(Paris) Le directeur général de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) qui préside également le réseau des autorités de sûreté nucléaire d’Europe de l’Ouest (Wenra), s’inquiète de la « fragilisation » de la sûreté nucléaire dans l’Ukraine en guerre.

Publié le 13 mars
Agence France-Presse

« La première question me paraît être la fragilisation de la sûreté, que ce soit à cause des coupures d’alimentation électrique ou à cause des difficultés éprouvées par les personnels pour exercer leur mission », estime Olivier Gupta dans un entretien au quotidien économique français Les Échos daté de lundi.

Des lignes électriques importantes permettant d’assurer une capacité de refroidissement constante sont « détériorées » et la chaîne logistique pour l’arrivée des pièces de rechange sur les sites nucléaires ukrainiens, est « fragilisée », constate-t-il après des réunions d’experts sur le sujet.

À la centrale ukrainienne de Zaporojie, bombardée le 4 mars par les Russes qui l’occupent depuis, « deux lignes » électriques sur quatre « sont toujours fonctionnelles », mais la communication « entre la centrale et l’extérieur est devenue difficile » ajoute M. Gupta.

Pour celle de Tchernobyl, « nous avons conclu qu’il n’y aurait pas de risques significatifs de rejets dans l’environnement » en cas de perte d’alimentation électrique sur une durée longue, a-t-il ajouté.

Mais, « à Tchernobyl, il n’y a plus ni téléphone fixe, ni téléphone mobile et l’Autorité de Sûreté ukrainienne n’a pas reçu de courriel depuis 24 heures », a déploré le responsable.

À Kharkiv, il a été prévenu de « dommages sur un centre de recherche qui héberge un réacteur piloté par une source de neutrons » : « Il y a eu des dégâts sur certains bâtiments, mais à notre connaissance, les matières nucléaires n’ont pas été touchées », a-t-il dit.

Selon lui, « en cas d’accident très grave » dans une des centrales ukrainiennes, mais sans dommage sur le bâtiment réacteur, il pourrait « être nécessaire d’évacuer la population dans un rayon de 5 kilomètres et de mettre à l’abri celle résidant dans un rayon de 20 kilomètres ».

En revanche, si une enceinte de confinement de réacteur devait être touchée, « on devrait élargir les zones à respectivement » 20 kilomètres et 100 kilomètres, selon lui.

M. Gupta se veut rassurant à l’égard de certains Français inquiets qui cherchent à se procurer des pastilles d’iode par crainte d’une fuite radioactive venant de l’Ukraine en guerre.

« Si un accident sévère se produisait en Ukraine, les seuils nécessitant une prise d’iode ne seraient pas atteints en France compte tenu de la distance “dit-il en n’excluant pas toutefois des” restrictions de consommation de denrées alimentaires au-delà de l’Ukraine “dans ce cas.

Selon lui, « on ne peut pas dire que les réacteurs ukrainiens sont significativement moins sûrs que les Occidentaux ». De même conception que les réacteurs français à eau sous pression, ils ont subi des « stress tests » après l’accident de Fukushima. « Des travaux d’amélioration ont aussi été réalisés », dit M. Gupta.