À la fin du mois de novembre, Bernard Lavallée, alias le nutritionniste urbain, a lancé le Coffret potager, un ensemble de huit variétés de semences ancestrales de fruits, de légumes et de fleurs cultivés à Montréal, ainsi qu’un guide de jardinage. Après seulement une semaine, toute sa production annuelle était vendue !

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

L’entrepreneur explique son succès par la récente prise de conscience de nombreux citoyens sur la capacité du Québec à suffire aux besoins alimentaires de sa population. « Ça a fait réfléchir les gens sur ce qu’ils peuvent faire à leur propre échelle, dit-il. Peut-être aussi que le fait d’avoir vu les épiceries manquer de certains produits a généré une petite crainte de manquer de nourriture chez des consommateurs habitués d’avoir accès à tout. »

Le confinement a également poussé bien des gens à jardiner davantage, et ce, sans avoir à se préoccuper des effets de leur absence pendant un voyage (pratiquement impossible). « Quand on fait un jardin et qu’on part durant quelques semaines en été, on sait qu’on doit trouver quelqu’un pour s’en occuper ou le laisser dépérir. Cette année, les gens sont beaucoup restés chez eux, alors le jardin n’était pas une contrainte. »

Il dit d’ailleurs avoir observé en 2020 une augmentation de 400 % des ventes de semences avec le confinement.

Succès surprise ?

Quand on lui fait part de notre surprise quant au succès de ses semences, alors que l’hiver frappe à notre porte, le principal intéressé rigole au bout du fil. « Il faut ne pas être jardinier pour s’étonner de ça, explique gentiment le nutritionniste urbain. Quand on tripe sur le jardinage, peu importe la saison, on a hâte de mettre nos mains dans la terre. Durant les Fêtes, on pense à des cadeaux pour jardiner. En février, mars et avril, on prépare nos semis. Je réfléchis toujours aux prochaines variétés que je veux cultiver. »

PHOTO KATYA KONIOUKHOVA

Bernard Lavallée

Depuis quatre ans, les semences ancestrales occupent tout spécialement ses pensées. En 2016, il a lancé un projet pilote en vendant des semences produites sans pesticides ni engrais de synthèse, et récoltées à la main par Lyne Bellemare, propriétaire de l’entreprise Terre promise, située à L’Île-Bizard. « On est capable de retracer la provenance de chaque variété et son historique. »

En privilégiant les variétés à pollinisation libre, il est possible de récupérer les semences chaque année et de les replanter, contrairement à celles provenant du système industriel. « Si on replante les variétés hybrides, ce n’est pas la même plante qui va repousser, ce qui encourage les consommateurs et les agriculteurs à en racheter chaque année. »

Un cadeau pour l’été prochain

Offert un mois avant Noël, son coffret potager comprenait entre autres des semences pour faire pousser du basilic Genovese, de la laitue Ibis et des courges Canada Crookneck. Une façon pour lui de contrecarrer la disparition graduelle des semences ancestrales. « Au cours du dernier siècle, on a perdu environ 90 % des variétés de fruits, de légumes et d’herbes que nos arrière-grands-parents cultivaient, parce qu’elles ne correspondaient pas aux critères du système agroalimentaire d’aujourd’hui : comme la capacité d’une tomate de supporter des milliers de kilomètres de déplacement. »

Il ajoute qu’on est en train d’abandonner un pan du patrimoine culinaire québécois et mondial. « On oublie des histoires, des saveurs et un bagage génétique qui aurait pu être utile pour combattre les changements climatiques. »

Bernard Lavallée s’intéresse également aux semences ancestrales dans l’espoir de rendre « cool » la consommation de fruits et de légumes. « En encourageant le jardinage de variétés ancestrales, je veux créer un lien émotif, pour que les gens soient capables de raconter d’où viennent les semences et qui les a cultivées en premier. En plus, quand on cultive nous mêmes un plant de tomates, en y faisant attention tout l’été, on a l’impression que ce sont les meilleures qu’on a mangées de notre vie ! C’est la même chose avec les enfants : ils sont bien plus enclins à manger des légumes qu’ils ont cultivés eux-mêmes ! »

Il est toujours possible d’acheter des livrets de semences individuels sur le site du Nutritionniste urbain.

> Consultez le site de Bernard Lavallée