Prévenir l’invasion de plantes envahissantes est particulièrement complexe en milieu humide. Le Jardin botanique n’y échappe pas. Après que des végétaux tenaces eurent colonisé en totalité l’un de ses bassins, son équipe de recherche a dû se résoudre à faire un réaménagement complet du plan d’eau. Deux ans plus tard, une nouvelle station de phytotechnologies s’ouvre au public pour proposer des stratégies qui s’allient à la nature, afin de mieux y faire face.

Publié le 2 juill. 2021
Isabelle Morin
Isabelle Morin La Presse

Dans le secteur situé dans la partie nord du Jardin botanique, près du boulevard Rosemont, l’étang de la Maison de l’arbre Frédéric-Back a fait peau neuve et offre désormais un cadre enchanteur aux visiteurs. Pendant des décennies, cette ancienne carrière de calcaire a été remblayée au moyen de déchets. Jusqu’à son annexion au Jardin botanique à la fin des années 1960 où elle fut transformée en étang, lui-même restauré il y a près de 30 ans.

Ces derniers temps, le plan d’eau cachait toutefois l’essentiel de son charme sous des hordes de roseaux et d’autres plantes non invitées. « C’est un secteur magnifique qui avait besoin de beaucoup d’amour, convient le conservateur et chef de la recherche du Jardin botanique, Michel Labrecque. Il aurait été impossible de combattre les plantes déjà installées par des moyens biologiques. La solution a été de recommencer à zéro et d’utiliser ce secteur pour éduquer les gens et proposer des solutions. »

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Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique

Cette bande de végétaux ne fait pas que prévenir l’envahissement, elle filtre les eaux de ruissellement. Quant aux racines, elles stabilisent le sol et permettent de prévenir l’érosion de la rive.

Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique

La maîtrise des plantes envahissantes, petit laboratoire à ciel ouvert pour l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) du Jardin botanique, se veut exemplaire en matière de pratique écoresponsable. Le bassin offre des solutions de rechange vertes et peu coûteuses au contrôle traditionnel des plantes envahissantes. Il intervient également sur la qualité de l’eau, de l’air et du sol, tout en prévenant l’érosion de la bande riveraine. Enfin, il fait la démonstration que les plantes peuvent soigner l’environnement, sans perdre de leur valeur ornementale. Bien au contraire.

Combattre les plantes par les plantes

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La bande de végétaux indigènes le long du bassin occupe densément le sol et fera bientôt ombrage à tout envahisseur qui pourrait chercher à s’y implanter.

Tout autour du bassin, différentes plantes bordent la rive. Cette bande de végétaux indigènes occupe densément le sol et fera bientôt ombrage à tout envahisseur qui pourrait chercher à s’y implanter. « On s’est assurés d’avoir une biodiversité. Les plantes choisies occupent différentes niches : certaines ont des racines profondes ; d’autres, plus superficielles. Certaines aiment les milieux humides, tandis que d’autres apprécient un environnement sec », explique Michel Labrecque.

  • Des plantes indigènes occupent maintenant le secteur, à l’exception d’un cyprès qui a été conservé pour sa valeur ornementale et son intérêt. Ce taxodium présente d’étonnants moyens d’adaptation.

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    Des plantes indigènes occupent maintenant le secteur, à l’exception d’un cyprès qui a été conservé pour sa valeur ornementale et son intérêt. Ce taxodium présente d’étonnants moyens d’adaptation.

  • Ces pneumatophores, qui sont de petites excroissances racinaires, permettent aux racines d’aller chercher la quantité d’air dont l’arbre a besoin pour survivre en période d’inondation.

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    Ces pneumatophores, qui sont de petites excroissances racinaires, permettent aux racines d’aller chercher la quantité d’air dont l’arbre a besoin pour survivre en période d’inondation.

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L’ensemble travaille en synergie. Une fois que tous les végétaux seront bien implantés, le sol sera entièrement occupé au niveau racinaire et ombragé grâce aux différents types de feuillages. Une nouvelle plante qui chercherait à s’établir aurait donc du fil à retordre pour arriver à se frayer une place. En première ligne de cette barrière verte se trouvent des plantes aquatiques et semi-aquatiques, comme l’iris versicolore, le scirpe des étangs, la renouée amphibie, la pesse vulgaire et l’arum de Virginie. Suivent des vivaces, arbustes et arbres qui tolèrent d’être inondés une partie de l’année, comme c’est le cas pour le myrique baumier, l’hamamélis de Virginie et le sureau du Canada.

Faire ombrage

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Des tortues ont élu domicile sur les îlots flottants.

L’équipe de recherche du Jardin botanique met à l’essai des îlots flottants, une phytotechnologie utilisée ailleurs dans le monde, et en particulier dans les tropiques. Certains sont fixes alors que d’autres demeurent en mouvement. Ces matelas flottants accueillent des plantes aquatiques qui filtrent l’azote et le phosphore dans l’eau, tout en créant de l’ombre sur différentes zones de l’étang, comme le font également les grands saules qui bordent une partie du plan d’eau. « L’ombre permet de garder l’eau plus fraîche, ce qui contribue aussi à limiter le développement d’algues au fond du bassin », ajoute Michel Labrecque.

Maintenir le mouvement

  • Le ruisseau

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    Le ruisseau

  • La cascade

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    La cascade

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D’autres éléments viennent appuyer l’intervention des plantes. Le niveau du bassin était anciennement maintenu par un robinet connecté au réseau d’eau. Un puits artésien fournit désormais l’étang. L’eau arrive par la cascade et termine sa course dans un petit ruisseau qui la renvoie à son point de départ grâce à un système de pompage. L’eau, filtrée au sable, est du même coup oxygénée par sa cascade qui prévient la stagnation.

Créer des profondeurs

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On joue avec les profondeurs du bassin.

« L’une des façons de limiter l’envahissement est aussi de créer des profondeurs où les plantes ne peuvent pousser », indique le chercheur. La pente du bassin est abrupte : au-delà des gabions (cages métalliques remplies de pierres) qui structurent la rive et qui seront bientôt invisibles sous la végétation, le fond de l’étang baisse à 6 pi de profondeur.

Maintenir un cap vert

Créé en 1931, le Jardin botanique fête cette année son 90anniversaire. Beaucoup de travail a été fait pour le rehausser au fil du temps, mais un effort considérable devra être déployé pour restaurer ce joyau montréalais, estime Michel Labrecque, le conservateur et chef de la recherche du Jardin botanique. Les serres, qui datent des années 1950, sont une partie cruciale du patrimoine du Jardin et tombent en désuétude, selon son conservateur. La station de phytotechnologies est un premier pas dans un virage qui se veut plus environnemental et plus écologique, et que le Jardin espère avoir les moyens d’étendre éventuellement à l’ensemble de sa superficie.