L’an dernier, 2,9 millions de ménages québécois ont jardiné. Et de toute évidence, ce nombre va continuer d’augmenter.

Publié le 9 mars 2021
Pierre Gingras
Pierre Gingras Collaboration spéciale

Christian Chartrand, de la maison W. H. Perron, le plus important et le plus connu des grainetiers au Québec, n’a jamais connu une telle effervescence. « Nos prévisions les plus optimistes sont dépassées. Nous nous attendions à une autre vague, c’est un tsunami qui nous frappe. On peine à répondre à la demande », admet-il.

L’entreprise a retardé son calendrier de livraison dès janvier et a dû cesser récemment de prendre des commandes jusqu’à nouvel ordre parce que les employés ne fournissent pas. Contrairement à d’autres, il s’estime chanceux de ne pas avoir de problèmes d’approvisionnement. « En 20 ans, je n’ai jamais rien vu de tel », insiste M. Chartrand. Plusieurs semenciers artisanaux vivent aussi le même phénomène.

Après avoir connu une année record en 2020, la prochaine saison horticole s’annonce encore plus prometteuse. Près de 3 millions de ménages ont cultivé plantes d’intérieur, fleurs et potagers en 2020, ce qui équivaut à un peu plus de 8 adresses municipales sur 10, une augmentation de 20 % par rapport à 2019.

Cet engouement remarquable est attribuable en grande partie aux nouveaux adeptes, mais aussi aux ménages qui sont revenus à leurs premières amours horticoles, indique une enquête menée par la firme de marketing et stratégie Marcom pour le compte de la Table filière de l’horticulture ornementale, un organisme de concertation regroupant l’ensemble de l’industrie horticole du Québec.

La pandémie a évidemment contribué à cet essor, mais le nombre de propriétaires de potagers et de plantes vertes d’intérieur ainsi que le jardinage étaient en croissance continue ces dernières années, précise Nathalie Deschênes, responsable de la Table filière.

Plusieurs propriétaires confient maintenant l’entretien de leur terrain à des firmes spécialisées notamment pour consacrer plus de temps à leur potager, fait-elle valoir.

Menée en août dernier, l’enquête montre aussi que bon nombre de ménages comptaient consacrer encore plus de temps au jardinage cette saison en dépit des conditions climatiques difficiles l’été dernier. Sécheresse et canicules ne semblent pas avoir découragé les adeptes à poursuivre cette activité. « Les amateurs de potagers se pardonnent volontiers leurs erreurs, ce qui est moins souvent le cas quand on cultive des plantes décoratives », souligne Mme Deschênes.

Une année historique pour l’industrie horticole

Avec le confinement, les déplacements limités, la fermeture des frontières et la promotion de l’achat local, la pandémie a favorisé l’industrie de l’horticulture québécoise, qui a atteint un chiffre d’affaires historique. Les clients ont été plus nombreux, ils ont jardiné davantage et dépensé plus. « Ce fut une année historique », dit Gaétan Chassé, président de Botanix, une enseigne regroupant 28 magasins. « On parle d’une hausse de l’ordre de 30 %, parfois plus. C’est considérable ! »

L’engouement s’est même poursuivi jusqu’à l’automne, où les bulbes à floraison printanière se sont tous envolés en un temps record, une première.

Les bonnes affaires semblent en voie de se poursuivre cette saison, indique M. Chassé. Un hic, les retards de matériaux importés en raison des problèmes de COVID-19 à l’étranger.

Les milléniaux amoureux des plantes vertes

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les plantes vertes d’intérieur effectuent un grand retour dans nos maisons.

Après avoir été délaissées durant des années, les plantes vertes d’intérieur effectuent un grand retour dans nos maisons. Et le phénomène n’est pas que québécois, il est planétaire, explique Gaétan Chassé. Au point, d’ailleurs, que les fournisseurs de la Floride, qui desservent le Québec, ne peuvent déjà plus combler la demande.

Les plantes vertes attirent particulièrement les milléniaux. Elles sont peu coûteuses et faciles d’entretien. « Pour certains, elles remplacent même le petit animal de compagnie et sont dorlotées », dit Nathalie Deschênes, de la Table filière de l’horticulture ornementale. Ce nouvel attrait pour le végétal est une bonne nouvelle, ajoute-t-elle. C’est un début. Viennent ensuite la culture des fines herbes, un plant de tomate et l’aménagement d’un potager si l’occasion se présente.