(Kyiv) L’offensive russe dans le Donbass s’est intensifiée lundi et a fait 10 morts à Severodonetsk, un important centre administratif encore sous le contrôle de Kyiv, tandis que la Russie a averti qu’elle réagirait à des déploiements d’« infrastructures militaires » de l’OTAN en Finlande et en Suède, candidates à une entrée dans l’Alliance atlantique.  

Mis à jour le 16 mai
David STOUT avec Dmitry ZAKS à Lyssytchansk et Elias HUUHTANEN à Helsinki Agence France-Presse

Ce que vous devez savoir

  • Trêve à Azovstal pour évacuer les blessés ukrainiens, selon Moscou ;
  • La Suède va demander son adhésion à l’OTAN ;
  • Le conseiller présidentiel ukrainien Oleksiï Arestovich a assuré que les Russes transféraient des troupes de la région de Kharkiv à celle de Louhansk ;
  • Les Ukrainiens ont repoussé les troupes russes et repris le contrôle d’une partie de la frontière dans la région de Kharkiv, selon Kyiv ;
  • La ville de Mykolaïv a été la cible d’une série de frappes de missiles qui ont fait deux morts, selon la présidence ukrainienne ;
  • L’Ukraine a vu plus de six millions des siens fuir son territoire ;
  • Les usines russes de Renault passent aux mains de Moscou ;
  • McDonald’s quitte la Russie, après une présence de plus de 30 ans.

À Bruxelles, l’UE a tenté quant à elle de s’entendre sur un arrêt des achats de pétrole russe, refusé par la Hongrie, arguant du poids financier qu’une telle mesure ferait peser sur elle.

À Severodonetsk, une ville devenue importante pour les Ukrainiens depuis que des forces séparatistes soutenues par Moscou se sont emparées d’une partie du Donbass (est de l’Ukraine) en 2014, « au moins 10 personnes ont été tuées » dans des bombardements russes, a annoncé lundi le gouverneur de la région.

Cette cité est quasiment encerclée par les forces de Moscou.

Dans un précédent message lundi, Serguiï Gaïdaï avait fait état de frappes d’artillerie sur Severodonetsk et sur sa ville jumelle de Lyssytchank, ayant provoqué des incendies dans des quartiers d’habitation.

« Severodonetsk a subi des frappes très puissantes », a-t-il ajouté, accompagnant son message de photographies des destructions.

PHOTO SERGEY BOBOK, AGENCE FRANCE-PRESSE

« On se prépare à de nouvelles tentatives de la Russie d’attaquer dans le Donbass », pour « intensifier son mouvement vers le sud de l’Ukraine », a indiqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une vidéo dimanche soir.  

Malgré les appels des autorités ukrainiennes à évacuer Lyssytchansk, qui n’est séparée de Severodonetsk que par un cours d’eau, le Siversky Donets, et qui est régulièrement bombardée, plus de 20 000 civils – contre 100 000 habitants avant la guerre – sont restés, selon des volontaires qui distribuent de l’aide dans la région.  

« Je pense que les gens ne saisissent pas entièrement la situation », a déploré Viktor Levtchenko, un policier tentant de les convaincre d’évacuer. « Nous devons esquiver les bombardements et traverser des zones très dangereuses pour arriver jusqu’à eux, les nourrir et essayer de les évacuer ».

Pavlo Kyrylenko, le gouverneur de la région voisine de Donetsk, a de son côté annoncé que neuf civils avaient été tués lundi et 16 blessés dans sa région.

Soldats russes « expulsés »

Dans le nord-est, les Ukrainiens ont repris le contrôle d’une partie de la frontière dans la région de Kharkiv, selon Kyiv.

Diffusant sur son compte Facebook une vidéo montrant des soldats ukrainiens devant un poteau-frontière peint aux couleurs de l’Ukraine, jaune et bleu, le ministère de la Défense s’est félicité lundi que ses forces aient « expulsé les Russes ».  

Les Russes ont bombardé des semaines durant des quartiers nord et est de Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, à partir de localités récemment reprises par les Ukrainiens.

Photo SERGEY BOBOK, Agence France-Presse

Des policiers ukrainiens documentent la destruction de l’un des plus grands marchés de vêtements d’Europe « Barabashovo », à Kharkiv.

L’armée russe a néanmoins affirmé avoir, dans la nuit de samedi à dimanche, tiré des « missiles de haute précision » sur des « points de commandement » ukrainiens dans cette région, notamment à Tsapivka, ainsi que sur des dépôts d’armement dans les régions de Donetsk et de Louhansk (est), qui forment le Donbass.

Les autorités ukrainiennes s’attendent désormais à ce que les unités désengagées de la région de Kharkiv aillent renforcer les troupes russes dans le Donbass, où elles ne progressent que laborieusement, selon Oleksiï Arestovytch, un conseiller de la présidence ukrainienne.    

