De l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, Kiev, capitale de l’Ukraine, a été la cible de nombreuses attaques de l’envahisseur russe, visiblement pressé de mettre à genoux le président Volodymyr Zelensky et son gouvernement.

Publié le 26 février
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Les observations des médias et des agences de presse font état d’attaques provenant de plusieurs côtés pour prendre en étau la capitale, sise dans le centre nord du pays, à environ 170 kilomètres au sud de la frontière avec la Biélorussie, pays allié de la Russie d’où a commencé une partie de l’invasion.

« Après une phase initiale de frappes sur l’ensemble du pays visant à conquérir la supériorité aérienne et à paralyser les centres de commandement adverses, les troupes russes déployées au sol avancent désormais sur plusieurs axes de pénétration du nord, de l’est et du sud de l’Ukraine. Mais l’effort militaire principal se porte sur Kiev, où de premiers combats ont éclaté », indiquait-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

PHOTO EMILIO MORENATTI, ASSOCIATED PRESS

Des soldats ukrainiens ont pris position sous un pont pendant un échange de tirs avec les troupes russes, à Kiev, vendredi.

« L’effort principal est clairement en direction de Kiev, selon la méthode de l’“attaque à grande vitesse” », a indiqué le colonel et historien militaire Michel Goya sur sa page Twitter.

« À mon avis, la plus grosse offensive vient par le sud-est, où des forces russes ont débarqué à l’ouest de Marioupol. Leur but est de créer un corridor stratégique entre la Crimée déjà occupée et les prétendues républiques séparatistes de Lougansk et de Donetsk », nuance Lubomyr Luciuk, professeur au département de science politique du Collège militaire royal du Canada, à Kingston.

PHOTO SERGEI SUPINSKY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les corps de militaires russes gisent à l’intérieur et à côté d’un véhicule après qu’ils aient été abattus lors d’une escarmouche à Kiev, vendredi, selon le personnel des services ukrainiens sur place.

Ce dernier indique que si Kiev tombe rapidement, cela aura l’effet d’un coup de masse sur le moral des Ukrainiens. Mais on n’en est pas encore là. « La résistance des Ukrainiens est bien plus importante que ce que l’on croyait », fait observer M. Luciuk, qui a des origines ukrainiennes. « C’est une grande surprise pour tout le monde. Les Russes pourraient mettre du temps à atteindre leurs objectifs. »

À l’aube, les faubourgs

Selon The Guardian, les forces russes ont commencé à attaquer les faubourgs de Kiev dès l’aube, vendredi, principalement sur les flancs est et nord-est.

Le ministère de la Défense de la Russie a indiqué en cours de journée que des troupes avaient réussi à prendre le contrôle de l’aéroport stratégique de Gostomel (Hostomel), affirmation contestée par les Ukrainiens.

Ailleurs, on rapporte des tirs à proximité de ponts enjambant le fleuve Dniepr, qui divise la ville en deux parties. Quelque 200 soldats ont pris position sur l’un d’eux et autour.

Des tirs et des explosions ont été entendus dans plusieurs secteurs de la ville, et ce, jusqu’en soirée. Selon l’Associated Press, un bruit d’explosion a été entendu autour de 20 h, heure locale (13 h à Montréal), près de la place de l’Indépendance.

À peu près au même moment, la journaliste d’origine acadienne et correspondante de BBC à Kiev Lyse Doucet écrivait « Incoming missiles » sur son fil Twitter.

Stratégie politique ?

Parallèlement aux attaques, le président de la Russie, Vladimir Poutine, menait l’assaut sur le front politique en incitant les soldats ukrainiens à renverser le président Zelensky et à entamer des pourparlers avec lui. Surprenant ?

« Pas vraiment », répond Étienne Schmitt, professeur adjoint au département de science politique de l’Université Concordia et spécialiste des politiques européennes. « Dans nos sociétés occidentales, mis à part l’assaut du Capitole, il n’y a pas de violences politiques. Alors que, dans la tradition russe, cette violence politique existe. Des opposants politiques sont allés en prison [Alexeï Navalny en est le plus récent exemple]. Je ne suis donc pas surpris de voir Vladimir Poutine s’adresser directement à l’armée ukrainienne pour déloger le président actuel. »

Que feront les civils ukrainiens ?

Le président Zelensky a de son côté incité la population à participer à la contre-attaque en rapportant les mouvements des troupes russes, voire à leur lancer des cocktails Molotov.

Selon Lubomyr Luciuk, cette résistance a déjà commencé. « J’ai parlé à l’une de mes amies qui vit à Kiev avec son mari et, depuis deux mois, ils s’entraînent chaque fin de semaine à la défense territoriale », dit-il.

Si les Russes tentent d’imposer une occupation de l’Ukraine, ils vont rencontrer une résistance infernale ! Rappelez-vous qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’insurrection antisoviétique des Ukrainiens a duré une décennie.

Lubomyr Luciuk, professeur au département de science politique du Collège militaire royal du Canada

Étienne Schmitt a une réflexion semblable. « Quand les bolchéviques ont pris le pouvoir, une partie importante de la population ukrainienne était contre et s’est rebellée durant trois ans. Les Ukrainiens se sont dressés plusieurs fois contre Moscou. Même si les Russes gagnent sur le terrain, [les Ukrainiens] disent pouvoir résister pendant des semaines, des mois, des années. »

« Un ami de Kiev m’a dit hier que ce n’est pas devant les épiceries qu’il y a des files d’attente, indique Lubomyr Luciuk. C’est devant les magasins d’armes et les centres de recrutement. »

Avec The Guardian, l’Associated Press et l’Agence France-Presse