Les habitations dans les arbres ont toujours fait rêver. On envie le village suspendu des Ewoks, ces oursons en peluche géants qui habitent une lune forestière dans Stars Wars. Et on souhaiterait bien avoir cette vue choyée, de la cime des arbres, un peu dans le secret. Mais la construction de ce type de structure loin du sol demeure un défi qu'il ne faut pas prendre de haut!

Laurie Richard (collaboration spéciale) LA PRESSE

Les habitations dans les arbres ont toujours fait rêver. On envie le village suspendu des Ewoks, ces oursons en peluche géants qui habitent une lune forestière dans Stars Wars. Et on souhaiterait bien avoir cette vue choyée, de la cime des arbres, un peu dans le secret. Mais la construction de ce type de structure loin du sol demeure un défi qu'il ne faut pas prendre de haut!

Faisant partie intégrante d'un organisme vivant, ces retraites mythiques ont une âme qui leur est propre. Elles continueront de pousser elles aussi, au rythme de leurs hôtes. C'est pourquoi leur construction doit être bien planifiée.

Ce grand érable dans votre cour semble parfait pour y nicher une cabane? Si vous avez déjà élu un emplacement pour une cabane perchée, il faut s'assurer que les arbres tiendront le coup. L'arbre mature est plus approprié à accueillir une construction puisqu'il aura tendance à grossir moins vite, indique Guillaume Beaudoin, arboriculteur chez Arboriphile.

Les bois durs, comme l'érable, le chêne, les pins blancs et rouges, les pruches, sont aussi à privilégier, indique Hugues Bibeau, de chez Ascendence technique, une entreprise spécialisée dans la construction en hauteur.

Puisque la construction d'une cabane est souvent un projet à la limite de l'artisanat et du cadre du bâtiment, il faut s'assurer d'obtenir les permis exigés par la Ville, si tel est le cas, pour ce genre de travaux, indique M. Bibeau. Certaines municipalités auront des contraintes de hauteur, par exemple.

Dans son ouvrage Un monde de cabanes, Pete Nelsons, un spécialiste de l'architecture et de cabanes dans les arbres, détaille les étapes de la construction d'une cabane. L'auteur recommande de choisir des matériaux très résistants pour la plate-forme, comme des bois durs récupérés en bon état, par exemple. Pour le reste de la structure, on peut faire preuve d'un peu plus d'imagination et utiliser d'anciens châssis de fenêtres ou de vieilles briques.

Il faut par la suite faire un plan de la future cabane. On doit bien entendu savoir à quel usage est destinée la structure : sera-t-elle une petite cachette perchée pour le petit dernier ou une chambre de retraite meublée? En déterminant la hauteur

(M. Nelsons préfère placer le plancher de trois à six mètres du sol), on note les données de l'emplacement et la distance entre les arbres. À l'échelle, sur du papier millimétré, on dessine ensuite un plan avec le système de poutres qui supportera les solives et les planches de la plate-forme, entre les troncs et les branches des arbres.

Moment de vérité : la comparaison avec le terrain. Le plan semble-t-il réaliste? N'oubliez pas non plus de prévoir l'emplacement de la porte et de l'échelle ou le palier qui permettra d'y accéder.

La plate-forme

Lorsque le temps de la construction arrive, on doit commencer par installer la quincaillerie. L'arboriculteur Guillaume Beaudoin indique qu'il faut éviter d'entourer l'arbre de cordes ou de câbles d'acier. Ces derniers viendront, après plusieurs années, à «étouffer l'arbre». D'après lui, il est préférable d'utiliser une tige filetée pour installer la plate-forme, car elle permettra d'agrandir la cabane si on le souhaite avec le temps.

L'engouement pour les cabanes aurait d'ailleurs été ravivé par l'invention de la Garnier limb, ou branche de Garnier, en 1994. Connu sous le nom de GL, ce boulon nouveau genre est vissé dans l'arbre et permet de supporter des charges beaucoup plus lourdes.

