on fait des erreurs; c'est le plus beau modèle qu'on peut offrir à nos enfants.

Valorise-t-on suffisamment la bienveillance dans l'éducation des enfants?

C'est vraiment un souhait général d'être dans la bienveillance, mais il y a aussi une incompréhension de ce que ça veut dire. On souhaite donner de la liberté aux enfants, mais on ne sait pas comment le faire dans le respect de soi et celui de l'enfant. Avec toute la vague de bien-être qu'on vit, on décloisonne la société et on réalise qu'on ne veut plus vivre dans une société hiérarchisée. Il y a cet élan d'être davantage à l'écoute des enfants, mais on n'a pas beaucoup de modèles. On ne sait pas ce que ça signifie, car je vois encore beaucoup l'approche autocratique: «C'est moi l'adulte et toi l'enfant. Tu m'écoutes.» Si on veut évoluer, il faut démocratiser les relations, notre approche face à la vie et changer notre manière de percevoir les choses.

Est-on encore beaucoup dans cette relation hiérarchique ou alors dans le laxisme?

Je vois des parents qui me disent: «Je veux créer de la place pour mon enfant sans être dans la hiérarchie, mais je ne sais pas trop comment faire.» Les gens confondent la parentalité positive avec le laxisme! Pour moi, la parentalité positive, c'est d'être à l'écoute de son enfant, de comprendre ses besoins. Comment créer un espace où mon enfant s'épanouit dans le respect de soi et celui des autres? On n'a pas vraiment d'exemples, d'où la difficulté, mais il faut arrêter de ne retenir que les mauvais comportements, mais plutôt voir les compétences que vos enfants développent.

Vous parlez des attentes irréalistes valorisées par la société: l'autonomie et le détachement précoces, la socialisation précoce. Pourquoi?

Je crois à la théorie de l'attachement qui repose sur le fait que nous sommes des mammifères. Un jeune enfant a besoin de se sentir en sécurité émotionnelle pour pouvoir évoluer. Avec cette philosophie, si on pousse un enfant à être plus autonome alors qu'il n'est pas prêt, on va créer de l'anxiété. Il y en a de plus en plus, car on les pousse trop tôt, trop jeunes, à se détacher. Les crises d'anxiété, les troubles d'apprentissage, c'est lié à la mauvaise compréhension d'un attachement sain chez l'enfant. J'en vois beaucoup dans mon cabinet, mais très souvent, dès qu'on remet l'accent sur le lien et la sécurité émotionnelle, tout cesse immédiatement.

Nos attentes sont-elles irréalistes envers nos enfants dans notre société de performance?

Le fait de toujours être dans la performance, ça nous empêche de nous arrêter et de prendre du recul, car on a besoin de prendre un temps d'introspection. C'est impressionnant de voir à quel point nous, les adultes, sommes tous trop stressés. Il y a évidemment des conséquences sur les enfants, car ils sentent bien que nous ne sommes pas tout à fait présents et, à titre de mammifères, ils ont besoin de cette connexion, et nous aussi, sauf qu'on n'en est pas toujours conscients. Les enfants sont de véritables baromètres, ils voient bien que leurs parents, même s'ils sont là, ont la tête ailleurs.

Découvrir la parentalité positive. Mitsiko Miller. Éditions Trécarré. 216 pages.

IMAGE FOURNIE PAR ÉDITIONS TRÉCARRÉ

Découvrir la parentalité positive, de Mitsiko Miller