Des soldats ukrainiens estiment néanmoins que les envahisseurs russes sont démoralisés

Publié le 14 mars
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Pendant que les forces russes intensifient leurs attaques dans l’ouest de l’Ukraine, la capitale, Kyiv, est de plus en plus cernée et la ville portuaire de Marioupol, dans le sud-est du pays, est toujours assiégée. Les combats y auraient fait plus de 2100 victimes, selon la mairie.

À Kyiv, seules les routes vers le sud restent dégagées et l’aéroport avoisinant de Vassylkiv a été détruit.

« Kyiv. Une ville en état de siège », a écrit sur Twitter un conseiller du président ukrainien, tandis que les résidants faisaient des provisions de vivres et de médicaments et que les autorités installaient des barricades.

Vladimir Poutine est frustré par le fait que ses forces ne progressent pas comme il pensait dans les grandes villes, y compris Kyiv. [...] Il se déchaîne et […] essaie de causer des dommages dans chaque partie du pays.

Jake Sullivan, conseiller américain à la Sécurité nationale, sur CNN

L’armée ukrainienne résiste toujours à l’est et à l’ouest de la capitale, selon des journalistes de l’Agence France-Presse sur place.

Des soldats ukrainiens ont estimé que les envahisseurs étaient démoralisés. « Ils doivent camper dans des villages par -10 °C la nuit. Ils manquent de provisions et doivent piller les maisons », s’est réjoui un soldat de 27 ans, Ilya Berezenko.

Journaliste tué

Dans les faubourgs de Kyiv, à Irpin, un journaliste américain, Brent Renaud, a été tué dimanche par balles, et un autre a été blessé. Ils circulaient en voiture avec un civil ukrainien, également blessé, a précisé Danylo Shapovalov, médecin qui a pris en charge les victimes.

Brent Renaud, photographe et réalisateur indépendant de 50 ans, est le premier journaliste étranger tué depuis le début de la guerre. Un journaliste ukrainien est mort dans le bombardement russe de la tour de télévision de Kyiv.

PHOTO CHARLES SYKES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Brent Renaud

Les autorités ukrainiennes ont rapidement accusé leurs ennemis russes d’avoir tiré sur les journalistes américains, mais l’origine des tirs restait difficile à établir.

À Marioupol, la situation demeure critique.

« Les occupants frappent cyniquement et délibérément des bâtiments résidentiels, des zones densément peuplées, détruisent des hôpitaux pour enfants et des infrastructures urbaines », a dénoncé la mairie de cette cité stratégique située entre la Crimée et le Donbass. « En 24 heures, nous avons connu 22 bombardements d’une ville paisible. Environ 100 bombes ont déjà été larguées sur Marioupol », a dit le maire.

La Croix-Rouge craint un « scénario du pire »

Faute d’un accord humanitaire urgent, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis en garde dimanche contre « un scénario du pire » à Marioupol. Des centaines de milliers de résidants de la ville font face à des pénuries de denrées de première nécessité, comme de la nourriture, de l’eau et des médicaments, a prévenu le CICR.

Selon l’organisation, les corps de civils et de soldats tués demeurent là où ils tombent.

« L’histoire jugera avec horreur ce qui est en train de se passer dans cette ville si aucun accord n’est trouvé le plus vite possible entre les parties », insiste le CICR.

Plusieurs agences de l’ONU ont exigé dimanche l’arrêt des attaques contre les personnels et les infrastructures de santé en Ukraine, actes « d’une cruauté inadmissible ».

Selon l’UNICEF, « 31 attaques contre les soins de santé ont été documentées », faisant « au moins 12 morts et 34 blessés ».

Plusieurs tentatives d’acheminer de l’aide humanitaire ont échoué : un nouveau convoi accompagné par des prêtres orthodoxes avec 100 tonnes d’eau, de nourriture et de médicaments a fait demi-tour dimanche après-midi à cause des tirs russes incessants. Une nouvelle tentative était prévue pour ce lundi.

Le pape a exhorté dimanche à la fin des combats, qualifiant Marioupol de « ville martyre dans la guerre atroce qui est en train de dévaster l’Ukraine ».

Moscou reconnaît que la situation « dans certaines villes » a pris des « proportions catastrophiques », selon les mots du général Mikhaïl Mizintsev, cité samedi par les agences de presse russes. Mais le militaire a accusé les « nationalistes » ukrainiens de miner les zones résidentielles et de détruire des infrastructures.

Plus difficile que prévu pour la Russie

Les autorités ukrainiennes ont fait savoir que les Russes ont donné leur accord à l’ouverture, dimanche, de 10 corridors humanitaires, notamment à partir de Marioupol. Mais de telles promesses faites par le passé ont déjà échoué, et il n’y avait aucune confirmation, tard dimanche, que ces couloirs d’évacuation étaient vraiment en place.

Depuis le début de l’invasion, il y a plus de deux semaines, l’avancée des forces russes semble plus difficile que prévu, devant une résistance inattendue, soutenue par des armes livrées par l’Occident. L’armée russe fait le siège de plusieurs villes et les pilonne de tirs.

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

Monastère de la région de Donetsk pilonné par les Russes

Des frappes sur un grand monastère de la région de Donetsk ont fait, dans la nuit de samedi à dimanche, une trentaine de blessés, selon les Ukrainiens.

Dans le Sud, au moins 11 personnes ont été tuées dans des attaques russes sur la ville portuaire de Mykolaïv, près d’Odessa, selon les Ukrainiens.

Selon le chef de la police de Popasna, ville située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Louhansk, les Russes ont utilisé des bombes au phosphore sur sa localité. Cette information était invérifiable dans l’immédiat.

Les Russes semblent être passés des munitions de précision vers des armes moins précises, qui causent des dommages collatéraux importants. C’est certain qu’on a affaire à une guerre sale qui cible les civils.

Michel Fortmann, professeur à l’Université de Montréal et spécialiste de la sécurité internationale entre grandes puissances

Selon M. Fortmann, les forces russes risquent toutefois d’être très prudentes dans leurs bombardements près de la Pologne. « Les Russes savent très bien qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir, et cette ligne, c’est une attaque contre un pays de l’OTAN, dit-il. Cela signifierait que l’OTAN serait obligée de s’engager collectivement. »

« Progrès » dans les discussions

Dans ce contexte, un négociateur russe a pourtant fait état de « progrès significatifs » dans les pourparlers avec l’Ukraine, qui reprendront ce lundi.

« Mon attente personnelle est que ces progrès aboutissent très prochainement à une position commune entre les deux délégations et à des documents à signer », a ajouté Léonid Sloutski, cité par les agences de presse russes.

Du côté ukrainien, Mykhaïlo Podoliak, l’un des conseillers du président Volodymyr Zelensky, a indiqué sur Twitter que Moscou avait cessé de lancer « des ultimatums » à Kyiv et commencé à « écouter attentivement [ses] propositions ».

De leur côté, de hauts responsables américains et chinois doivent se rencontrer ce lundi à Rome, a annoncé la Maison-Blanche, qui s’inquiète d’une possible assistance de Pékin à Moscou, visé par les sanctions occidentales.

Avec l’Agence France-Presse et l’Associated Press