Il vient parfois un peu gâcher l’ambiance dans la cour arrière. Non, on ne parle pas de l’enfant turbulent du voisin, mais de ce mur de béton, de briques ou de bois, délaissé depuis de trop nombreuses années, et qui se dresse tristement dans le décor. Un bon coup de peinture lui (et nous) ferait le plus grand bien. Mais pour qui a les moyens, n’est-ce pas là l’occasion de s’offrir une belle œuvre murale d’artiste, haute en couleur ? On vous guide dans le processus.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Vérifier les règlements

Avant de contacter un artiste, mieux vaut joindre sa municipalité pour vérifier si la réalisation d’une peinture murale doit être autorisée ou non. En effet, la réglementation peut varier d’une ville à l’autre. À Montréal, elle relève des arrondissements. Par exemple, un résidant de Ville-Marie ou du Plateau « peut faire peindre une murale sans obtenir au préalable une autorisation, sauf si la murale est produite sur un mur de pierres ou d’ardoise, qui ne sont jamais peintes. En outre, la murale privée ne doit pas être une publicité ou servir de publicité à un commerçant, à moins d’obtenir une dérogation du conseil d’arrondissement », indique Linda Boutin, relationniste pour la Ville de Montréal.

Trouver et choisir un artiste

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Alessandra McGovern devant l’une de ses œuvres. Elle conseille de prendre contact avec des artistes muralistes dont l’on apprécie le style et de songer à un thème au préalable.

Il ne manque pas d’artistes muralistes au Québec. Plutôt que de choisir au hasard, mieux vaut fouiner un peu et dénicher le style qui nous convient. « Les gens devraient avoir une idée de ce qu’ils veulent, quel style et quels artistes ils aiment », recommande la peintre montréalaise Alessandra McGovern. « Si un artiste fait de l’abstrait et que quelqu’un l’approche pour faire un portrait réaliste sur le mur, ça ne marche pas vraiment. »

Julian Palma, autre muraliste de la relève, le confirme et préconise de « chercher quelque chose qui nous parle dans le langage de l’artiste ».

D’accord, mais où les trouver ? Observez les ruelles : souvent, des signatures sont apposées. Écumez Instagram ou Facebook : avec les mots-clics #murale et #mural suivis du nom de la ville, par exemple. Sinon, des organismes disposent de listes d’artistes locaux, comme MU ou le festival Canettes de ruelle.

> Consultez le site de MU Montréal

Discuter du thème

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Benoit Tessier, Ariane Pichette et leurs enfants, Simone et Clovis, dans leur cour arrière. L’œuvre est signée Antoine Tava, muraliste local.

En 2016, la famille de Benoit Tessier et d’Ariane Pichette, qui habite à Rosemont, a fait exécuter une murale sur les deux murs de son garage privé, profitant du festival Canettes de ruelle. L’artiste Antoine Tava avait présenté un premier aperçu au couple, qui n’était pas convaincu. « On voulait quelque chose de plus joyeux pour les enfants, qui rappelait le jeu », soulignent Benoit et Ariane, qui ont finalement opté pour deux sympathiques personnages tenant un bâton de baseball.

« Il faudrait que le thème et le style soient intéressants, aussi bien pour le client que pour l’artiste », indique Julian Palma, qui réalise maintenant des maquettes avant de lancer un chantier. Alessandra McGovern rappelle qu’avoir une idée facilite et accélère le travail de conception.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le garage de la famille de Benoit Tessier et d’Ariane Pichette. Grâce au festival Canettes de ruelle, ils ont pu bénéficier d’un tarif préférentiel, n’ayant qu’à payer le matériel nécessaire. Les propriétaires sont très satisfaits du résultat !

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Ce garage privé a été entièrement recouvert par l’œuvre, pour un effet saisissant.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Briques, bois, béton, métal, et même verre : la plupart des surfaces peuvent être peintes. Leur état aura cependant des conséquences sur la durée de vie de l’œuvre, qui peut atteindre 10 ans. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Cette murale occupe toute la hauteur du bâtiment, sur deux pans. Elle apporte beaucoup de couleurs à la cour. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les œuvres sont généralement signées et facilement identifiables. Ici, on voit que l’artiste Loopkin en est l’auteur, ce qui facilite la prise de contact si l’on apprécie le style. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les garages et portes de remise sont des supports idéaux pour des murales. Les murs de cour arrière font aussi l’affaire. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les garages et portes de remise sont des supports idéaux pour des murales. Les murs de cour arrière font aussi l’affaire. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Ici, la tour entière a été peinte, permettant un dialogue entre les différentes sections. 

(P)réparer le terrain

Attention, les murales n’aiment pas les surfaces endommagées et décrépites, qui amenuisent leur durée de vie. Un client peut toujours nettoyer, voire réparer la surface, pour aider le processus. Généralement, les artistes la désinfectent avec un vaporisateur TSP avant la couche d’apprêt.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

L’artiste-peintre Julian Palma précise que plus les surfaces sont lisses, mieux c’est.

Alessandra et Julian, qui travaillent tous deux avec de la peinture au latex, précisent que plus les surfaces sont lisses, mieux c’est. « Avec un mur de briques texturé, on pourra moins faire de détails par rapport à une surface de béton lisse », nous apprennent-ils. Astuce : on peut demander d’acheter de la peinture en surplus et de laisser le soin au client, si les couleurs et les motifs ne sont pas trop abondants, de faire des retouches en cas de tags ou de détérioration.

Attendre que la magie opère

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Une œuvre de l’artiste-peintre Julian Palma

Combien de jours sont nécessaires pour le travail ? Cela dépend de la surface du projet, de sa complexité, de la rapidité de l’artiste et… de la météo. Peindre sous la pluie n’est pas idéal pour la pérennité de l’œuvre. La qualité du matériel, influant sur le nombre de couches, est aussi à prendre en compte. À titre indicatif, pour un petit projet de 6 pi sur 10 pi, peu complexe, on compte une petite semaine. Et la durée de vie de la murale ? Avec une peinture au latex, elle s’élève à une dizaine d’années ; mais à l’aérosol, cela sera moins durable.

Rémunérer l’artiste

Question aussi cruciale que délicate. Car là aussi, une constellation de paramètres entrent en jeu : la surface du projet, sa nature, le matériel requis, la renommée de l’artiste, l’état du support, etc.

Le tarif final est donc extrêmement variable et doit être discuté avec le muraliste en fonction du projet. « Ça peut prendre une journée et coûter 500 $, comme ça peut prendre d’une à deux semaines et revenir à 2500 $ », prévient Julian Palma, qui n’inclut pas le coût du matériel dans ces sommes. Pour nous donner un ordre d’idée, Alessandra McGovern a estimé, selon ses tarifs personnels, le coût de la réalisation d’une murale peu complexe de 6 pi sur 10 pi, qui oscillerait autour de 1600 $. « Souvent, les personnes pensent juste au produit final, mais ne voient pas le travail qu’il y a derrière, notamment celui de conception », souligne-t-elle.