(Orléans) Ils surveillent les canalisations, les égouts, les digues et les rivières : les drones, qu’ils volent, flottent ou roulent, ont gagné leur place dans la gestion de l’eau en France, remplaçant l’homme dans certaines tâches dangereuses.

Publié le 18 déc. 2021
Maxime MAMET Agence France-Presse

Alban Chesneau, casque sur la tête, soulève une plaque d’égout avec une pioche. Le dirigeant d’In-R attrape le drone par sa cage de protection et lâche l’engin dans le conduit.

Toutes lumières allumées, le drone s’enfonce, les parois de la bouche d’égout renvoyant le son aigu des quatre petits moteurs. Le technicien se fie maintenant à sa caméra pour évoluer dans le réseau d’assainissement d’Orléans, dans le centre de la France.

« Avec une seule ouverture, on va pouvoir inspecter entre 150 et 200 mètres suivant la nature et la propreté », explique le pilote basé à Saint-Herblain (ouest).

Les obstacles peuvent être nombreux et le pilotage ardu en milieu confiné : toiles d’araignées, racines, niveau d’eau… L’inspection peut se limiter à une cinquantaine de mètres par descente.

« Mais au nombre de batteries sur le chantier, on va pouvoir faire un panel d’inspection qui tourne entre 750 mètres à un kilomètre par jour », ajoute l’homme à la télécommande. « Sans avoir à descendre d’humain dans le réseau. »

Non loin de là, Jean-François Bramard, fondateur de la société Cambulle à Bouc-Bel-Air (sud), s’apprête lui aussi à descendre son appareil, un rover.

« On a besoin d’un engin agile, avec des propriétés assez particulières qui lui permettent de se déplacer dans des endroits où il y a des cailloux, des bouteilles, des racines, une multitude d’objets. L’objectif, c’est de pouvoir réaliser des images de reconnaissance pour envisager des travaux », détaille-t-il en vérifiant que les roues s’articulent dans tous les sens.

Pour le géant français Suez, qui gère une partie du réseau d’assainissement d’Orléans, les petits engins télécommandés sont un réel atout.

« Ces techniques sont pleinement opérationnelles. On a réalisé cette année 3 kilomètres d’inspection sur Orléans, sur des réseaux structurants qu’il était indispensable d’inspecter. […] Concrètement, ça permet de connaître l’état du patrimoine sous les villes », se félicite Alexandre Ventura, responsable innovation, diagnostic et robotique chez Suez.

Des risques évités

« Ce sont des heures de travail en souterrain […] et des prises de risque évitées », se félicite-t-il.

Ces avantages ne se limitent pas aux égouts. Les drones sont utilisés dans tous les secteurs ou presque de la gestion de l’eau, comme la surveillance des digues.

« Lors d’une inspection, des personnes qualifiées auscultent à pied. En utilisant un drone avec une caméra, on a accès à des points de vue intéressants auxquels n’ont pas accès les personnes à pied », raconte Jordan Perrin, ingénieur à France Digues, l’association des gestionnaires de digue.

L’adjonction d’un capteur thermique peut aussi permettre de repérer des fuites. Un lidar (télémétrie par laser) permet en outre d’obtenir une topographie fine de la zone.

« Avant c’était un appareil héliporté. Ça coûte bien moins cher maintenant », apprécie l’ingénieur. « Et on peut désormais utiliser aussi des drones aquatiques pour toute la bathymétrie. »

C’est le rayon d’ADCPro. Les engins flottants de l’entreprise basée à Breuil-en-Vexin (région parisienne) surveillent ainsi rivières, lacs, ports et pièces d’eau. Elle travaille pour des directions régionales de l’environnement, les agences de l’eau, des laboratoires ou encore Suez et Veolia.

Ses monocoques ou trimarans, qui peuvent emporter jusqu’à 25 kilos d’instruments, sont utilisés dans de multiples missions : « cartographier les fonds », le jaugeage pour obtenir un « débit en instantané », les prélèvements, détaille son président Dany Engel.

Les petits bateaux oranges mesurent aussi différents paramètres (chlorophylle, ammonium, nitrates, pH, conductivité, température, turbidité, etc.) dans des endroits difficiles d’accès pour un équipage. « Les moteurs hydrojets (propulsion d’eau, NDLR) permettent d’évoluer dans les algues ou des zones portuaires sans être inquiétés par les cordages », apprécie le dirigeant.

Là encore, avec un gain évident. « L’intérêt est aussi de n’avoir personne sur l’eau, car il y a des risques de noyade », poursuit-il. « Normalement, il faut être trois sur un bateau : un pilote, un technicien et un surveillant. Des personnes formées et parfois longuement. Nous, il nous suffit d’un pilote. Et perdre un drone c’est acceptable, perdre un homme non. »