Les ventes-débarras, un sujet frivole? Détrompez-vous! Une Québécoise y a même déjà consacré son mémoire de maîtrise. Et de mai 2006 à mars 2007, le Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières en a fait le thème d'une exposition. Alors, pas question de prendre cette activité à la légère. Retroussez vos manches, dépoussiérez vos objets et sortez vos tables. Jouer au magasin, c'est du sérieux!

Isabelle Laporte (collaboration spéciale) LA PRESSE

Les ventes-débarras, un sujet frivole? Détrompez-vous! Une Québécoise y a même déjà consacré son mémoire de maîtrise. Et de mai 2006 à mars 2007, le Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières en a fait le thème d'une exposition. Alors, pas question de prendre cette activité à la légère. Retroussez vos manches, dépoussiérez vos objets et sortez vos tables. Jouer au magasin, c'est du sérieux!

 Créateur du site ventedegarage.ca, François Provençal a un message pour ceux et celles qui s'apprêtent à tenir boutique sur leur pelouse. «De grâce, n'essayez pas de présenter votre stock en détail à chacun des passants. Pas la peine de dire que vous avez des assiettes ici et des disques là. On les voit!»

 Énorme clin d'oeil de M. Provençal. Il ne le dira pas, mais il veut protéger vos cordes vocales. Si d'aventure les quelque 300 visiteurs que son site reçoit chaque jour allaient chez vous, vous en seriez quitte pour une extinction de voix.

 Précisons tout de même: ce passionné n'indique sur sa page que les dates des ventes de garage régies par les municipalités. Depuis la fin des années 90, une cinquantaine de villes ont décidé d'inciter, voire d'obliger, leurs citoyens à tenir leur vente-débarras à dates fixes.

 Par exemple, à l'occasion du dernier congé de la fête des Patriotes,

c'était le festival de la vente-débarras dans pas moins de 25 villes du Québec. Ce week-end, une douzaine de municipalités ont pris le relais. Le festival continue jusqu'en septembre.

Petit conseil du pro, renseignez-vous sur les règlements de votre municipalité. Il est bien possible que vous ayez besoin d'un permis pour commercer sur votre propre terrain. En moyenne, ce permis coûte 10 $. Dans certains endroits, c'est gratuit et il suffit de s'inscrire par téléphone.

 Autre conseil, levez-vous de bonne heure. Les antiquaires font leur ronde dès 7h et les premiers particuliers arrivent vers 7h30. Mais on a déjà entendu parler de gens qui cognaient à la porte bien avant.

 Résidante de Lorraine, Marie-Andrée Blackburn aime bien organiser des ventes de débarras. Elle se rappelle une fois où des clients, aussi empressés qu'impolis, avaient commencé à fouiller dans ses boîtes pendant qu'elle préparait ses tables.

 «J'ai dit wô! Ça se fait pas!» lance-t-elle en riant. Il faut dire que certaines personnes peuvent vouloir se servir avant que ça joue dur.

 Les articles les plus en demande

 Mme Blackburn a déjà vu des acheteurs se lancer dans des enchères parce qu'ils ne s'entendaient pas sur qui avait vu tel article en premier. Elle se souvient notamment d'une étagère de style IKEA, presque neuve, qui avait été âprement disputée. La bagarre avait été évitée de justesse.

 Les objets les plus en demande selon notre experte sont les outils de toutes sortes, du tournevis à la scie sauteuse. Très populaires aussi, les bicyclettes, les bottines de ski et autres articles de sport. Enfin, les jouets qui accumulent de la poussière dans votre sous-sol ne font habituellement pas long feu une fois exposés sur le bitume.

 Par contre, les vêtements ne se vendent pas, poursuit Mme Blackburn. «Ne vous donnez pas la peine de les sortir. Même si c'est un manteau de fourrure, personne n'en voudra», tranche-t-elle. Pas plus que de vos vieux disques en vinyle.

 Passionnée de décoration, Mme Blackburn se fait un point d'honneur de placer ses marchandises de façon attrayante. «Un peu de home staging, c'est pas mal gagnant», sourit-elle.

 Mettez les plus beaux articles en avant. La raison est simple: la majorité des acheteurs zieutent directement depuis leur voiture au ralenti. Si vous ne leur donnez pas de bonne raison d'arrêter, ils poursuivront leur chemin.

 Regroupez aussi les objets par catégorie. Placez les bibelots ensemble, les cadres ensemble, les livres ensemble, etc. Les présentations pêle-mêle rebutent le client.