Une fois les poutres de soutien en place, on peut disposer les solives du plancher, avec un espacement de 60 cm, préférablement. Il est aussi important de s'assurer qu'une fois installée, la plate-forme laisse un jeu d'environ cinq cm à l'arbre. Ne tentez pas non plus de construire des murs trop lourds : cela compliquerait leur mise en place. Et n'oubliez pas de planifier les ouvertures!

Alors que les murs peuvent être construits au sol et hissés par la suite, il est probablement plus aisé de bâtir le toit, souvent plus lourd, sur place. Il ne reste ensuite qu'à construire son escalier ou son échelle. Vous pourrez ensuite fignoler votre cabane en y installant portes et fenêtres, si désiré. Et pourquoi pas l'électricité si le coeur vous en dit!

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La vie haut perchée, d'hier à aujourd'hui

Les maisonnettes dans les arbres ne sont pas l'apanage des enfants. Évoluant depuis des siècles, la cabane a servi tant pour embellir les jardins que comme lieu de résidence pour certains peuples.

En Occident, les premières cabanes construites par les hommes servent à les protéger des dangers naturels ou de voisins hostiles. C'est pendant la période romaine antique qu'elles se transforment en divertissement. Pendant la Renaissance, apparaissent dans les jardins des tonnelles à plusieurs niveaux qui, entourées d'arbres, sont protégées par leurs feuilles. Dans plusieurs oeuvres de l'époque, ces maisons perchées sont vues comme des lieux de débauche, où l'on fait abondamment la fête.

La plus vieille maison arboricole au monde encore debout daterait du XVIIe siècle. La maison de Pitchford Hall, érigée dans le Shropshire, comté du Royaume-Uni, devait être une parmi tant d'autres du même genre. Peinte en blanc, la maisonnette à colombage perchée dans un tilleul est accessible par un escalier de bois. La construction ayant été rénovée depuis sa construction, des renforts en acier ont également été ajoutés pour la soutenir.

Aujourd'hui, plusieurs hôtels offrent des retraites dans les arbres. Ce concept d'hébergement touristique est notamment bien développé en France. Et le côté pratique de la cabane est encore exploité : des plates-formes surélevées servent d'ailleurs aux chasseurs pour guetter leur gibier.

Mais habiter dans les arbres est également toujours un mode de vie pour certains. Les Korowai de l'Irian Jaya, en Pa­pouasie-Nouvelle-Guinée, notamment, vivent dans des cabanes perchées, pour se protéger des dangers venant du sol. Les poteaux, prélevés dans la forêt environnante, sont attachés ensemble avec des cordes de rotin. Le toit est par la suite recouvert de feuilles de palmiers. Une question de survie, et non pas pour profiter de la vue.

Hôtel-cabane design au pays d'IKEA

Une cabane dans les arbres n'a surtout pas besoin d'être rustique. La firme d'architecture suédoise Tham+Videgard Hansson a repensé l'habitation perchée du tout au tout avec son inusité hôtel design tout en géométrie. La très chic installation nordique sera construite l'an prochain à Harads, au nord de la Suède. Chaque cube-chambre, transpercé en son centre par un tronc d'arbre, sera recouvert de verre miroir qui permettra d'apprécier les paysages sylvestres sur 360 degrés. Les «boîtes» refléteront les alentours, reproduisant ainsi les arbres et le ciel, version camouflage. Les unités, qui pourront accueillir deux personnes chacune, seront accessibles par une échelle ou un pont de corde. Chaque maisonnette disposera bien entendu le nécessaire à toute chambre d'hôtel luxueuse : un grand lit, une cuisinette, un petit salon et une terrasse... sur le toit. Une version de la cabane perchée sur mesure pour le pays d'IKEA!

Sources :

- PAULA ANDERSON et ADAM MORNEMENT. Habiter dans les arbres. Hier aujourd'hui et demain, Les Éditions Eugen Ulmer.

- PETE NELSON. Un monde de cabanes, Éditions Aubanel.

 

Photo tirée du livre Un monde de cabanes

Cette cabane construite à Seattle, aux États-Unis, est perchée dans un cèdre rouge.