Depuis des semaines, l’Ukraine captive l’attention mondiale. Les troupes russes déployées le long de la frontière se lanceront-elles dans une offensive à grande échelle ? Retour sur les éléments clés au cœur des tensions.

Publié le 29 janvier
Janie Gosselin
Janie Gosselin La Presse

Séparatistes

PHOTO MAURICIO LIMA, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Des soldats russes se tiennent à l’entrée d’une base militaire ukrainienne après avoir pris d’assaut le village de Belbek, en Crimée, en mars 2014.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter au début de l’année 2014, alors qu’un soulèvement populaire a chassé le président prorusse du pouvoir en Ukraine. Peu après, en mars, la Russie a annexé la Crimée, une péninsule du sud de l’Ukraine, à la suite d’une intervention militaire et d’un référendum non reconnu par les Occidentaux et le gouvernement ukrainien. En avril, le conflit dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, a éclaté : des séparatistes prorusses réclament le territoire. Le conflit n’est pas réglé, malgré des accords de cessez-le-feu – qui ne sont pas toujours respectés – en février 2015. En vertu de l’entente, l’Ukraine devait accorder plus d’autonomie aux rebelles de la région, ce qui ne s’est pas concrétisé. « Je pense qu’un des constats aujourd’hui de la guerre [dans le Donbass] est que la Russie n’a atteint aucun de ses buts : l’Ukraine continue à s’orienter sur l’Occident », dit Alexander Lanoszka, professeur adjoint à l’Université de Waterloo. David Marples, professeur à l’Université de l’Alberta, croit aussi que la Russie cherche maintenant à forcer des négociations pour le Donbass – quitte à montrer les muscles. « L’autonomie dans le Donbass est quelque chose qu’elle pourrait aller chercher », estime-t-il.

Circonstances

PHOTO SERGEI SUPINSKY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Pourquoi une escalade maintenant, alors que le conflit est en quelque sorte gelé depuis sept ans ? Plusieurs facteurs ont pu jouer dans la balance, croient les analystes. Les tensions sont importantes entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky – qui a banni des chaînes de télévision prorusses l’an dernier – et le président russe Vladimir Poutine. « On voit l’Ukraine qui penche vers l’Occident, qui signe des arrangements de coopération de défense avec des pays, comme le Royaume-Uni », souligne M. Lanoszka. Les relations internationales jouent d’ailleurs dans la situation. « Je pense qu’il y a une perception de Moscou que l’administration Biden se concentre surtout sur la région indopacifique », ajoute M. Lanoszka. Le retrait des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan a pu être interprété comme de la faiblesse, avance M. Marples, qui estime que la Russie peut vouloir tester les alliances. « Il y a aussi des dissensions parmi les alliés européens, note M. Marples. La Russie est près de terminer son pipeline avec l’Allemagne et l’Allemagne voudrait qu’il entre en activité. Ça pourrait être un bon moment pour la Russie de voir comment l’Allemagne se positionne. »

OTAN

PHOTO SERGEY PIVOVAROV, REUTERS

Chars de combat russes lors d’exercices dans la région de Rostov, près de la frontière avec l’Ukraine, jeudi

La Russie exige notamment des garanties sur un non-élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une alliance politique et militaire formée de 30 pays – dont le Canada, les États-Unis et de nombreux pays européens. Selon le Traité, une attaque armée contre un membre est « considérée comme une attaque contre toutes les parties », ce qui mène à une implication des autres membres. Si le gouvernement de Moscou martèle ne pas vouloir la guerre malgré les quelque 100 000 militaires postés le long de la frontière ukrainienne depuis la fin de 2021, il dit se sentir menacé par une possible expansion de l’OTAN à ses portes, et en constatant que l’Ukraine se rapproche de plus en plus des Occidentaux. En 2008, l’OTAN s’est déclarée ouverte à accueillir la Géorgie et l’Ukraine comme membres. Le processus est cependant long et conditionnel à des réformes. En avril dernier, le président ukrainien a demandé une accélération de l’adhésion de son pays, sans toutefois l’obtenir. « Je ne pense pas que ça va arriver dans les cinq ou même les dix prochaines années, avance M. Marples. Il n’y a pas d’unité au sein de l’OTAN sur une adhésion de l’Ukraine. » Il existe une coopération entre l’OTAN et l’Ukraine, qui s’est accrue depuis 2014, mais sans les obligations définies pour ses membres.

Attachement

PHOTO EFREM LUKATSKY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Manifestation à Kiev, en Ukraine, contre la politique étrangère du président de la Russie, Vladimir Poutine, le 9 janvier dernier

L’Ukraine faisait partie de l’Union soviétique jusqu’en 1991. Les liens historiques et culturels restent forts. Selon un recensement de 2001, 30 % des Ukrainiens ont déclaré le russe comme première langue. En juillet dernier, le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’il voyait les Russes et les Ukrainiens comme « un peuple, un tout ». « Poutine voit l’Ukraine comme une partie du monde russe historiquement et culturellement, dit M. Marples. Il a tracé une ligne rouge de ce qu’il trouvait acceptable. » « Il y a cet attachement historique de la Russie à l’Ukraine, parfois mal compris, mais il y a aussi le sentiment géopolitique que c’est un pays d’une immense valeur et que si l’Ukraine devenait membre d’une alliance hostile, ce serait absolument nuisible à la sécurité de la Russie », souligne M. Lanoszka.

Avec l’Agence France-Presse

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