Quand l’été revient, on trouve de nombreuses piscines hors terre d’occasion sur les sites de petites annonces, vendues pour une bouchée de pain ou carrément données. Devrait-on oser l’achat d’une piscine usagée ? On en discute avec des installateurs et des gens qui ont tenté le coup.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Isabelle Clément rêvait d’une piscine depuis toujours. « Je suis Européenne. Quand j’ai été élevée, c’était un grand luxe d’avoir une piscine », se souvient la Montréalaise, qui voulait installer ladite piscine à son chalet, en Mauricie. Son conjoint, lui, y voyait surtout une corvée supplémentaire.

Elle a donc sorti sa liste d’arguments, dont… le prix. Sa piscine, elle l’achèterait seconde main, comme presque tout ce qu’elle achète, d’ailleurs. « C’est un choix de vie », résume Isabelle Clément, qui est derrière le blogue De la ruelle au salon, spécialisé dans l’achat de meubles usagés rétro.

C’était en juin 2016. Isabelle en a facilement déniché une sur Kijiji pour 250 $. Au retour de l’été, de nombreuses personnes veulent se défaire de leur piscine hors terre parce qu’elles ne s’en servent plus, parce qu’elles veulent la changer pour une piscine creusée, ou encore parce qu’elles ont vendu leur maison à des acheteurs qui n’en veulent pas.

Quand Isabelle est allée chercher la sienne, le vendeur l’avait déjà démontée ; les murs de tôle étaient déjà roulés. Elle l’apprendrait plus tard, mais elle commettait alors une première erreur.

Il vaut mieux inspecter la piscine quand elle est pleine avant de l’acheter, dit d’emblée Pierre Bégin, propriétaire de Piscines Aquabec, qui installe des piscines neuves et d’occasion depuis 30 ans.

Je conseille à mes clients d’aller faire une inspection visuelle de la piscine dans la cour du vendeur alors qu’elle est pleine d’eau ou remplie aux trois quarts. Il faut vérifier la base du mur pour s’assurer qu’elle ne soit pas gondolée. C’est ce qui est le plus important.

Pierre Bégin, propriétaire de Piscines Aquabec

La piscine a beau n’avoir que deux ans, si le terrain a travaillé et que les murs en ont souffert, « on ne peut pas acheter ça », résume-t-il. Yves Baillargeon, copropriétaire de Piscines Paradise, refuse d’installer une piscine dont les murs sont rouillés. « C’est dangereux », dit-il.

Si le choix de la piscine est important, la préparation du terrain l’est tout autant. « Avant de mettre ta piscine, il faut que le terrain soit droit », explique M. Baillargeon. Il faut du sable et de la poussière de roche, mais aussi une détourbeuse (pour enlever le gazon), une plaque vibrante (pour compacter le tout) et un niveau laser (pour vérifier que tout est bien droit), dit-il.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L’équipe de Piscines Paradise installe une piscine hors terre d’occasion chez un client de Mascouche, le 29 avril.

Si le terrain n’est pas droit, « la piscine va être portée à travailler, explique Pierre Bégin. Ça peut aussi déborder au niveau de l’écumoire. Il va y avoir des problèmes avec la pompe, et ainsi de suite ». « La piscine, l’hiver, elle va en arracher un petit peu », résume Yves Baillargeon.

Bien s’informer

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les copropritéaires de Piscines Paradise, Carlos Dubois (à gauche) et Yves Baillargeon, s’assurent de bien niveler le sol avant d’installer la piscine de leur client.

Isabelle Clément pensait pouvoir se débrouiller seule. Elle s’est inspirée de vidéos sur YouTube pour préparer son terrain, avec du sable et un compacteur. Elle s’est entourée d’un homme à tout faire… qui ne connaissait finalement pas grand-chose non plus. Et pendant la nuit, alors que la piscine était à moitié montée, « elle s’est effondrée », résume Isabelle, qui a raconté sa mésaventure avec humour sur son blogue.

Frédéric Verdy, de Montréal, a eu plus de succès. Après avoir visionné plusieurs vidéos sur YouTube et trouvé une piscine de 12 pi à 200 $ sur Marketplace, l’été dernier, il l’a démontée et remontée dans sa cour avec son fils. Il calcule avoir mis une douzaine d’heures de travail au total. « Ce n’est pas vraiment compliqué, mais il faut que tu sois manuel », convient M. Verdy, qui confesse avoir dû « bizouner » pour certaines choses. Les vis, dit-il, étaient rouillées.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les installateurs de Piscines Paradise à l’œuvre, à Mascouche, le 29 avril.

Frédéric a même osé faire ce que les installateurs ne font pas : il a reposé l’ancienne toile au lieu d’en acheter une nouvelle. « Quand j’ai été chez Club Piscine pour acheter des pièces qui me manquaient, j’ai parlé de la toile au gars. Il m’a demandé : “Comment tu as fait ? Tu es patient en maudit.” Il m’a dit que quand ils installent une vieille piscine, ils mettent toujours une nouvelle toile. Une fois la toile installée, ils n’ont qu’à percer un trou à l’endroit où se trouve le drain de fond. »

Frédéric Verdy a dû s’y prendre à trois reprises pour aligner le trou et le drain de fond. La piscine a offert des beaux jours à la maisonnée l’été dernier, mais l’hiver a été dur : ce printemps, la piscine fuit. Il croit bien devoir poser une nouvelle toile (200 $ à 300 $ environ).

Juste après sa mésaventure, Isabelle Clément a trouvé une autre piscine hors terre d’occasion – gratuite, cette fois. Elle l’a bien inspectée avant de la démonter. Un installateur s’est chargé du reste. Et elle l’a enfin eue, sa piscine.

L’an dernier, après trois étés de bons et loyaux services, il a fallu payer un installateur pour la remettre à niveau. Isabelle soupçonne que la préparation initiale du terrain (qu’elle avait faite elle-même) ou encore l’emplacement de la piscine sont en cause.

PHOTO FOURNIE PAR ISABELLE CLÉMENT

Isabelle Clément et sa piscine hors terre seconde main, à son chalet en Mauricie.

« Si la piscine finit par lâcher, on va en chercher une autre, et elle sera aussi de seconde main, dit Isabelle Clément, qui souligne qu’elle aura déboursé moins de 2000 $ pour ses deux piscines — ce qui inclut le repas au resto pour se consoler de sa première mésaventure. « Maintenant, une piscine, on ne s’en passerait plus. On est super contents… et mon conjoint le premier. »

50 % moins cher

Si on la magasine bien, une piscine d’occasion peut facilement coûter la moitié du prix d’une piscine neuve, même lorsqu’elle est installée par un professionnel, note l’installateur Pierre Bégin. Ceux-ci demandent entre 700 $ et 1600 $ environ, nouvelle toile comprise. Certains incluent le démontage et le déménagement de la piscine, d’autres non. M. Bégin conseille à ses clients d’acheter un nouveau drain (environ 150 $). Si on installe la piscine soi-même, il faut tenir compte du prix de location de la machinerie, rappelle Yves Baillargeon, qui souligne qu’en faisant affaire avec un installateur ayant un numéro de licence, le client bénéficie aussi d’une garantie. Les installateurs peuvent aussi conseiller leurs clients dans le choix de leur piscine, dit-il.