Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter ses fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Plutôt que d’y voir des ennemis, apprenons à s’en faire des alliés, affirme Annie-Ève Gagnon, entomologiste au Centre de recherche et de développement de Saint-Jean-sur-Richelieu. Seul 1 % des insectes de la planète sont considérés comme étant ravageurs. Mais la totalité a son rôle à jouer dans la nature, que ce soit comme maillon de la chaîne alimentaire, comme agent de décomposition des matières organiques ou comme pollinisateur des fleurs qui deviendront nos fruits.

Prévenir plutôt qu’intervenir

Pour le ravageur friand d’une plante, une monoculture est un buffet à ciel ouvert. Et une fois confortablement établi, l’intrus est difficile à déloger. « L’agriculture conventionnelle se rabat sur les pesticides, mais il existe d’autres solutions, indique celle qui s’intéresse à la lutte biologique contre les insectes ravageurs dans les cultures maraîchères. La diversité végétale est la réponse à bien des problèmes de culture parce qu’elle attire une variété d’insectes. »

L’équilibre au jardin est atteint quand certains insectes ravageurs se trouvent confrontés à leurs prédateurs. Les petits jardins sont normalement diversifiés. Toutefois, si l’on ne met que de la laitue dans un coin du potager, les risques d’attirer les prédateurs qui s’y intéressent sont plus grands, précise Annie-Ève Gagnon. « En la répartissant à travers d’autres légumes ou des fleurs, on rend les odeurs plus floues pour les prédateurs qui auront plus de mal à les repérer. »

D’une année à l’autre, la spécialiste conseille de faire une rotation dans le potager pour combattre les maladies et les insectes nuisibles. Puisque certains insectes restent en dormance dans le sol, ils s’attaqueront aux cultures dont ils raffolent dès l’année suivante, si elles sont encore à leur portée. Une autre façon de prévenir d’éventuels dommages est de fournir un bon terreau aux plantes : plus en santé, elles seront moins vulnérables aux assauts de leurs envahisseurs.

Le dépistage : une action efficace

Plus tôt on détecte les parasites et moins on risque l’infestation. « C’est la clé pour intervenir à temps et ça ne prend que quelques minutes le matin. Observez vos plantes en prenant le temps de bien inspecter le dessous des feuilles. Plusieurs insectes peuvent être retirés à la main et leurs œufs ou larves, tout simplement écrasés », souligne Annie-Ève Gagnon en invitant cependant les jardiniers à faire preuve de plus de tolérance envers les insectes.

Il faut accepter de partager une partie de nos récoltes avec eux. Il s’agit toujours de trouver le seuil acceptable entre le respect de la biodiversité et le résultat de la récolte, explique-t-elle.

Obtenir une tomate sur cinq en moins bon état est peut-être un petit compromis à faire pour avoir des fruits et légumes de qualité qui poussent dans un environnement sain. Avec de bonnes pratiques, le jardin se bonifiera d’année en année, et trouvera graduellement son équilibre.

Annie-Ève Gagnon

Savoir reconnaître les visiteurs

Certains insectes nous sont d’une aide précieuse pour en vaincre d’autres. Souvent confondu avec la guêpe, le syrphe, par exemple, est un redoutable ennemi des pucerons. C’est aussi le cas des coccinelles, des carabes et des chrysopes. « Il faut connaître ses assaillants pour intervenir correctement. C’est le principe de base de la lutte intégrée, soutient l’entomologiste. S’initier aux populations d’insectes de son potager permet de différencier ceux qui nuisent de ceux qui sont bénéfiques. On peut alors cibler uniquement ceux qui créent des dommages. »

Conçue par le National Geographic, en collaboration avec l’Académie des sciences de Californie, iNaturalist pourrait bien devenir l’un de vos passe-temps préférés de l’été. L’application permet d’identifier insectes, flore et mammifères à partir d’une photo du spécimen. Elle générera ensuite des suggestions en fonction de votre emplacement. Chaque observation contribue à alimenter une banque de données partagée avec des scientifiques qui s’appliquent à mieux comprendre et protéger l’environnement.

