(Uxbridge) Voter de nouveau pour Boris Johnson ? « J’y réfléchirai à deux fois ! » De nombreux électeurs de la circonscription du premier ministre britannique sont partagés entre déception, colère et résignation face à l’accumulation des scandales accablants pour leur député.

Publié le 14 janvier
Charlotte DURAND Agence France-Presse

« Il est arrogant. Cet homme n’a aucune honte. Vous ne pouvez pas croire un mot de qu’il dit », lâche Daniel Hawes, 67 ans, rencontré à la sortie de la gare d’Uxbridge, à l’ouest de Londres.

Lors des élections législatives de 2019, les 70 000 électeurs de la circonscription avaient voté à 52,6 % pour le leader conservateur, en faisant ainsi leur député avec 7000 voix d’avance sur son opposant travailliste.

Le ton a bien changé.  La raison de cette colère ? Un énième scandale éclaboussant le premier ministre, dont la résidence officielle aurait accueilli plusieurs fêtes durant les confinements de 2020, alors que les contacts des Britanniques étaient légalement très limités.  

Malgré des excuses publiques au Parlement et à la reine - car une des fêtes s’est tenue la veille de l’enterrement de son époux Philip, la pilule a du mal à passer.  

« Déçu mais pas surpris »

« C’est absolument dégoûtant que celui censé être chef brise ses propres règles », se désole Keith Kelly. « C’est méprisable, c’est une honte pour la démocratie ». « Vous vous attendez à ce que votre député soit à la hauteur de certaines normes. À cet égard, je suis déçu » mais « pas surpris », explique le retraité sans affiliation politique.  

« Même si c’est affreux, les gens s’y attendaient de la part de Boris Johnson parce qu’il met la barre si bas qu’il trébuche tout le temps », affirme-t-il. Ce retraité ne serait pas surpris s’il remportait la prochaine législative, prévue en 2024, car les électeurs « haussent les épaules et se disent juste “Eh bien, c’est Boris” ».  

Du côté des électeurs conservateurs, la situation génère l’embarras. Certains, comme Rima Zantout, ne pensent pas que M. Johnson « devrait être puni », et parlent même d’une « conspiration » pour le faire tomber. « On ne peut pas juger mal les gens à cause d’une petite chose », avance cette femme au foyer de 56 ans.  

« Pas un drame »

D’autres, comme John Taylor, ne savent pas sur quel pied danser. « Il a laissé tomber des personnes qui ont souffert de la COVID-19, qui ont eu des proches à l’hôpital », affirme l’octogénaire qui a voté pour Johnson en 2019, « Mais d’un autre côté, il fait un travail très difficile et s’en sort bien ».

« C’était mal, mais pas non plus un drame », résume l’ex-bibliothécaire, interrogé au croisement d’une petite rue historique et d’un centre commercial moderne.

« C’est une déception pour ceux qui lui ont fait confiance », confie Veronika Machu. « Tout le monde ne parlait que de ça quand c’est sorti ».  

« Et après la déception est venue la colère » contre cet élu « trop sûr de lui » et se croyant « au-dessus de tout le monde », qui pense que « rien ne peut l’atteindre », ajoute la conservatrice convaincue, sous le froid soleil de janvier.  

Pour cette femme en congé maternité, Boris Johnson ne démissionnera pas, il va « continuer à dire qu’il est désolé » et faire diversion pour « mettre rapidement ça sous le tapis ».  

« J’y réfléchirai à deux fois » avant de revoter pour lui, affirme Mme Machu. « C’est un dirigeant important, ça ne fait aucun doute. Mais je me demande s’il est la bonne personne pour être au pouvoir ».

John Taylor pense qu’il devrait démissionner. Le problème, pour celui qui votera encore conservateur ? Il ne « voit personne pour prendre sa place ».  

Ni le chancelier de l’Echiquier Rishi Sunak, ni la ministre des Affaires étrangères Liz Truss-pressentis pour succéder à Johnson-ne trouvent grâce à ses yeux, car « ils n’ont tout simplement pas les mêmes compétences que Boris » : « C’est le meilleur, même s’il sort des sentiers battus ».