Pour Kyiv, il n’est pas question d’entreprendre des négociations si cette condition n’est pas remplie

Publié le 25 mai
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Pas de négociation pour l’instant

Des pourparlers de paix entre l’Ukraine et la Russie ne pourront pas avoir lieu tant que l’armée russe occupera des territoires conquis au cours des trois derniers mois dans l’est de l’Ukraine. C’est ce qu’a affirmé mercredi le président Volodymyr Zelensky, qui s’exprimait par liaison vidéo au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. « C’est envisageable si la Russie montre au moins quelque chose. Quand je dis au moins quelque chose, je veux dire le retrait des troupes jusqu’où elles étaient avant le 24 février, le jour où l’invasion russe a commencé, a-t-il dit. Je pense que ce serait une mesure correcte à prendre pour la Russie. » Plus la guerre se poursuivra, plus le prix à payer sera élevé, non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour l’ensemble du monde libre, a ajouté M. Zelensky. « C’est pourquoi fournir des armes lourdes à l’Ukraine – des lance-roquettes, des chars et d’autres armes – est le meilleur investissement pour maintenir la stabilité. »

Les images du jour

  • Dimitry, membre de la Force de défense territoriales ukrainienne, embrasse sa petite amie Valentine avant de monter à bord d’un train depuis la gare de Kyiv pour aller combattre l’envahisseur russe.

    PHOTO EDGAR SU, REUTERS

    Dimitry, membre de la Force de défense territoriales ukrainienne, embrasse sa petite amie Valentine avant de monter à bord d’un train depuis la gare de Kyiv pour aller combattre l’envahisseur russe.

  • Vladimir Krayushkin allume une cigarette à côté d’un char russe détruit et qui se trouve dans sa cour, à Malaya Rohan’.

    PHOTO IVAN ALVARADO, REUTERS

    Vladimir Krayushkin allume une cigarette à côté d’un char russe détruit et qui se trouve dans sa cour, à Malaya Rohan’.

  • Des militaires russes inspectent les débris d’un antichar AT4 des forces armées ukrainiennes qu’ils ont détruit, près de la ville de Svitlodarsk.

    PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

    Des militaires russes inspectent les débris d’un antichar AT4 des forces armées ukrainiennes qu’ils ont détruit, près de la ville de Svitlodarsk.

  • Les militaires russes poursuivent le bombardement de Donetsk, première ville industrielle et premier centre économique de l’Ukraine.

    PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

    Les militaires russes poursuivent le bombardement de Donetsk, première ville industrielle et premier centre économique de l’Ukraine.

  • Une maison détruite lors d’un bombardement russe, à Kramatorsk

    PHOTO ANDRIY ANDRIYENKO, ASSOCIATED PRESS

    Une maison détruite lors d’un bombardement russe, à Kramatorsk

  • Les forces russes bombardent Kramatorsk depuis deux semaines et sont aux portes de la ville.

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    Les forces russes bombardent Kramatorsk depuis deux semaines et sont aux portes de la ville.

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Nouveaux assauts dans l’Est

Les forces russes ont lancé de nouveaux assauts contre des villes de l’est de l’Ukraine, notamment Sievierodonetsk, qui risque plus que jamais d’être encerclé. Aurélie Campana, professeure au département de science politique de l’Université Laval, note que la Russie a une force de frappe bien supérieure à celle de l’Ukraine dans cette région. « La Russie est en train d’avancer, elle a une grande profondeur. En terrain découvert, elle a une supériorité, malgré la livraison des armes occidentales en Ukraine. Vladimir Poutine va tenter de consolider son emprise sur les territoires qu’il a conquis, mais je crois que l’Ukraine n’acceptera pas ça, parce que les Ukrainiens eux-mêmes ne l’accepteraient pas. Les Ukrainiens sont plus unis que jamais contre cette idée, et si le gouvernement ukrainien menait un référendum sur un accord négocié qui céderait ces territoires, il y a fort à parier que ça ne passerait pas. »

Vladimir Poutine rend visite à des soldats à l’hôpital

Pour la première fois depuis le début du conflit, Vladimir Poutine a rendu visite à des soldats russes à l’hôpital. La visite s’est déroulée à Moscou, et non près des zones de guerre, et les deux soldats rencontrés par M. Poutine n’avaient pas l’air sérieusement blessés : tout sourire, ils se tenaient debout sur leurs deux jambes, apparemment sans effort. Yakov M. Rabkin, professeur émérite au département d’histoire de l’Université de Montréal, souligne que M. Poutine parle normalement beaucoup plus d’économie que de l’invasion de l’Ukraine lorsqu’il apparaît dans les médias d’État. « À la télé russe, M. Poutine parle du réajustement de l’économie dans le contexte des sanctions, du remplacement des importations d’avions civils, de mesures compensatoires. Mais de la guerre, il n’en parle pas beaucoup », note M. Rabkin. Selon un rapport dévoilé lundi par le ministère de la Défense du Royaume-Uni, jusqu’à 15 000 soldats russes sont morts depuis le début de l’invasion, le 24 février, alors que des dizaines de milliers d’autres ont été blessés.

Passeports russes en Ukraine occupée

Vladimir Poutine a signé mercredi un décret permettant aux citoyens ukrainiens des régions occupées d’obtenir plus facilement un passeport russe, une mesure qui s’applique aux habitants des régions ukrainiennes de Kherson et de Zaporijjia, contrôlées par les soldats russes. Cela montre la volonté de la Russie d’intégrer ces territoires, mais la question est de savoir jusqu’où elle compte aller, note Aurélie Campana. « Si M. Poutine s’arrêtait là, ce serait un conflit gelé. Mais cela permettrait éventuellement à la Russie, bien plus tard, de relancer un conflit pour conquérir Kyiv. Donc l’État ukrainien n’évoluerait pas dans la sérénité ; au contraire, il serait obligé de s’armer de façon importante, et traverserait une zone d’incertitude et d’instabilité assez forte. »

Slovaquie : « Nous sommes les prochains »

PHOTO ARND WIEGMANN, REUTERS

Eduard Heger, premier ministre de la Slovaquie

« Si l’Ukraine devait tomber, la Slovaquie serait la prochaine. [Les Ukrainiens] doivent gagner. » Ce sont les propos sans détour tenus mercredi par Eduard Heger, premier ministre de la Slovaquie, de passage au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. M. Heger a accusé l’Union européenne d’avoir pendant deux décennies cherché à former des partenariats avec Vladimir Poutine en ignorant son bilan au sujet des droits de la personne et de l’invasion d’États voisins. « Pendant trop longtemps, nous avons renoncé à nos valeurs pour du gaz et du pétrole bon marché, a dit M. Heger. Ces compromis avec M. Poutine ont causé une guerre en Ukraine. Une guerre agressive, qui tue des citoyens. Les Ukrainiens se battent et saignent aujourd’hui pour nos valeurs, pour que nous n’ayons pas à le faire. » Près de 300 000 Ukrainiens sont actuellement réfugiés en Slovaquie.

Ce qu’il faut savoir

  • Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a accusé l’OTAN de « ne rien faire » face à l’invasion de son pays par la Russie.
  • Au moins 56 écoles ukrainiennes ont été détruites ou endommagées par la Russie depuis février, selon l’Associated Press, ce qui pourrait constituer un crime de guerre.
  • Le Parlement russe a voté mercredi la suppression de la limite d’âge supérieure pour s’enrôler comme soldat dans l’armée, auparavant fixée à 40 ans.