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Vaincre les ennemis communs du potager

La limace

Elle aime les milieux humides et les jeunes plants, mais elle a un faible pour la laitue. Si elle répugne plusieurs jardiniers, elle ravit les oiseaux et les gros coléoptères qui en font leur gueuleton. « Déposez des planches de bois entre vos plants, suggère Annie-Ève Gagnon. Les limaces iront se réfugier dessous le jour et n’auront plus qu’à être récoltées le matin. On peut également déposer une couche de paillis entre les plants. La limace aura tendance à vouloir y rester. » Le paillis est par ailleurs un environnement favorable aux ennemis naturels de la limace.

PHOTO BERNARD DROUIN, FOURNIE PAR LE MAPAQ

Limace

La teigne du poireau

Les larves de ce petit papillon de nuit aiment l’ail, l’oignon, la ciboulette et d’autres plantes du genre Allium. La teigne du poireau pond sur le feuillage des végétaux où ses chenilles se développent et creusent des tunnels. La plante peut être suffisamment endommagée pour que le bulbe se développe moins bien. Comme les larves vivent cachées dans leurs galeries, on peut facilement les écraser ou couper le feuillage atteint.

PHOTO FOURNIE PAR LE LABORATOIRE D’EXPERTISE ET DE DIAGNOSTIC EN PHYTOPROTECTION-MAPAQ

Teigne du poireau au stade de chrysalide

La mineuse

Les dégâts de la mineuse se constatent rapidement sur les plants d’épinards, de betterave et de bette à carde. La larve de cette petite mouche noire, qui s’apparente à la mouche domestique, se nourrit en effet du feuillage qu’elle siphonne en ne laissant que l’épiderme. Supprimer les feuilles attaquées dès le début de l’infestation est un moyen d’éviter que le problème ne s’aggrave. Si toutes les feuilles sont atteintes, mieux vaut détruire le plant et ressemer.

PHOTO FOURNIE PAR LE LABORATOIRE D’EXPERTISE ET DE DIAGNOSTIC EN PHYTOPROTECTION-MAPAQ

Mineuse de la betterave

La chrysomèle rayée

Elle est la principale ennemie du concombre et autres cucurbitacées (melon, courge et courgette). Adulte, elle s’attaque aux pistils des fleurs et empêche leur pollinisation, réduisant ainsi à néant la production de fruits. Ses larves grignotent quant à elles les racines et les feuilles. La chrysomèle rayée est facile à reconnaître et donc à déloger manuellement. Le paillis permet également de ralentir la montée de ses larves vers les plants.

PHOTO FOURNIE PAR LE LABORATOIRE D’EXPERTISE ET DE DIAGNOSTIC EN PHYTOPROTECTION-MAPAQ

Chrysomèle rayée du concombre

La pyrale du maïs

Elle aime bien sûr le maïs, mais aussi les poivrons. La pyrale du maïs s’insère dans le fruit pour le vider de sa pulpe. « Un dépistage précoce des œufs évite une contamination de la récolte, mais le temps de dépistage est très court. En quelques jours, l’œuf devient une larve qui pénètre dans le fruit au bout d’une seule semaine », avise l’entomologiste Annie-Ève Gagnon en faisant ici appel à la tolérance. Le résultat est peu ragoûtant, mais une partie du fruit peut souvent être consommé.

PHOTO FOURNIE PAR LE LABORATOIRE D’EXPERTISE ET DIAGNOSTIC EN PHYTOPROTECTION-MAPAQ

Pyrale du maïs au stade larvaire

Le doryphore

Il est plutôt inoffensif, sauf pour les pommes de terre sur lesquelles il fait des dommages importants. Ce coléoptère peut défolier la plante au point de ne laisser parfois que la tige. Sans son feuillage, le tubercule ne peut croître. On peut l’attirer avec un morceau de pomme de terre déposé plus loin dans le jardin. « Comme c’est un insecte résidant, on en aura encore l’année suivante si on ne le contrôle pas, même en faisant une rotation de culture, prévient Mme Gagnon. Ça peut être une bonne idée, dans ce cas, de faire une pause de pomme de terre l’année suivante. »

PHOTO FOURNIE PAR LE LABORATOIRE D’EXPERTISE ET DIAGNOSTIC EN PHYTOPROTECTION-MAPAQ

Doryphore de la pomme de terre