 Mme Blackburn est aussi d'avis qu'il vaut généralement mieux accepter la première offre sur un article, à moins que celle-ci ne soit absolument ridicule. «De toute manière, la plupart des gens finissent par donner ce qu'ils n'ont pas vendu.»

 Pas toujours facile d'adopter une attitude détachée, convientelle. Car des fois on est déchiré, on veut vendre nos affaires et on ne veut pas les vendre en même temps.

 Allez-y, bradez vos figurines de Schtroumpfs. Vous n'avez pas joué avec depuis 20 ans. Elles feront très certainement le bonheur d'un collectionneur.

 Trucs et astuces pour les vendeurs

 - Prévoyez beaucoup de petites coupures (5$ et 10$) et de la monnaie.

 - Réfléchissez d'avance aux prix que vous demanderez pour chacun de vos objets.

 - Connaissez la valeur de vos articles à l'état neuf. Mettez de côté catalogues et publicités qui pourront vous aider à justifier vos prix.

 - Annoncez votre vente de débarras dans le journal local et sur les babillards des pharmacies et des épiceries de votre quartier.

 - Réunissez votre famille pour faire une mégavente de débarras. Au besoin, utilisez des étiquettes de couleurs différentes pour l'identifier les propriétaires.

 - Installez des ballons pour attirer l'attention des acheteurs ou les aider à vous trouver.

 - Lavez vos objets avant de les vendre.

 - Demandez à un voisin la permission de garer votre voiture dans son entrée. Évitez d'encombrer la rue si possible.

 - Pensez aussi au risque d'intempéries. Munissez-vous de rouleaux de pellicule plastique, installez un parasol ou une toile.

 - Prévoyez une prise de courant et des piles afin de démontrer le bon fonctionnement de vos objets.

 - Gardez crayons, papier et ruban à mesurer à portée de main.

 - Ayez une provision de boîtes de carton ou de sacs de plastique au cas où des clients en auraient besoin pour emporter leurs achats.

 Source: ventedegarage.ca

Ventes-débarras et responsabilité civile

 Selon Santé Canada, toute personne qui tient une vente-débarras est légalement responsable de s'assurer que les articles vendus, neufs ou usagés, sont sécuritaires et conformes aux normes de sécurité.

 Me Elise Thériault, d'Option consommateurs, n'a trouvé aucune jurisprudence sur les ventes de garage comme telles. Cependant, selon le Code civil du Québec, on peut toujours être tenu responsable des dommages causés à autrui par notre faute. «Pour cela, il faut qu'un tribunal décide qu'il y a eu une faute et un dommage, et qu'il existe un lien de causalité entre les deux», précise l'avocate.

 Si quelqu'un vendait un article tout en sachant qu'il est brisé, un juge pourrait l'obliger à dédommager à un plaignant si l'article vendu venait à lui causer un dommage. Encore faut-il établir à qui revient la faute.

 Me Thériault prend pour exemple l'une des causes de responsabilité civile les plus connues, Dubois c. Dubois. Un jeune homme avait volé à son chauffeur d'autobus une bouteille d'alcool et l'avait revendue à un compagnon. Ce dernier est devenu aveugle après l'avoir consommée car le chauffeur y avait mis un produit antigel qu'il destinait à son radiateur.

 Dans ce cas, le juge a déterminé que les trois personnes impliquées étaient responsables. Le vendeur, pour avoir vendu un produit impropre à la consommation, l'acheteur, pour avoir négligé de s'assurer de sa propre sécurité avant de boire le produit, et le chauffeur d'autobus, pour avoir transvasé un liquide dangereux dans un contenant pouvant prêter à confusion.

 Bref, mieux vaut jouer de prudence si on doute de la qualité d'un article dont on souhaite se défaire. Avant de vendre un des articles suivants, vérifiez bien s'ils respectent les exigences de la Loi sur les produits dangereux:

 - Barrières pour bébé

 - Sièges d'auto

 - Vêtements de nuit et bijoux pour enfants

 - Casques de hockey et protecteurs faciaux

 - Lits de bébé, parc pour enfants et poussettes

 - Casques de vélo et de patin à roues alignées

 - Vêtements pour enfant comportant des lacets et des cordons

 - Stores de fenêtre

 Depuis avril 2004, il est illégal de vendre des marchettes pour bébé. Selon Santé Canada, quiconque en possède une doit la détruire et la jeter au rebut de telle sorte qu'elle ne serve plus. De même, la vente de jeux de fléchettes de pelouse est interdite au Canada.

 Source: www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/cons/garage_f.html

 

Photo Robert Skinner, La Presse

Les jouets qui accumulent de la poussière dans votre sous-sol ne font habituellement pas long feu une fois exposés sur le bitume.