(Sarajevo) Le chef politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a annoncé mercredi le retrait accéléré des institutions centrales du pays divisé suite à une enquête judiciaire portant justement sur son projet séparatiste approuvé récemment par le Parlement de l’entité serbe.

Publié le 22 déc. 2021
Agence France-Presse

Le 10 décembre, l’assemblée de la Republika Srpska (RS) a donné au gouvernement de cette entité un délai de six mois pour organiser légalement son départ de trois institutions cruciales communes à l’État central : l’armée, la justice et les impôts.

Le projet a été dénoncé par les puissances occidentales, mais Milorad Dodik, qui exerce actuellement la fonction de membre serbe de la présidence tripartite de la Bosnie, un pays qu’il méprise, semble avoir le soutien de Moscou.

Dans la foulée du vote au Parlement de la RS, le Parquet d’État bosnien, qui est remis en cause par Milorad Dodik, a ouvert une enquête pour « atteinte à l’ordre constitutionnel ».  

Ses procureurs ont commencé à auditionner cette semaine les chefs des partis d’opposition dans l’entité serbe, qui avaient boycotté le vote sur le retrait. Le Parquet a également demandé des documents au Parlement et au gouvernement de la RS, ainsi qu’aux partis au pouvoir en RS.

Le dirigeant serbe bosnien a dénoncé un « procès politique » dont l’objectif est, selon lui, d’« essayer d’enterrer la Republika Srpska » et de la « déstabiliser ».

« La Republika Srpska se défendra de façon organisée […] Nous interdirons en janvier au Parquet et au tribunal de Bosnie-Herzégovine d’opérer sur le territoire de la Republika Srpska », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Banja Luka, chef lieu de l’entité serbe.

Il a annoncé l’adoption dans un « délai d’un mois » d’une nouvelle législation sur le système judiciaire de l’entité serbe. « Personne nous nous arrêtera », a-t-il affirmé.

Milorad Dodik est accusé par les Bosniaques et par sa propre opposition de menacer la paix et de risquer de provoquer un nouveau conflit dans le pays divisé selon des lignes de fractures ethniques.

Après la guerre intercommunautaire qui avait fait près de 100 000 morts entre 1992 et 1995, la Bosnie a été scindée par un accord de paix international en deux entités, une serbe et une croato-musulmane, unies par un faible État central dont les pouvoirs ont cependant été renforcés au fil des années.