Pour bien des artistes et artisans, la récupération est une passion et une conviction. Et ce procédé particulier qui consiste à revaloriser des pièces ayant perdu leur charme ou leur utilité — le surcyclage (ou upcycling) — peut apporter à un décor cette touche unique qui manquait. En plus, la tendance serait plus vive que jamais.

Laila Maalouf
Laila Maalouf La Presse

« Les approvisionnements tardent à arriver… que ce soit chez Home Sense ou n’importe où, les magasins ont beaucoup de mal à s’approvisionner, alors ça a donné un coup de boost à la récupération », estime Stéphanie Guéritaud, styliste et autrice du blogue Déconome.

Les gens n’hésitent plus à se procurer les objets qu’ils voulaient en seconde main.

Stéphanie Guéritaud,styliste et autrice du blogue Déconome

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphanie Guéritaud, styliste et autrice du blogue Déconome

Marie-Ève Trudeau, elle, a commencé à transformer pour le plaisir des pièces de son chez-soi auxquelles elle tenait, mais qui n’allaient plus avec son nouveau décor. Puis, ce passe-temps qui rejoint à la fois son côté artistique et ses préoccupations écologiques est devenu son gagne-pain, en 2018, avec la mise sur pied de sa petite entreprise, La pièce manquante.

Parfois, dit-elle, il suffit d’un petit travail de restauration et de quelques touches de peinture ou de nouvelles poignées pour donner un nouveau style à un meuble qui a une valeur sentimentale ou qu’on tient à surcycler « pour éviter d’aller vers du neuf ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Marie-Ève Trudeau

Avec la peinture que j’utilise, on peut vraiment tout transformer avec l’ajout d’un adhérent ; on peut peindre la mélamine, le verre, le métal, donc c’est vraiment versatile.

Marie-Ève Trudeau, fondatrice de La pièce manquante

Quant à l’odeur « de cigarette ou de vieille cave » qui peut imprégner certains objets, il est souvent possible de s’en débarrasser simplement avec un bon nettoyage et un coup de pinceau, ou en changeant quelques éléments de la pièce.

PHOTO FOURNIE PAR LA PIÈCE MANQUANTE

Marie-Ève Trudeau a transformé un vieux poste de radio qui n’était plus fonctionnel en meuble d’appoint. 

« Pour les choses qui sont un peu brisées, il faut essayer de voir : est-ce que ça se répare ou est-ce que je ferais mieux de le transformer en autre chose ? », note-t-elle.

Récupérer et transformer

PHOTO FOURNIE PAR LA PIÈCE MANQUANTE

PHOTO FOURNIE PAR LA PIÈCE MANQUANTE

C’est dans cette optique que Marie-Ève Trudeau a choisi, par exemple, de convertir une vieille planche à repasser en bar d’appoint qu’on peut ranger et sortir au besoin ; ou encore, de métamorphoser un vieux poste de radio qui n’était plus fonctionnel et qu’elle a ouvert pour lui ajouter des tablettes. « Ça ne s’achète plus, un meuble en chêne massif au magasin », dit-elle tout en insistant sur le fait que les vieux objets, même endommagés, ont bien souvent une grande valeur.

Au total, « 90 % de nos déchets seraient récupérables. Par manque de ressources, on va jeter des choses qui seraient encore utiles », souligne pour sa part Philippe Malo, artiste récupérateur qui crée à partir de tout ce qu’il ramasse à longueur d’année et qui travaille aussi comme instructeur à la Recyclerie des matériaux, un atelier qui favorise la réinsertion sociale et professionnelle par l’intermédiaire de projets de récupération.

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« J’ai toujours dans ma voiture des pinces et deux ou trois trucs pour démonter. Aussitôt que je vois quelque chose sur le bord de la route qui peut avoir une valeur, une lampe qui est brisée que quelqu’un va jeter parce qu’il n’a pas la notion pour la réparer, moi, je vais couper le fil et je vais regarder s’il y a des pièces de métal qui sont intéressantes pour moi. J’ai une banque de pièces que je classe dans des bacs par grosseur, par forme, par matériau », dit Philippe Malo.

Et quand je commence à créer quelque chose, ça va souvent commencer par une pièce maîtresse qui est intéressante, souvent des pièces d’une autre époque, mais avec un design industriel intéressant.

Philippe Malo, artiste récupérateur

PHOTO FOURNIE PAR PHILIPPE MALO

Philippe Malo récupère surtout les objets en métal.

Pour tous les goûts

Avec la mode des meubles des années 1950, qui revient en force avec le style de déco Mid-Century, le surcyclage d’antiquités a la cote, estime Marie-Ève Trudeau, de La pièce manquante. « Ça fait de beaux projets qui plaisent à un plus grand bassin de gens. Et il y a moyen de trouver un style qui convient à tous les décors. »

Selon la styliste et blogueuse Stéphanie Guéritaud, « le style farmhouse moderne permet lui aussi d’intégrer ce genre de meuble à condition qu’il soit repeint, blanchi, pour que ça donne le look à la Magnolia Home qu’on aime tellement ». Elle rappelle en outre que la tendance Granny Chic, associée au décor douillet grand-maternel, est très en vogue chez les milléniaux qui apprécient les pièces d’époque rafraîchies.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les détaillants de peinture ont d’ailleurs diversifié leurs gammes pour répondre à la demande grandissante de gens qui désirent remettre au goût du jour toutes sortes de meubles et d’objets, note Stéphanie Guéritaud. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que le surcyclage suscite peut-être plus qu’un engouement passager, même le fabricant d’appareils électroménagers Bosch possède sa propre page proposant une foule d’idées à faire soi-même à partir d’articles voués à l’abandon.

Consultez le site de La pièce manquante Consultez le blogue Déconome Consultez le site de Philippe Malo Consultez les idées de surcyclage de Bosch