Richard Ouellette et Maxime Vandal, la force créatrice derrière Les Ensembliers, avouent qu’ils étaient naïfs lorsqu’ils se sont pointés dans les bureaux new-yorkais de la multinationale Kravet, un beau lundi matin de 2014, pour discuter de la création d’une collection de tissus à leur nom. Sept ans plus tard, leur deuxième collection de tissus pour la vénérable maison Brunschwig & Fils s’apprête à être lancée. S’y greffe, en plus, une collection de luxueux papiers peints.

Publié le 14 avr. 2021
Danielle Bonneau
Danielle Bonneau La Presse

Leur parcours n’a pas été facile. Richard Ouellette, designer d’intérieur, et Maxime Vandal, architecte, ne sont pas des vedettes propulsées par une émission de télé. De surcroît, ils sont québécois. Mais ils ont décidé, il y a longtemps, d’élargir leurs horizons et de faire leur marque sur le marché nord-américain. Ils ont appris en chemin les règles du jeu, qui peuvent compliquer la progression d’ambitieux créateurs sur l’échiquier international. Mais à 7 h 30, en ce lointain lundi matin, frais arrivés (en voiture) de Montréal, ils rêvaient de conquête. Les 15 minutes accordées poliment à de bons clients se sont transformées en une palpitante rencontre de 4 heures, passées à visiter les méandres de l’immeuble en compagnie d’un des propriétaires, Scott Kravet, venu courtoisement les saluer.

« Pendant quatre heures, les gens de l’équipe se sont demandé ce qu’ils pouvaient bien nous donner pour qu’on parte, se rappelle Maxime Vandal en riant. Ils nous ont confié un petit projet pour leur nouveau site web transactionnel, aux côtés de grands noms du design. Richard a donné tout son jus et s’est fait remarquer. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le papier peint ne doit pas nécessairement recouvrir des murs, estiment Richard Ouellette et Maxime Vandal. Il peut mettre en valeur du mobilier ou des portes, comme c’est le cas dans le loft du couple.

Le designer d’intérieur a par ailleurs établi une connexion avec Scott Kravet. « On a passé des heures ensemble dans les archives à regarder des papiers du XVIIIe siècle, des dessins, des tissus de différentes maisons, sans gant blanc, juste pour le plaisir, précise ce dernier. Cette connexion a trouvé un écho dans leur démarche à eux. »

Kravet, une énorme entreprise avec de multiples ramifications en décoration, avait acquis en 2011 la maison Brunschwig & Fils, fondée en France, en 1880, et renommée pour ses tissus et ses revêtements muraux très haut de gamme. « Pour eux, c’était comme un luxe d’ajouter dans leur inventaire cette vieille dame un peu poussiéreuse », explique Maxime Vandal.

La richesse d’une compagnie comme celle-là, ce sont ses modèles et ses dessins, imprimés et recolorés 100 fois, 200 fois. On les reconnaît tout de suite. Réveiller une vieille marque n’est pas simple, et Kravet avait essayé. Au fil de nos discussions, ils ont fait le lien entre le fait qu’on soit québécois, qu’on soit francophones, que nos souches soient françaises, et le fait que Brunschwig & Fils soit d’origine française.

Richard Ouellette, designer d’intérieur, à propos de Brunschwig & Fils

Kravet n’avait rien à perdre et Les Ensembliers, tout à gagner. En 2016, le duo a accepté de créer une première collection de tissus pour Brunschwig & Fils, sous licence. La responsabilité d’insuffler une nouvelle vision et de pousser la marque plus loin a surtout incombé à Richard Ouellette. Mais le soutien de son partenaire dans la vie et en affaires s’est avéré essentiel tout au long du processus. Leur succès, dans tout ce qu’ils entreprennent, peut se décrire ainsi : « C’est le succès de qui on est à deux comme gens d’affaires et gens de création », précise Maxime Vandal. « Dans un projet comme celui-là, je suis un peu le René de Céline. J’appuie Richard, je l’aide à gérer ses émotions et à focaliser. »

Le designer d’intérieur voulait respecter l’histoire de la marque, trouver ce qui représente le passé (les chintz, le floral) et amener quelque chose de plus contemporain dans les modèles et la coloration. Il s’est dépassé, mais l’expérience a été difficile.

« Richard n’avait pas la notoriété pour commander un projet comme cela auprès des gens de New York, qui le regardaient comme un imposteur, le regard blasé, sans sourciller, révèle Maxime Vandal. Il devait changer de chemise en sortant des présentations, tellement il avait eu chaud. »

PHOTO ANDRÉ RIDER PHOTOGRAPHE, FOURNIE PAR LES ENSEMBLIERS

Les Ensembliers lancent une collection de tissus et de papiers peints en collaboration avec Brunschwig & Fils. Le papier peint sur le thème La Pagode, appliqué sur des panneaux, s’intègre de façon contemporaine dans la pièce. Les tissus du mobilier et du coussin font aussi partie de la nouvelle collection.

La collection est sortie en 2017. Dans ce milieu, ont-ils découvert, le succès se bâtit lentement, par vagues successives. C’est seulement en 2018 qu’ils ont su qu’ils avaient remporté leur pari, lorsque trois de leurs luxueux tissus ont été mis de l’avant dans le magazine Elle Decor. Les ventes se sont mises à augmenter. Après la troisième année, ils sont revenus à la charge. Ils désiraient pousser encore plus loin leur collection de tissus en colorant de façon très dynamique leurs modèles les plus populaires. Ils ont aussi eu carte blanche pour créer une collection de papiers peints réalisés en partie par des artisans dans de petits ateliers européens. Les thèmes portent des noms évocateurs comme Le Tonnerre, Les Pivoines, Les Plumes, Les Écorces, Les Vagues…

« Là, on a eu du fun ! s’exclame Richard Ouellette. Toute la souffrance de la première collection, où on a appris à se connaître, avait disparu. On était devant une équipe encore plus excitée que nous. On a pu expérimenter autant dans la création des modèles que dans le choix des techniques d’impression. Je me retrouve dans cette collection qui contient des choses que j’ai envie d’utiliser tous les jours. »

PHOTO ANDRÉ RIDER PHOTOGRAPHE, FOURNIE PAR LES ENSEMBLIERS

Différents thèmes de la nouvelle collection de tissus et de papiers peints des Ensembliers, réalisée pour Brunschwig & Fils, sont mis de l’avant dans cette pièce.

La COVID-19 a changé quelque peu l’optique du couple, qui consacre dorénavant une partie de son énergie à sa ferme Humminghill et à sa production de vinaigre aromatisé, à Bolton-Ouest. L’architecte et le designer d’intérieur concentrent leurs activités à certains endroits (Montréal, Cantons-de-l’Est, Québec, Tremblant et Toronto), ce qui les satisfait pleinement pour l’instant. Il n’est surtout pas question pour les deux créateurs de se reposer sur leurs lauriers. Leur nouvelle collection de tissus et de papiers peints en fait foi.

> Consultez le site web des Ensembliers

> Consultez le site web de Kravet (en anglais)