(New York) Deux journalistes, un caméraman irlandais de Fox News et une Ukrainienne qui l’accompagnait, ont été tués lundi près de Kyiv dans une attaque qui a également fait un blessé parmi l’équipe de la chaîne de télévision américaine, celle-ci évoquant un « jour déchirant » pour les journalistes couvrant la guerre en Ukraine.

Mis à jour le 15 mars
Agence France-Presse

Pierre Zakrzewski « a été tué à Horenka, près de Kyiv », a indiqué mardi dans un communiqué la PDG de Fox News Media, Suzanne Scott, ajoutant qu’il était lundi avec le reporter Benjamin Hall « quand leur véhicule a été la cible de tirs ».

Selon des médias locaux et des organisations de défense de la presse, la journaliste ukrainienne Oleksandra Kuvshinova, qui les accompagnait, a également été tuée.

La veille, Fox News avait annoncé que Benjamin Hall, un Britannique qui couvre habituellement le département d’État, avait été blessé dans cette attaque et hospitalisé. La chaîne n’avait pas mentionné d’autres victimes.

Basé à Londres, Pierre Zakrzewski était un habitué des théâtres de guerre – Irak, Afghanistan, Syrie – et se trouvait en Ukraine depuis le mois de février.  

Il avait été récompensé en décembre par Fox News, notamment pour avoir « joué un rôle clé dans l’évacuation de nos pigistes afghans et de leurs familles après le retrait américain » du pays, a souligné Mme Scott.

Pierre Zakrzewski « risque sa vie dans les zones de conflits pour faire des reportages pour Fox News. Il produit, édite et filme sans repos et sous une pression immense », avait à l’époque expliqué la chaîne, saluant ses « connaissances inestimables » et son « éthique de travail impeccable ».

« Guerre immorale »

Le premier ministre irlandais Micheal Martin s’est dit « profondément choqué et triste par la mort du citoyen et journaliste irlandais Pierre Zakrzewski », dans un message sur Twitter.

Il a également condamné « cette guerre aveugle et immorale de la Russie contre l’Ukraine ».

Sur Twitter, Reporters Sans Frontières a appelé les belligérants à « ne pas faire des journalistes des cibles de guerre ».

La directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a condamné mardi « le meurtre » en Ukraine des deux journalistes, en soulignant que les médias « ne devraient jamais être pris pour cible ».

L’International Press Institute, organisation de défense de la liberté de la presse basée à Vienne, a demandé aux « forces militaires de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer la sécurité des journalistes ».

Ceux-ci sont « considérés comme des civils au regard des lois humanitaires internationales », a souligné l’IPI dans un communiqué.

« C’est un jour déchirant pour Fox News Media et pour tous les journalistes risquant leur vie pour informer », a regretté mardi Suzanne Scott, précisant que Benjamin Hall restait hospitalisé en Ukraine.

Il a été blessé aux jambes par des éclats d’obus et placé en soins intensifs, selon la procureure générale ukrainienne, Irina Venediktova.

Pierre Zakrzewski est le cinquième journaliste, et le deuxième étranger, tué depuis le début de l’invasion russe en Ukraine le 24 février.

L’Américain Brent Renaud a été tué par balle dimanche dans la banlieue nord-ouest de Kyiv. Avant Oleksandra Kuvshinova, le journaliste ukrainien Evgueni Sakoun a été tué dans le bombardement de la tour de télévision à Kyiv et son confrère Viktor Doudar a péri pendant des combats près de Mykolaïv (sud), selon les autorités ukrainiennes qui ont aussi dénombré plus de 30 blessés parmi les membres de la presse couvrant le conflit.

Au moins 636 civils ont été tués en Ukraine, d’après le dernier décompte de l’ONU, qui souligne que ses bilans sont probablement très inférieurs à la réalité.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a évoqué mardi un bilan de 97 enfants tués dans un discours devant le parlement canadien.

Au moins 3 millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de l’invasion, a par ailleurs indiqué mardi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Genève.