Elles ont un talent inné pour le design, et gagnent leur vie sur les réseaux sociaux grâce à des partenariats avec des marques. Mais comme dans tout décor, il y a aussi un envers, qui consiste à dévoiler des pans de sa vie privée à des milliers d’abonnés. Incursion dans le monde de trois créatrices de contenu pour la maison, un métier qu’elles sont bien peu à pratiquer au Québec.

Publié le 30 avril
Sophie Ouimet
Sophie Ouimet La Presse

Pour Émilie Desjarlais, mieux connue sous son pseudonyme Brook & Peony, bâtir son compte Instagram a aidé à se tirer d’une bien mauvaise passe dans sa vie. À un point tel que le réseau social est devenu son gagne-pain. Mais ce n’est pas une histoire rose pour autant…

Mère solo de la petite Brook, il lui a été impossible de décrocher un boulot pendant un bon moment. « Quand j’ai eu ma fille, j’essayais de trouver une solution pour travailler de la maison, parce que la garderie, ce n’est pas garanti que tu en as une », lance-t-elle, jointe au téléphone.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE

Les abonnés d’Émilie Desjarlais sur Instagram connaissent bien sa fille, Brook, et le chat de la maisonnée, Peony.

Après avoir emménagé dans un appartement lumineux et plein de cachet à Saint-Lambert, elle a commencé à publier des clichés de sa déco — et de sa mignonne petite Brook — sur Instagram. Les contrats ont fini par s’enchaîner, la communauté a grandi, et elle compte maintenant 125 000 abonnés qui la suivent quotidiennement. Mais derrière ce beau succès se cachent des années de travail acharné.

  • Une publication du compte Instagram d’Émilie Desjarlais

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM BROOK & PEONY

    Une publication du compte Instagram d’Émilie Desjarlais

  • Une publication du compte Instagram d’Émilie Desjarlais

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM BROOK & PEONY

    Une publication du compte Instagram d’Émilie Desjarlais

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« En fait, ça a commencé avec ma fille, se souvient Émilie. Puisqu’on était toujours ensemble, je partageais beaucoup de contenu avec elle : des échanges, des vêtements, des petits trucs comme ça. » Et qu’est-ce que la déco vient faire là-dedans ? « À un moment donné, mon appart était peint en gris et je n’aimais pas ça, donc j’ai tout repeint dans des teintes de beige et blanc », poursuit-elle. Des couleurs qui portent toujours sa signature, d’ailleurs !

Après avoir appris ce qu’était un kit média, elle s’en est monté un et l’a envoyé aux magasins EQ3, puis à d’autres. « J’ai commencé à accessoiriser avec quelques trucs que je ne pouvais pas me payer, en faisant des échanges avec des marques. Ça m’a permis de meubler joliment mon appartement, et après ça, j’ai commencé à travailler comme créatrice de contenu à temps plein. »

Diversifier les revenus

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Maca Atencio possède un studio qu’elle loue à l’occasion, une façon pour elle de varier ses sources de revenus.

Ce n’est quand même pas facile de gagner exclusivement sa vie de cette façon, s’accordent pour dire les trois influenceuses déco à qui nous avons parlé. Pour y arriver, plusieurs diversifient leurs activités afin d’avoir plus d’une source de revenus.

C’est ce qu’a fait Maca Atencio, spécialisée dans les DIY (Do It Yourself). En plus de son compte Instagram coloré, elle écrit un blogue, possède un studio qu’elle loue à l’occasion, et collabore avec la chaîne de télé spécialisée en déco HGTV. « Quand j’ai commencé, je ne voulais pas mettre tous mes œufs dans le même panier, raconte celle qu’on connaît sous le nom Hey Maca. Au bout du compte, ce n’est pas moi qui possède Instagram. Qu’arriverait-il s’ils changeaient leur façon de faire ? » Ses contrats avec HGTV, surtout, lui permettent d’avoir un revenu plus stable et prévisible.

Surtout qu’Instagram vient par vagues, remarque l’entrepreneure. Et certains mois sont plus creux que d’autres.

  • Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM HEY MACA

    Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

  • Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM HEY MACA

    Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

  • Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM HEY MACA

    Une publication du compte Instagram de Maca Atencio

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Instagram a ses hauts et ses bas. Janvier et février sont habituellement très calmes pour les entreprises, puisau printemps, c’est la folie.

Maca Atencio

Même son de cloche du côté de Vanessa Béland, alias Fleur maison, qui se définit comme « créatrice de beau » sur sa page Instagram. Après avoir étudié en décoration intérieure et présentation visuelle (tout comme Émilie Desjarlais), elle a travaillé un peu pour des entreprises avant de lancer Fleur maison. Elle estime être capable d’en vivre depuis environ deux ans. Mais elle aussi possède plus d’une corde à son arc ; en plus du contenu déco, elle travaille avec d’autres types de marques et fait un peu de placement de produits.

Vie privée

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM FLEUR MAISON

Une publication du compte Instagram de Vanessa Béland

L’envers du décor, c’est aussi qu’il faut exposer sa vie privée lorsqu’on fait ce métier. Par exemple, la petite Brook, 6 ans, et le chat Peony font partie intégrante des publications d’Émilie Desjarlais, tout comme ils font partie de sa vie. « Les photos qui marchent le moins, c’est quand c’est moi ! lance-t-elle en riant. Je ne publie presque jamais de contenu où j’apparais. C’est vraiment mon environnement, ma fille, et maintenant mon chat », affirme celle qui a aussi une formation en arts et qui se définit davantage comme une artiste qu’une influenceuse.

N’empêche, depuis que Brook a atteint l’âge scolaire, sa maman publie de moins en moins de contenu la concernant. Lorsque l’occasion se présente, elle choisit avec soin ce qui se retrouve en ligne. « Je me concentre sur les trucs drôles. Je ne vais pas la montrer quand elle fait une crise, à moins que ce soit une situation cocasse. »

Vanessa Béland aussi négocie plus difficilement la frontière entre vie de famille et travail depuis qu’elle est devenue maman, il y a un peu plus d’un an. « Les gens ont techniquement accès à nous tout le temps, souligne-t-elle. Ça m’arrive d’être sur Instagram juste pour le plaisir, mais si je reçois un message à 10 h le soir, je vais prendre le petit 15 secondes nécessaire pour y répondre, même si je ne travaille pas. »

  • Une publication du compte Instagram de Vanessa Béland

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM FLEUR MAISON

    Une publication du compte Instagram de Vanessa Béland

  • Une publication du compte Instagram de Vanessa Béland

    PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM FLEUR MAISON

    Une publication du compte Instagram de Vanessa Béland

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Chacune s’entend toutefois pour dire qu’avec leurs abonnés, elles ont tissé une véritable communauté dont la puissance les surprend parfois. « J’ai l’impression d’avoir des amis que je ne connais pas ! », illustre Maca Atencio au sujet de ces étrangers qui sont devenus si familiers au fil du temps. Surtout, elle a adoré partager les moments charnières de sa vie avec eux, que ce soit son arrivée du Venezuela pour s’établir à Ville-Émard avec son mari, l’achat de leur première maison, la naissance de leurs enfants…

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Vanessa Béland

Surtout, leur contenu demeure accessible, croit Vanessa Béland. « Sur le plan de la déco, je ne vends pas du rêve, et ce n’est pas du tout mon but. Donc, je pense que de collaborer avec des magasins comme IKEA ou RONA, où les gens vont pour leurs propres rénos, c’est pertinent et ça reflète la réalité. Moi aussi, j’aime ça, Pinterest, mais ce n’est pas nécessairement dans le budget. »

Émilie Desjarlais aussi veut rester accessible pour ses abonnés. Dans tous ses déménagements, elle a fait preuve de créativité pour réutiliser ce qu’elle possédait déjà. « Je suis capable de garder les mêmes choses longtemps, les changer, les repeindre… ça donne des idées aux gens de tous les budgets, affirme-t-elle. C’est important pour moi de ne pas tomber dans le luxe ; je veux rester accessible financièrement, parce que justement, je n’ai pas toujours eu des sous, donc je suis bien placée pour comprendre. »

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