(Berlin) « Où est Olaf Scholz ? » : le succès sur les réseaux sociaux en Allemagne de cette phrase illustre les doutes suscités par le nouveau chancelier, jugé bien trop discret sur la crise ukrainienne ou la pandémie.

Publié le 3 février
Mathieu FOULKES Agence France-Presse

L’état de grâce dont a bénéficié le successeur d’Angela Merkel, vainqueur surprise des élections et chancelier depuis le 8 décembre, s’est dissipé après seulement deux mois à la tête de l’Allemagne.

Son parti, le SPD (24 %), est désormais devancé dans plusieurs sondages par les conservateurs de la CDU-CSU (entre 25 et 27 %), pourtant usés par 16 années au pouvoir et relégués dans l’opposition.

M. Scholz lui-même, dont la campagne méthodique pour remporter les élections du 26 septembre avait été unanimement saluée, voit son image se dégrader.

En baisse dans le baromètre de la chaîne publique ZDF, le nouveau chancelier, qui rencontre lundi le président Joe Biden à Washington, est nettement devancé par Angela Merkel, retirée de la politique, et par le nouveau ministre de la Santé, Karl Lauterbach.

Atermoiements

Peu charismatique, longtemps comparé à un « automate » pour ses discours débités sur un ton monocorde, l’ancien maire de Hambourg semble payer son extrême discrétion médiatique, comme les ratés de la campagne de vaccination et les atermoiements allemands dans la crise ukrainienne.

Angela Merkel n’a jamais brillé par ses interventions médiatiques et de grands discours, mais Olaf Scholz « semble vouloir la surpasser dans l’art de la disparition », résume l’hebdomadaire Der Spiegel, décrivant un chef du gouvernement « presque invisible, inaudible ».

Le mot-clé « Wo ist Olaf Scholz ? » (Où est Olaf Scholz ? ), objet de nombreux détournements, fait ainsi florès sur Twitter.

« La manière dont le chancelier parle et communique semble peu adaptée : on l’entend et on le voit peu et lorsqu’il parle, il le fait souvent par énigmes et non de manière claire et pointue comme l’exigerait le monde médiatique actuel », relève auprès de l’AFP Ursula Münch, directrice de l’académie de Sciences politiques de Tutzing.

S’il remercie systématiquement pour leur question les journalistes qui l’interrogent lors de conférences de presse, M. Scholz répond souvent, volontairement, à côté.

Cette retenue peut, selon Mme Münch, passer pour « un signe de professionnalisme et de sérieux » dans un environnement médiatique « où tout le monde s’exprime et commente tout ».

Mais quand les résultats ne suivent pas ou trop lentement, c’est toute l’image, habilement mise en avant durant la campagne, d’un Olaf Scholz compétent et dans l’action qui est ternie.

« Le style “Vous pouvez compter sur moi, je suis expérimenté et je sais ce que je fais” n’est certainement pas suffisant dans la pandémie et dans la crise internationale », abonde auprès de l’AFP le politologue Hajo Funke, pour qui la communication de M. Scholz a une « grosse marge de progression ».

Sarcasmes

Avec 75,8 % de personnes vaccinées fin janvier, le gouvernement Scholz a ainsi échoué à atteindre son objectif d’atteindre les 80 %.

La vaccination obligatoire, soutenue par M. Scholz et censée entrer en vigueur en février ou mars, n’a toujours pas été votée et semble désormais un horizon très incertain. La pandémie continue pourtant de flamber, avec plus de 100 000 contaminations recensées chaque jour dans un pays touché par une pénurie de tests PCR.

Un autre échec du dirigeant de la première puissance économique européenne concerne la crise ukrainienne et la complaisance dont Berlin est accusé à l’égard de Moscou.

À côté du président français Emmanuel Macron, qui a eu plusieurs entretiens avec son homologue russe Vladimir Poutine, ou du premier ministre britannique Boris Johnson, en déplacement mardi à Kiev, M. Scholz brille là aussi par sa discrétion ou ses prises de position fluctuantes.

Le dirigeant allemand a ainsi varié au cours des semaines au sujet de Nord Stream 2.

Après avoir voulu écarter ce gazoduc entre la Russie et l’Allemagne des sanctions éventuelles contre Moscou, M. Scholz a finalement accepté, sur pressions américaine et européenne, de l’inclure dans le champ possible des représailles.

L’Allemagne a aussi refusé de livrer des armes à l’Ukraine et même empêché l’Estonie de fournir d’anciens équipements allemands. L’annonce par Berlin de l’envoi de 5000 casques, « un désastre en terme de communication », selon Mme Münch, n’a suscité que sarcasmes.  

Et les prises de position prorusses de sociaux-démocrates, comme l’ex-chancelier Gerhard Schröder, ont achevé de brouiller les cartes.