La rénovation complète et radicale du bâtiment de l’écoentrepreneur Nicolas Girouard lui a donné bien des idées, y compris de grandeur, à en juger par la paroi artificielle d’escalade d’une douzaine de mètres (une quarantaine de pieds) qu’il a aménagée sur quatre étages.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Ce passionné de grimpe qui a acquis en 2013, selon ses propres termes, une « poubelle » du quartier Rosemont, s’est laissé inspirer par une grande cage d’escalier qu’il avait installée chez un client. Alors que les férus d’escalade désirant s’entraîner chez eux construisent généralement un petit pan de bloc (haut de quelques mètres tout au plus, pour s’exercer sans corde), M. Girouard a visé bien plus haut, avec un double mur en angle digne d’un gymnase de grimpe.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Un petit café ? Il suffit de monter l’escalier pour se servir, tout en continuant à regarder les autres évoluer sur leur voie.

Résultat : un puits de lumière de 2,4 sur 2,4 mètres (8 sur 8 pieds) vient éclairer cette gigantesque « cheminée » blanche, très bien intégrée à l’appartement et visible depuis le rez-de-chaussée et le premier étage. Il est donc possible, en prenant un café dans la cuisine ou dans le salon, d’apercevoir un lézard géant grimper sur les murs !

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Plus de 3300 emplacements ont été installés sur les panneaux. On compte plus de 400 prises, toutes acquises d’occasion, par souci écologique.

La vocation de cet espace hyper convivial, où les amis sportifs sont reçus dans des hamacs ou un banc suspendu, n’est pas uniquement sportive.

Je l’ai réalisé pour combiner le sport et le look architectural, afin de créer un effet « wow ».

Nicolas Girouard

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Hauteur jusqu’au point d’ancrage : 38 pieds. Le puits de lumière atteint quant à lui 42 pieds. Ces hauteurs rivalisent presque avec celles de certaines salles d’escalade.

Effet réussi, puisque le projet de rénovation global s’est classé finaliste dans trois catégories des prix Domus 2018.

Protocole pour un lieu cool

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Le mur a été parfaitement intégré au lieu d’habitation. Les panneaux blancs reflètent la lumière entrant par le puits au plafond, ce qui apporte un éclairage supplémentaire au salon et à la cuisine. 

D’un point de vue technique, le tout a été monté avec des structures d’acier, sur lesquelles ont été fixés des panneaux de contreplaqué 23 plis. Plus de 3300 écrous en T (T nuts) y ont été disséminés, pouvant accueillir les prises d’escalade et autres équipements d’assurage. Au sommet, de lourdes poutres de métal ont été fixées pour installer les cordes. En tant qu’écoentrepreneur, le propriétaire du mur, dont la résidence regorge d’astuces écoénergétiques et écologiques, s’est tourné vers l’achat de prises d’occasion (environ 400) pour équiper sa paroi. Enfin, soulignons que près d’un mètre (trois pieds) a été creusé dans le sous-sol, pour gagner en hauteur.

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Le sous-sol a été creusé d’un pied supplémentaire, pour pouvoir gagner de la hauteur.

Évidemment, il est hors de question d’improviser la construction de ces installations, même pour un professionnel du bâtiment. « Je me suis assis avec la Fédération de montagne et d’escalade du Québec pour m’assurer de suivre leur protocole », souligne M. Girouard, précisant que les poutres d’assurage où reposent les cordes ont été contrôlées et homologuées par un ingénieur. « La barre principale est largement capable de supporter la chute simultanée de deux grimpeurs », précise-t-il. Toute personne désirant se lancer dans un projet semblable devrait suivre son exemple et prendre contact avec la fédération pour s’assurer de construire une structure sécuritaire.

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Nicolas Girouard, éco-entrepreneur et propriétaire des lieux, a profité de rénovations complètes pour installer ce mur impressionnant.

Côté budget, étant donné que le mur d’escalade était intégré dans la rénovation globale du bâtiment, il est difficile d’établir un chiffre précis ; le propriétaire estime cependant qu’il représente environ de 50 000 à 60 000 $ du total.

Sans aller aussi loin (ni aussi haut), un grimpeur bricoleur pourrait monter lui-même un pan de bloc simple pour 800 $ à 1000 $, excluant les prises et les écrous en T, selon M. Girard. En recourant aux services de professionnels, ce chiffre pourrait monter entre 3000 $ et 4000 $.

On ne vous le cache pas : en escalade, ça peut grimper vite !