Deux ans après son lancement en Europe, la chaîne française ES1, consacrée au sport électronique, est désormais offerte au Québec. Ses magazines spécialisés, documentaires et diffusions de tournois amèneront-ils les amateurs de jeux vidéo à s’asseoir devant le petit écran ?

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

L’environnement naturel du jeu vidéo, en 2020, c’est l’internet. Les ados et les adultes jouent en ligne, s’informent sur des sites spécialisés et regardent les autres jouer sur des plateformes accessibles en tout temps et en tous lieux comme Twitch et YouTube. Vu sous cet angle, lancer une chaîne de télé traditionnelle consacrée au sport électronique (e-sport en anglais) ne semble pas être dans l’ordre des choses…

Nicolas Gicquel, directeur des programmes d’ES1, estime au contraire que « l’environnement était favorable ». L’e-sport, il est vrai, se démocratise. Des ligues se développent. Des franchises associées à des villes aussi. Les fans se déplacent par milliers pour assister à des tournois. Et Twitch n’est pas forcément le centre de cet univers, selon lui.

« Twitch attire un certain public, assez jeune. On ne se place pas en concurrence contre Twitch. L’idée, c’est plutôt d’élargir le public de l’e-sport et on ne va pas se dire qu’on va mettre devant la télévision un public qui est sur Twitch », précise-t-il.

ES1 vise les 25 à 35 ans, qui n’ont pas forcément leurs habitudes sur les plateformes de diffusion sur l’internet.

PHOTO FOURNIE PAR ES1

Nicolas Gicquel, directeur des programmes d’ES1

Dès le moment où on entre dans la vie active, avec une famille et un travail, on ne peut plus passer 14 h devant Twitch. Et quand on arrive sur Twitch et qu’on n’est pas initié, on ne sait pas non plus quoi regarder.

Nicolas Gicquel, directeur des programmes d’ES1

La chaîne espère contribuer à l’essor du sport électronique en facilitant l’accès à des contenus de qualité, présentés dans des formats télévisuels traditionnels. La chaîne a déjà annoncé qu’elle diffuserait le prochain tournoi de Rainbow Six : Siege, qui se tient en février à la Place Bell, à Laval. Pas en direct, non, mais quelques jours après la finale, dans un format d’environ deux heures.

« On en fait un programme de télévision, explique Nicolas Gicquel. On aura nos envoyés spéciaux qui vont créer du contenu exclusif à la chaîne et des commentateurs. On essaie d’apporter de la valeur éditoriale aux compétitions pour nous différencier des flux qui sont envoyés sur [une plateforme comme] Twitch. »

L’approche plus télévisuelle pourra permettre aux amateurs de jeux vidéo de garder le fil des sujets qui les intéressent. « On a toute une série de magazines qui sont dédiés à l’actualité de divers types de jeux. Un magazine qui ne parle que de jeux de combat, par exemple. Même chose pour des jeux comme Fortnite ou League of Legends, ajoute Nicolas Gicquel. Ces magazines sont pilotés par des spécialistes de ces jeux-là. »

PHOTO FOURNIE PAR ES1

Versus s’intéresse aux jeux de combat du genre Street Fighter.

ES1 propose aussi entre autres une émission intitulée Pro Players dans laquelle un animateur rencontre un joueur professionnel qui donne des trucs et astuces pour réussir dans son jeu de prédilection. D’autres émissions empruntent aux « codes » de la télévision traditionnelle (jeu-questionnaire, documentaire, etc.), toujours dans l’idée d’initier les gens au sport électronique.

Offerte par Bell et Vidéotron au Québec, ES1 diffuse du contenu produit en France. Nicolas Gicquel n’exclut pas que des émissions ou personnalités québécoises puissent être mises à l’antenne dans le futur.

> Consultez le site d’ES1