(Paris) Tout sauf les bancs dont ils veulent d’abord voir un prototype, et le maintien de statues de saints dans les chapelles : à quelques réserves près, les experts du patrimoine, réunis jeudi, ont donné leur feu vert au futur réaménagement intérieur de Notre-Dame de Paris, ravagée par un incendie en 2019.

Publié le 9 déc. 2021
Sandra BIFFOT-LACUT Agence France-Presse

La cathédrale gothique, en plein cœur de Paris, avait été ravagée en avril 2019 par un gigantesque incendie qui avait bouleversé le monde entier.  

Deux ans plus tard, le diocèse entend profiter de la restauration pour offrir à l’édifice une nouvelle jeunesse, avant sa réouverture prévue en 2024.

PHOTO THOMAS SAMSON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette photo prise le 16 avril 2020 montre l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris un an après l’incendie.

« Les experts ont rendu un avis favorable au programme de réaménagement intérieur, à deux réserves près : la place de statues qu’ils souhaitent conserver dans les chapelles et les bancs pour lesquels le clergé doit revoir sa copie », a précisé le ministère français de la Culture à l’AFP.

Ils ont « validé un programme qui comprend un certain nombre de principes. Ils se sont notamment mis d’accord sur l’axe liturgique central et le mobilier (baptistère, autel, tabernacle) qui devra être conçu par un même créateur », a expliqué à l’AFP le sénateur de droite Albéric de Montgolfier, président de la commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) au sein de laquelle les experts se sont réunis.

Ils ont en revanche « émis des réserves concernant les bancs à roulettes, dotés de lumignons et veulent d’abord voir un prototype qui sera de nouveau soumis à la commission. Leur accès à la crypte doit également être reprécisé », a ajouté le sénateur.

Statues de saints

PHOTO GEOFFROY VAN DER HASSELT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La célèbre cathédrale gothique, au cœur de la capitale française, avait été ravagée le 15 avril 2019 par un gigantesque incendie qui avait bouleversé le monde entier. Deux ans plus tard, le diocèse entend profiter de la restauration pour offrir à l’édifice une nouvelle jeunesse, avant sa réouverture prévue en 2024.

Les experts s’opposent également au déplacement de statues de saints du XIXe siècle datant de Viollet-Le-Duc — l’architecte à qui fut confiée la restauration de la cathédrale à partir de 1844 — qui se trouvaient sur les autels des chapelles et que le diocèse avait envisagé d’installer le long des grands piliers de la cathédrale, selon la même source.

« Aucun objet ou tableau qui se trouvait dans la cathédrale avant l’incendie ne sortira », a assuré M. de Montgolfier. Enfin, « ils s’opposent également à la transformation du chœur en espace de prière, craignant que le sol, qui date du XVIIIe siècle, ne soit abîmé par le passage des fidèles et des touristes », a encore dit le sénateur.

« Nous sommes très satisfaits de cette décision qui respecte les grands principes que nous avions érigés, tels que le travail sur la lumière ou encore l’accompagnement des visiteurs », a réagi auprès de l’AFP Gilles Drouin, délégué de l’archevêque de Paris pour ce réaménagement.

De son côté, l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale a indiqué dans un communiqué se « réjouir » du feu vert des experts : un « jalon important (qui) permet à l’établissement public de poursuivre la préparation de la restauration de la cathédrale et d’avancer résolument vers la réouverture de la cathédrale ».

Elle accueillait 12 millions de visiteurs chaque année avant l’incendie et organisait 2500 offices et 150 concerts.

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette photo prise le 16 avril 2019 montre l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris le lendemain de l’incendie qui a dévasté le bâtiment.

Le ministère de la Culture a réaffirmé de son côté que des œuvres contemporaines devraient bien y prendre place, mais « aucun nom d’artistes n’est encore arrêté ».  

Ernest Pignon-Ernest, Anselm Kiefer ou Louise Bourgeois ont été évoqués pour « dialoguer » avec des tableaux de maîtres anciens comme les frères Le Nain ou Charles Le Brun.  

Le réaménagement liturgique de Notre-Dame a suscité de virulentes critiques. De telles propositions « dénature(nt) entièrement le décor et l’espace liturgique », étrillent une centaine de personnalités, dont l’animateur français Stéphane Bern ou le philosophe Alain Finkielkraut, dans une tribune mercredi dans Le Figaro et la Tribune de l’Art.

Au menu du renouveau annoncé : un parcours aéré pour touristes et fidèles autour d’un axe central épuré, de la nef au chœur, avec un « nettoyage en profondeur » des 14 chapelles, déjà très délabrées avant l’incendie.  

Ce nettoyage devrait permettre de redécouvrir les « Mays », grands tableaux d’autel commandés chaque année à de grands artistes, entre 1630 et 1707, par la corporation des orfèvres qui les offrait à la cathédrale.