« On se prépare à de nouvelles tentatives de la Russie d’attaquer dans le Donbass », pour « intensifier son mouvement vers le sud de l’Ukraine », avait déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky dimanche.

Plusieurs responsables occidentaux, notamment les services de renseignement militaire britanniques, ont souligné ces derniers jours que l’offensive russe dans l’est de l’Ukraine n’avait permis ces derniers temps aucun gain territorial substantiel.

À Marioupol, une grande ville dévastée par les bombes du sud du Donbass, plus de 260 combattants ukrainiens ont été évacués lundi de l’aciérie Azovstal, dernier bastion de résistance ukrainienne dans ce port stratégique, a annoncé la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Malyar.

Quelque « 53 blessés graves ont été évacués d’Azovstal vers Novoazovsk pour assistance médicale et 211 autres ont été transportés à Olenivka par un couloir humanitaire », a-t-elle déclaré.  

Ces localités sont situées en territoire contrôlé par les forces russes et prorusses dans l’est de l’Ukraine, mais Ganna Malyar a précisé que les combattants devaient être à l’avenir rapatriés en territoire contrôlé par l’Ukraine, « dans le cadre d’une procédure d’échange ».

« Pas une menace immédiate »

PHOTO HENRIK MONTGOMERY/TT, ASSOCIATED PRESS

La première ministre de la Suède, Magdalena Andersson.

Le Kremlin multiplie depuis la semaine dernière les avertissements sur un autre front, celui de l’élargissement probable de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à la Finlande et la Suède, deux pays que l’invasion russe de l’Ukraine, déclenchée le 24 février, a poussés à renoncer à des décennies de non-alignement militaire.

Le président russe Vladimir Poutine a estimé lundi que ces adhésions ne constituaient pas « une menace immédiate ». Mais, a-t-il poursuivi, « le déploiement d’infrastructures militaires sur les territoires de ces pays entraînera bien sûr une réponse ».  

La Russie avait en particulier expliqué son attaque en Ukraine par le rapprochement de son voisin occidental avec l’OTAN, estimant que cela constituait une menace « existentielle » pour sa sécurité.  

Avec l’entrée probable de la Finlande dans l’OTAN, c’est 1300 km de frontières terrestres supplémentaires que la Russie partagera avec l’Alliance atlantique.

Après la Finlande la veille, la Suède a à son tour annoncé lundi qu’elle allait demander son adhésion à l’OTAN, après une consultation de son Parlement.

Ces candidatures prouvent qu’« une agression ne paie pas », a jugé le secrétaire général de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

Il s’est aussi dit « confiant » dans la possibilité pour les États de l’Alliance de trouver un compromis avec la Turquie, dont le président Recep Tayyip Erdogan a martelé lundi qu’elle ne « céderait pas » quant à son refus de voir la Finlande et la Suède entrer dans l’OTAN. Ankara leur reproche de faire preuve de mansuétude envers les rebelles kurdes du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) considéré comme organisation terroriste.

Lundi soir, la France assurait qu’elle « se tiendrait aux côtés » des deux pays en cas d’agression, tandis que Londres appelait à ce qu’ils soient intégrés à l’OTAN « dès que possible ».

Facture de 15 à 18 millions d’euros

Après une visite en Allemagne où il s’est félicité de l’évolution de la position de Berlin, désormais prêt à livrer des armes lourdes à Kyiv, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba était lundi à Bruxelles, pour discuter, entre autres, de nouvelles sanctions contre la Russie.

Ses homologues de l’UE y sont réunis pour tenter de débloquer un projet d’embargo sur les importations de pétrole russe, refusé par la Hongrie qui en est très dépendante – au grand dam des États membres les plus proches de Kyiv.

« Toute l’Union est malheureusement prise en otage par un État membre qui ne peut pas nous aider à trouver un consensus », a déploré le chef de la diplomatie lituanienne, Gabrielius Landsbergis.

Pour le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto, « les Hongrois attendent légitimement une proposition de solution pour financer les investissements (de nouvelles infrastructures) et compenser des hausses de prix, un coût global de l’ordre de 15-18 milliards d’euros ».

Au terme de la réunion, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a concédé que finaliser le 6e paquet de sanctions « prendra du temps ». Un sommet européen extraordinaire est prévu les 30 et 31 mai.

En attendant, les effets de sanctions inédites déjà prises par les Occidentaux se font de plus en plus ressentir sur l’économie européenne.

La Commission européenne a annoncé lundi avoir abaissé d’1,3 point ses prévisions de croissance économique pour la zone euro en 2022, à 2,7 %.

Les sanctions ont poussé le groupe automobile français Renault, leader en Russie – il y possédait la marque Lada –, à vendre ses actifs à l’État russe, première nationalisation d’ampleur depuis le début de l’offensive russe en Ukraine.

Lundi également, le géant américain de la restauration rapide McDonald’s, présent en Russie depuis plus de 30 ans mais qui avait provisoirement fermé ses 850 restaurants début mars, a annoncé se retirer définitivement de ce pays.